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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:39
Jacky au royaume des filles

Avec Jacky au royaume des femmes, on arrive dans une catégorie de film politique qui me fait directement sortir des tranchées pour livrer bataille. Dès la bande annonce, on savait que le sujet du film allait être officiellement le genre, dans une espèce de postulat absurde qui inverserait la place des hommes et des femmes en rajoutant une dimension totalitaire histoire de bien parodier la domination masculine. Direct le genre de postulat qui donne l’impression que les concepteurs du film se sont coupés les couilles pour les offrir sur un plateau au féminisme bienpensant globalisé (et maintenant incarné par le ministère des femmes).

L’histoire : Jacky est un jeune garçon sans cesse courtisé par les filles des voisins de son village. Comme tous les autres, il est amoureux de la future générale des armées. Lors d’un bal où tous les garçons à marier sont réunis, Jacky, déguisé en commandante, est remarqué par cette dernière.

Jacky au royaume des filles

Exemple type de la comédie à concept qui foire sur tous les tableaux, sauf esthétique (je reviendrai sur ce point, qui mérite d’être approfondi). Le film s’érigeait comme une démonstration par l’absurde de la domination masculine en ce qu’elle fait subir aux femmes, en inversant les rôles sans inverser les genres. On se retrouve devant un résultat étrange, jamais convaincu, juste curieusement vide. Les hommes portent le voile, ont tous des tics efféminés, à un ou deux près qui déclarent faire de la résistance (alors qu’ils mettent leur queue au service de leurs contacts féminins), pendant que les femmes portent l’habit d’homme et se tiennent droite. Et ? Ben, c’est tout. Il me semble assez évident que le but de la manœuvre était de gêner le public masculin, mais comment voulez vous vous identifier à cela ? Ce film, à l’image de ses noms absurdes (un humour régressif bien mal placé), se déroule dans une autre réalité, et ne traite pas d’égalité entre les sexes. Il n’est qu’une espèce de raillerie effrontée, un délire de féministe un soir de beuverie après le dernier sitting contre le harcèlement sexuel au boulot, qui pensait toucher à un truc en mettant en scène ce contexte, mais qui échoue assez platement à lui donner corps. Une injure au genre masculin, comme le démontre la tenue de la gente masculine, après la dégradation du port du voile, se voit ajouter celle de la laisse. Mais par les temps qui courent, faire preuve d’orgueil et de fierté masculine serait mal placé, autant courber l’échine et ensencer le produit, car c’est un film qui ne vise rien, qui ne dénonce rien, qui est tellement déconnecté de la réalité qu’il en perd une des règles les plus élémentaires pour un film polémique : rester cohérent. La comédie annihile tout effort sérieux (on a quand même une théorie (absurde) de la féminisation des hommes via l’alimentation, grosse angoisse complètement caricaturée) et tous les gags sont des flops à la chaine (élection du grand couillon, répétition de syllabes en mode « on va rater le bubus », pitié, suicidez-vous !). Quand une bonne partie de l’humour consiste à ressortir d’énormes clichés en inversant les rôles masculin/féminin, on ne crée pas une mise en abîme et de la profondeur, on met en scène un truc ridicule et en dehors de la réalité qui n’a aucune logique si on ne développe pas les sentiments et la psychologie autour. Autant dire que le film reste extrêmement léger à ce stade. Poids culminant, la scène de viol par des soldates est si insignifiante (alors qu’il y avait encore une fois moyen d’aborder des angoisses masculines) qu’elle s’attire un peu plus mon antipathie. Les seuls moments où Jacky au royaume des filles est bon, c’est quand il ne l’a pas fait exprès, ou plutôt quand il ferme sa gueule. Quelques séquences muettes, quelques ralentis, et l’hallucinante séquence du bal avec les hommes faisant tournoyer leur laisse, sont des moments où le temps se suspend, où le climat si bancal du film prend une consistance, à défaut de sens. En cela, et avec la cohérence esthétique très particulière que le film s’impose (dans le dépaysement, c’est comparable au style de Quentin Dupieux), le film arrive à surprendre ponctuellement, quelques minutes. Mais dès qu’il ouvre la bouche ou tente de faire avancer son histoire, tout se casse la gueule et on ne retrouve plus rien de consistant. Qu’on se le dise une fois pour toutes, le féminisme irrationnel se sert à rien, sinon se donner bonne conscience. Militer pour l’égalité des droits et des salaires, c’est une chose, s’attaquer au carguant masculin aussi, mais autant s’y prendre intelligemment, en respectant au moins les 49% du public qui ont pris la peine de se déplacer. Pas de critique particulière à formuler sur les acteurs qui s’acquittent de leur tâche gentiment (seule Charlotte Gainsbourg se démarque, peut être davantage grâce à l’aura qu’elle s’est taillée chez Lars Von Trier). Dans son inversion des genres, le film réussit juste à montrer que les opprimés réclamant leurs droits finissent par ramasser des compensations. Soit effectivement ce qu’il s’est passé/se passe avec les femmes dans le vrai monde. Intérêt ? Foutre les boules au spectateur masculin ? Quitte à analyser au premier degré, on se dira que les femmes sont au même niveau que les autres, et que toute discrimination est intolérable. Que ce soit par brutalité ou par culte de la frustration, les deux sexes ont chacun leurs armes pour faire souffrir l’autre.

2013
de Riad Sattouf
avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg

1/6

Jacky au royaume des filles

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commentaires

Kapalsky 31/07/2014 10:04

Sattouf, Dupieux, même combat? pas vraiment, mais ce sont effectivement deux des seuls mecs dans la sphère ciné française qui parviennent à se sortir du lot.
Sur que la satire ne marche pas toujours (ni dans le film, ni avec tout le monde), mais faut reconnaitre que c'est tellement perché que ca devient juste ridiculement drôle au bout d'un moment... :)

Voracinéphile 01/08/2014 22:39

Je ne les classe absolument pas dans la même catégorie. Dupieux a suffisamment d'intelligence pour garder son absurde dans une dimension universelle, en dehors de tout discours maladroit. Le problème de ce film, c'est aussi qu'il touche à des thèmes que j'affectionne (voir mes critiques sur nymphomaniac, la vénus à la fourrure...), et qu'il m'a tellement scandalisé par son inconsistance que j'ai rapidement balayé son humour. Quoique ce n'était pas aussi abominable que RRRrrrr question perche !!!

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