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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 18:01
Délivre nous du Mal

Scott Derrickson aime l’occulte. Même sa commande Hellraiser V en porte la marque (hélas, en opposition totale avec les prédécesseurs, dont l’originalité du concept se retrouve noyé dans la série Z), et jusqu’à Sinister, le parcours n’a pas bougé de ce thème. Et à force de persévérance, forcé on est de constater que le réalisateur a mûri son point de vue, a peaufiné ses méthodes d’épouvante et ses scénarios, nous livrant maintenant sa régulière commande suffisamment bien exécutée pour passer un bon moment. Avec délivre nous du mal, il signe son meilleur film, et surement l’un des films de possession les plus réussis de ces dernières années (le remake d’Evil Dead est sa seule concurrence).

L’histoire : un agent des forces spéciales de police guidé par un instinct aiguisé se retrouve chargé de plusieurs dossiers d’enquêtes reliées par des signes occultes.

Délivre nous du Mal

Portant un beau chapelet pour se mettre dans l’ambiance, l’atmosphère dans la salle était plutôt tendue. Et j’avoue ne pas avoir caché mon plaisir de trouver du cinéma à l’ancienne, qui revandique sa morale chrétienne, avec le vrai Mal et des hommes qui essayent de l’affronter. En ces temps de cynisme athée, l’existence que quelques films religieux honnêtes vient nous rappeler ce qu’est la religion pour les hommes. Endurer les épreuves, reconnaître ses fautes, se battre contre le mal… Des accroches qui semblent creuses ou facilement risible et qui pourtant sont imprégnées de force. Et Délivre nous du mal renoue avec ce premier degré à l’intensité si puissante. Essentiellement par l’intermédiaire de ses personnages. Ce n’est pas un hasard si Sinister était déjà une réussite, tous ses personnages (à l’exception de la famille du héros, complètement clichée) avaient une étoffe attachante. Ici, c’est également le cas, poussé à un degré encore plus fort. Avec son personnage de prêtre moderne qui rend enfin justice à la vocation (beau, naturel, belle répartie, conviction et sincérité) et son flic encaissant le Mal des hommes au prix de sa vie de famille, on tient un duo puissant qui abordera les thématiques sus-mentionné avec sérieux, tout en menant l’enquête sur les agissements de plusieurs personnes qui semblent toutes liées. A la fois polar et horreur fantastique, le film réussit à bien jouer sur tous les tableaux, et même pendant les séquences clichées (la chambre d’enfant peu à peu investie), le film trouve une efficacité que seuls des films comme ceux de James Wan ont atteint. En fait, Scott Derrickson, c’est un peu le sosie de Wan, qui fait des films dans la même catégorie et de la même façon, tout en gardant son originalité. Et vu comment le réal s’améliore, il pourrait sans doute y avoir un duel pour départager les maestros (seul la productivité de Wan lui donne encore de l’avance). Le principal point fort du film, ce sont ses possédés. Sur la totale durée du film, seul deux plans ridicules. Deux plans ! 7 secondes grand max de mauvaises, tout le reste est bon, et on y croit. Exit les insultes à la mord-moi le nœud, les grimaces et lévitations en tout genre, on a des bêtes humaines, des fauves qui griffent et mordent. Et sur l’espèce de possédé ultime du film, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver Sean Harris. Sean, c’est pas un acteur charismatique. Osseux, la peau plaquée sur le crâne, et ce regard vide qu’il a si bien su intégrer dans chacun de ses personnages (sa prestation d’anthologie de 20 minutes dans Harry Brown, le monstre de Creep…). Cet acteur n’a pas aucun amour propre, il se donne sans arrêt à fond, et nous livre ici sa performance la plus physique. Oubliez Lynda Blair, le boss des possédés, il est là. Scarifié, sanglant, physiquement invulnérable, Sean Harris montre combien il peut porter un film sur ses épaules quand on lui en donne les moyens. Petits défauts néanmoins ça et là dans le film. Un flash back assez hideux en mode seventies qui se révèle être une faute de goût (je ne sais pas vous, mais je préfère voir un acteur qui parle et qui a l’air de revivre les évènements par d’infimes signes de visage qu’un flash back), et la conclusion du film. Non, Délivre nous du mal ne devait pas se terminer ainsi. Le possédé, brisé, aurait dû faire face aux dégâts qu’avait provoqué son corps et dont son esprit était innocent. Le remord et l’irresponsabilité auraient du torturer le héros, et le mettre sur la même voie que le fait la conclusion. Parce qu’on ne gagne pas contre le mal. On peut s’empêcher d’en faire davantage, et parfois générer un autre bien pour soulager sa conscience. Mais on ne répare pas ce qui est fait. Et un possédé ne prend pas d’otages. Une note finale un peu décevante, qui n’éclipse cependant pas les remarquables idées qui jalonnent l’enquête (excellente séquence du zoo, excellentes apparitions des possédés, elles sont toutes efficaces), et qui aboutissent à l’un des divertissements d’horreur les plus réussis de l’année. Rien de moins.

2014
de Scott Derrickson
avec Eric Bana, Edgar Ramírez

4,6/6

Délivre nous du Mal

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Published by voracinephile - dans Epouvante ( qui stresse)
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commentaires

Kapalsky 14/10/2014 13:44

Sean Harris? C'était lui dans Harry brown? Wow...
Quand au film, il part sur une bonne base, mais je n'ai pas été séduit par le dernier tiers du film... Reste pour moi un sympathique générique de fin, et quelques rires à la pensée que les démons écoutent les Doors.

Voracinéphile 17/10/2014 01:37

Oui, la musique des Doors n'est pas très bien utilisée dans les derniers moments du film... Idée basée uniquement sur le mot door, mais qui ne fonctionne pas très bien. Ca ne nuit pas à l'ensemble heureusement. Content quand même de lire que tu lui as trouvé une certaine efficacité durant sa partie enquête. Pour l'exorcisme en revanche... Ce camé de Sean Harris ^^

Voracinéphile 27/09/2014 13:47

Je précise quand même que question frissons, le film utilise régulièrement des jump scares. C'est un peu dommage, mais l'ambiance est là, donc la peur fonctionne quand même.

titi70 01/10/2014 18:49

j'avais le choix entre ce film et Bon Rétablissement de Jean Becker, j'ai choisi le second, d'autant que, pour ce qui est du coté catho de Derrickson, je me suis déjà tapé Legion et Priest, ça m'a un peu suffit.

2flicsamiami 27/09/2014 10:41

La vache ! Moi qui avait été échaudé par les critiques peu élogieuses de la presse, tu m'as redonné envie de le découvrir (sans doute en vidéo).
Et comme tu as l'air d'apprécier (le mot est faible) Sean Harris, sache qu'il incarnera le méchant du prochain Mission: Impossible.

Voracinéphile 27/09/2014 13:43

En même temps, film catholique un peu militant. J'ai l'impression que le film a été bousillé uniquement pour ce registre. Et personne qui ne remet en cause aujourd'hui L'exorciste, moi, ça me dépasse. C'est pour ça que je parle de cynisme athée. Un film n'est pas moins crédible parce qu'il se base sur des opinions religieuses (il y a même de quoi faire davantage flipper les athée, puisque cela fait écho à des choses qu'ils ne peuvent pas expliquer par la science) ! Le divertissement est là et est tout à fait efficace, et ça fait du bien de voir un sujet traité avec sérieux et conviction. Je lui accorde tout mon soutien sur ce coup, c'est meilleur que Sinister.
Quant à Sean Harris, vivement ! Heureux que tu m'apprennes que sa carrière le balance enfin dans un film à gros budget, il a de quoi impressionner la galerie.

Vince12 27/09/2014 09:02

Je ne suis pas sûr, mais il me semble que c'est toi même qui m'en avais déjà parlé. Les films d'enquêtes criminelles commencent à me lasse mais celui là a l'air de disposer d'un quelque chose en plus.

Voracinéphile 27/09/2014 13:38

Non, ça ne doit pas être moi, Vince, je ne l'ai vu qu'hier, et je n'avais pas vraiment d'infos dessus (je savais juste que c'était Scott Derrickson aux commandes, et comme Sinister m'avait bien plu...). C'est une enquête qui intègre peu à peu des éléments fantastiques. Maintenant, si tu ne le sens pas, autant attendre. Il fait en tout cas preuve de sincérité et d'efficacité dans le divertissement (et j'aime bien ce côté catho assumé, qui se révèle enfin efficace là où des conneries comme The devil inside ou The Rite se révèlent ridicules).

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