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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 20:29
Crash

Avec Crash, David Cronenberg s’est fait hué à Cannes. Aujourd’hui, on semble s’être détourné de son cinéma (maps to the stars, qui a fait l’effort d’y être allé ?), mais il y avait déjà dans ce film un certain retour vers une réalité matérielle, à laquelle se mêlait des fantasmes humains en perpétuelle relance. Car c’est finalement là-dessus que par Crash, une course effrénée vers l’assouvissement du désir.

L’histoire : James et Catherine forment un couple sexuellement actif et émotionnellement passif. Après un accident de voiture, James, choqué par son expérience, commence à s’interroger sur l’évènement qu’il a vécu, et l’étrange sensation sexuelle qu’il a ressenti.

Crash

C’est sans doute ici le film le plus sexuel de Cronenberg. Le sexe occupe au moins la moitié du film, que ce soit quand il est représenté que dans les dialogues où il est évoqué. C’était le terrain de débat basique, logique, pour développer un discours sur le fantasme. C’est d’autant plus amusant que Cronenberg s’amuse d’office à détruire une attente en organisant la première saillie de James dans un hangar d’avions, mais que le crash en question a lieu dans une voiture quelques minutes plus tard, et qu’on ne remettra plus jamais les pieds dans un appareil aérien. Planer et monter au septième ciel, c’est pas le but ici. Et pourtant si, mais à la sauce cronenberg. Parce qu’il réussit, d’une façon complètement folle, à y introduire ses thématiques d’homme modifié (béquilles, prothèses, rails de remise en place des os… l’humain réparé) et de transcendance de la chair, ici par l’exploration de fantasmes qui galopent sans arrêts. Avant le crash (l’instant libérant toute l’énergie accumulée dans une apothéose destructrice), c’est la course, la montée en puissance. Et le film, toujours bâti sur la sexualité, se met à explorer tous les terrains qui s’ouvrent autour. Paraphilie, fétichisme automobile, ivresse de la vitesse, attrait pour les mutilations et scarifications, envie d’aller plus loin, plus fort, d’avoir de nouvelles sensations. Qu’est-ce que ça te fais ? Tu as été en transe ? Tu as réussis à le refaire ? Crash ne s’arrête jamais, il y ajoute même une dimension homosexuelle manifeste (avec un pilote de reconstitution de crash automobile), parce que c’est cohérent avec son discours sur l’envie insatiable de retrouver un peu l’énergie que tous ont ressenti en frôlant la mort. Ce flirt ultime qui ne parlera qu’à ceux qui l’ont vécu, et qu’on cherche à nouveau à approcher parce qu’il s’agissait d’une séquence clef dans sa vie… Le film se métamorphose sans cesse, n’a visiblement aucune idée en tête, avance en aveugle, emporté par son élan. Il mute même en une espèce de thriller à la highwaymen pendant quelques séquences, quand l’individu trouble (le pilote) se met à vouloir provoquer des accidents en harcelant Catherine. Il n’y a pas de logique humaine dans Crash, c’est le fil des désirs et des instincts (la peur joue aussi, à de multiples reprises, d’ailleurs elle est sans doute l’initiatrice de ce cocktail détonant faisant toute la saveur du crash). La fin n’est qu’une sortie vite engagée, une bretelle de sortie rejointe au dernier moment, quittant l’autoroute de jouissance sur laquelle sont restés tous les autres. Pas expédiée pour autant (un air de déjà vu, mais il fallait que Catherine le vive pour générer un équilibre, une fusion (sexuelle encore) qui réintensifie leur relation. Dans les faits, on n’a pas bougé d’un poil, dans le mental, la ballade à 200 à l’heure a laissé un grisant souvenir de vertige. Crash, c’est finalement du Cronenberg à l’ancienne, qui en montre moins pour suggérer bien plus.

4,7/6

Crash

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Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
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commentaires

titi70 28/10/2014 09:25

Pour mon article sur Maps To The Stars, il est ici : http://movieandzik.canalblog.com/archives/2014/05/23/29929900.html

Princécranoir 27/10/2014 20:17

"Maps to the stars, qui a fait l'effort d'y être allé ?", Bah moi, et c'était vachement bien. Pas aussi bon sans doute que ce Ballard greffé aux obsessions freudienne de l'ami Cronenberg (obnubilé par ce qui se trame dans les recoins les moins fréquentables de nos boîtes crâniennes depuis ses tout débuts). Assemblages de chair et d'acier, James et ses Ferrailleurs font chauffer les carrosseries, plus azimutés les uns que les autres. Un film qui exhibe ses coutures et on aime ça !

Voracinéphile 28/10/2014 08:44

Tout le monde est allé le voir, en fait ! La provoc fait pleuvoir les commentaires, en attendant que je chronique l'objet en question (que j'ai trouvé moyen, mais nous y reviendrons). Merci pour ces quelques lignes de belle prose par lesquelles transpirent les obsessions pour les moteurs de nos existences...

borat8 24/10/2014 20:55

"Maps to the stars, qui a fait l'effort d'y être allé?" Bibi y a été mais déçu une nouvelle fois même si ce n'était pas aussi mauvais que Cosmopolis.

Voracinéphile 28/10/2014 08:46

Je rejoins ton avis. Je n'étais pas hyper-enthousiaste, donc pas surpris de ne lui avoir mis que la moyenne, je reconnais aussi qu'il était nettement plus abordable que Cosmopolis.

Vince12 23/10/2014 18:41

J'avoue que je ne suis pas vraiment rentré dans le trip de Crash. J'avoue avoir du mal à trouver tout cela bien crédible. Mais ça reste un film qui ne laisse pas indifférent

Voracinéphile 28/10/2014 08:48

Ah. Crédibilité n'est pas ce que j'aurais cherché dans Crash, mais c'est un angle d'attaque. En prenant celui des fantasmes (que je n'avais pas à l'époque), ça a été nettement plus porteur. Paris à moitié réussi si le film déclenche déjà une réaction !

titi70 23/10/2014 12:27

"(maps to the stars, qui a fait l’effort d’y être allé ?)". Je ne peux pas dire pour les autres, mais, pour ma part, j'ai fait l'effort d'être allé visionner le film en salle.

Voracinéphile 28/10/2014 08:49

Aha ! Je chercherai ta chronique sur ton blog dans ce cas !

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