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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 17:11
Enemy

Après le triomphe de Prisoners, on attendait le nouveau film de Denis Villeneuve avec… indifférence ? Son nouveau projet de thriller ne payait pas de mine, commençant sous un petit angle cinéphile avec un homme qui découvre son double parfait, sans connaître ses origines. Mais c’est le traitement sur ce genre de film qui fait la différence. Et autant dire qu’on n’a plus vu ce genre de prouesse depuis Faux semblants.

L’histoire : Adam Bell, un professeur d’histoire fuit son quotidien monotone en recherchant un figurant de cinéma qui lui ressemble étrangement, Anthony Claire. Il se rend peu à peu compte qu’ils sont exactement identiques. Néanmoins, en voulant attirer son attention, Adam attire l’attention de la femme d’Anthony, qui se met à le surveiller.

Enemy

Denis Villeneuve nous avait caché qu’il aimait Cronenberg. Il fait preuve ici de cette singulière obsession à vouloir incarner les meurtrissures psychologiques de ses personnages, par l’intermédiaire de symboles récurrents (ici, une araignée), marquant pour chacun de ses personnages un trait de caractère particulier. Pour notre acteur Anthony, d’un caractère agressif et entreprenant (typiquement masculin), elle est un simple objet, érotique dans le contexte de l’exposition, une créature insignifiante pouvant être simplement écrasée (parallèle avec la façon dont il tentera d’exploiter la situation). De l’autre, nous avons Adam, clairement moins affirmé, et constamment dans la prise sur soit. Pour lui, cette araignée prend tantôt des traits féminins (la troublante apparition onirique), tantôt des proportions gargantuesques, qui la rendent on ne peut plus menaçante. Outre la simpliste interprétation de l’araignée au plafond, il y a dans cette figure une grande notion de prédation, une espèce de phobie qui matérialise l’état de plus en plus fébrile d’Adam, ainsi qu’un lien étrange avec la féminité (la dernière hallucination, ultime, qui lie définitivement les deux et fait pénétrer Adam dans un cauchemar éveillé, un véritable piège que les fissures d’une vitre brisée représentaient déjà comme une toile). Cette association psychologique n’est pas interprétable de façon catégorique (ici, je n’ai fait que relever les tendances qui me semblaient justifier son apparition lors des séquences clefs). Car si le film est une petite étude de caractère qui s’appuie sur la performance très appréciable de Jake Gyllenhaal (excellente, il se hisse presque au niveau de Jeremy Irons), il a aussi sa petite trame qui suit les allers et venues de ces jumeaux malgré eux, qui s’épient et surveillent leurs quotidiens respectifs. Mais alors que la rencontre débouche sur une impasse caractérielle, c’est la fascination progressive de la femme d’Anthony pour ce double qui provoque l’irritation de ce dernier, puis sa convoitise quand il découvre la femme d’Adam (Mélanie Laurent, dans un rôle frustrant particulièrement adapté à son caractère, un excellent choix de casting). Anthony élabore alors ses intimidations comme il prépare ses rôles, échafaudant l’inversion des vies comme on l’espérait. Je ne détaillerai pas davantage cet axe dramatique, il est la véritable source de surprise et mérite un visionnage. Néanmoins, les indices psychologiques continuent d’affluer avec un Adam se sentant de plus en plus glisser dans la peau de son jumeau. Mais ce qui fait la force profondément angoissante de Enemy, c’est sa forme physique. Constamment teinté d’une nuance jaune maladive, crispant dans son utilisation de violons comme bande originale, il file régulièrement des plans étouffants de la ville, que de discrets effets de caméras rendent davantage déstabilisants. Les repères physiques s’évanouissent, au profit d’une angoisse sourde, informe, qui se matérialise peu à peu en la personne de ce double malintentionné. Mais qui s’acharnent sur Adam, dont on perçoit sans arrêt les craintes et les malaises. Pour renforcer le rapprochement, les dialogues d’un jumeau se superposent au quotidien de son second. Les cauchemars des uns réveillent aussi les autres. Si l’argument psychologique est là, il est clair que le film cherche avant tout à s’amuser avec le spectateur, le laissant sans arrêt dans un doute qui laisse le champ libre à l’histoire. Enemy, c’est un petit thriller malin, plutôt humble malgré ses ambitions, qui se veut avant tout être un plaisir totalement cinéphile en jouant dans la cour des films à plusieurs niveaux de lecture. Tout à fait recommandable, sans m’avoir toutefois transcendé.

2013
de Denis Villeneuve
avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent

4,8/6

Enemy

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commentaires

titi70 31/08/2014 08:43

Ca m'a l'air très chiant ce film. En plus, si c'est pour voir un remake déguisé de Faux Semblant, je ne vois pas l'intérêt. Bref, ça ne me tente absolument pas.

Voracinéphile 21/09/2014 20:38

La psychologie, c'est pour les docteurs ! Ce n'est pas un remake, il prend un tournant bien particulier et c'est essentiellement un film d'ambiance qui offre une belle performance d'acteur. Pas de raisons d'aller chercher plus loin, c'est un divertissement d'intello, sans davantage de portée. J'ai apprécié.

Nyartlatholep 28/08/2014 21:40

Yup, commentaire n'ayant pas a voir avec ta critique mais juste une proposition de film peu connu que j'ai revu suite à la mort d'Attenborough (m'ayant refait toute sa filmo' pour le coup) :

Magic, avec Anthony Hopkins dans un de ces premiers rôles principaux au cinéma. Du très bon et du peu connu.. donc au cas où tu ne l'ai pas vu..

Voracinéphile 21/09/2014 20:36

Ma foi, merci pour cette suggestion Nyartlatholep, je ne l'ai effectivement pas vu. Sur la liste des rattrapages !

2flicsamiami 27/08/2014 09:31

Très envie de découvrir ce film, d'autant plus que j'adore Jake Gyllenhaal.

Voracinéphile 21/09/2014 20:35

Sans doute un de ses meilleurs rôles. Il interprète plutôt bien les caractères de chacun des jumeaux.

borat8 26/08/2014 21:00

J'espère le voir à mon cinéma d'art et d'essai d'ici une semaine. Surtout que cela m'intéresse bien plus que l'autre connerie avec The Rock ou les musclés de Stallone. De toutes manières, Denis Villeneuve est vraiment un type intéressant.

borat8 21/09/2014 22:20

Non car il n'est passé ni chez moi ni à Metz. Dommage mais peut être que dans les prochaines semaines il sera chez moi.

Voracinéphile 21/09/2014 20:35

C'est un petit thriller sobre dont l'absence de prétentions fait plaisir. Ce n'est pas au niveau de ses aînés, mais il y a suffisamment d'ambiance pour se dégourdir un peu les neurones. J'espère que tu l'as rattrapé depuis...

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