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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 19:52
Dracula untold

Voir la bande annonce de Dracula untold, c’était déjà sourire au coin des lèvres. On flairait à 100 lieues le plaisir coupable. A l’arrivée en salle, un « Suce moi goulument ! » balancé par une bande de collégiens sécheurs de cours dissuadait de toute prise au sérieux de l’objet. Et pourtant, malgré ses atours de seigneur des anneaux mal fagoté, Dracula untold en a à revendre, insufflant quelques variations à la légende que nous connaissons tous.

L’histoire : Transylvanie. L’armée turc déferle, et fait capituler le pays sans résistance. Pour étancher sa soif, elle réclame un tribut de mille enfants, donc le prince héritier. Dressé au combat, le jeune prince Vlad se distingue par sa cruauté, réussissant à racheter sa liberté par les victoires offertes aux Turcs. Mais alors qu’il reprend les reines de son royaume, l’armée turque réclame un nouveau tribut…

Dracula untold

Avouez que ça en jette ! On croyait, vu la bande annonce, que le film allait durer 20 minutes, et découvrir une certaine richesse scénaristique de ce calibre, ça fait ma foi plaisir. En fait, ce Dracula untold est, à son échelle, une bonne petite surprise. En grande partie pour la discrétion dont il a été l’objet (il n’a été annoncé qu’un mois avant sa sortie), et pour ses modestes ambitions. En effet, la comparaison avec le Dracula de Coppola est inévitable, et le réalisateur semble en avoir conscience (rien qu’à l’apparition du titre, on sent l’hommage). Mais il prend vite ses distances, aussi bien dans l’esthétique que dans les pistes du scénario qu’il développe. Alors que l’armée turque menace la Transylvanie d’une nouvelle invasion, Vlad prend conscience de la présence d’une entité démoniaque rôdant sur ses terres. Mais la réclamation du tribut change la donne. Sa lignée est menacée et son peuple refuse de se soumettre à la requête. Le prince, pourtant soucieux de privilégier la diplomatie (par de régulières offrandes d’argent), se voit obligé de faire face sans armée régulière. Rien de tel qu’une bonne malédiction pour changer la donne. Et c’est là que Dracula untold donne enfin ce qu’il a dans le ventre. Il n’hésite à recourir à de purs artifices bisseux (vision thermique, yeux rouges, combats surdécoupés ou ralentis…) qu’il tente d’allier à un souffle de tragédie fantastique à l’ancienne. Un pur objet de divertissement respectueux de ses racines, mais soucieux de son efficacité. Pour être crédible dans l’héroïc fantasy, il repompe une partie de son esthétique et de sa mécanique sur le seigneur des anneaux. On le voyait déjà dans la bande annonce, alors autant l’encaisser d’office. Ca n’alourdit pas, au contraire. De beaux paysages gothiques, de splendides scènes d’exodes, des batailles rangées de turcs aux yeux bandés pour ne pas voir le monstre qu’ils affrontent (symbolique lourde sur le fanatisme, mais assumée avec un sérieux qui fait passer la chose)… Dracula untold en a à montrer (belle photographie, qui essaye à plusieurs reprises de rendre justice aux décors). Tout comme la découverte du vampire, excellente scène à l’intensité dramatique palpable, et dont le symbolisme humble touche à son but. Malheureusement, Dracula a aussi des côtés sombres. Notamment sur l’exploitation de ses bonnes idées. Ce film a d’évidentes ambitions visuelles. Curieusement, contrairement à nos attentes (la découverte des pouvoirs en accéléré, on ne perd pas de temps), Dracula ne fait pas vraiment de scènes de combo de jeux vidéos dignes d’un Matrix Reloaded. C’est pourtant ce qu’il doit montrer, notamment au cours de la nuit de transformation de Vlad, qui balaie une centaine d’hommes à lui tout seul. Alors le film tente un travelling tournant autour d’une lame, sur laquelle se reflètent des bribes du carnage. Bonne idée visuelle, le résultat est pathétique, on ne voit rien du tout. Et sur de nombreuses idées, intellectuellement bonnes, le résultat se trouve être piteux. La séquence de chute d’Elisabeth, pensée pour avoir l’intensité de celle de Amazing Spiderman 2 (oui, triste comparaison), en devient gênante de par son insistance sur le numérique de ses effets. Le combat contre le général turc et son piège, excellente idée, mais visuellement, résultat inégal, et le jeu des acteurs, pathétique, ruine le potentiel de la scène. Autant le film est cohérent et globalement réussi, autant certains de ses effets sont mal dosés, ou tout simplement ont donné de mauvais résultats, mais c’était trop tard pour changer… C’est relativement dommage quand on remarque que la découverte de la malédiction par la population est bien gérée (la légende prend forme), que la tragédie du prince, bien qu’inférieur en intensité à celle de Coppola (ben ouais, en 10 minutes, il te faisait une fresque gothique esthétique et intense), tente plusieurs choses. Parfois trop vite (le revirement des collègues vampires est intéressant, mais asséné trop abruptement), mais avec honnêteté. Même l’épilogue, transposé dans notre époque (arg !!!), a ce souffle d’honnêteté, qui reste à sa place en gentil hommage. Oui, Luke Evans, bien que limité dans l’expression de ses sentiments, a l’étoffe de Dracula, il en a aussi le physique, et il met à profit les entraînements qu’il a reçu sur le Hobbit. Ca fait en tout cas du bien d’être surpris. Pas non plus admiratif, mais satisfait. Le 6/10 n’était pas loin…

2014
de Gary Shore
avec Luke Evans, Sarah Gadon

3/6

Dracula untold

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commentaires

Jerome 12/04/2017 22:44

Pour ma part, j’ai adoré voir Dracula sous un autre angle. Ce film nous tient en haleine du début à la fin. J’ai trouvé que le jeu d’acteur était au top !

Scion 06/04/2015 07:49

Moi j'ai bien aimé ce film, c'est pas pour rien qu'il est dans mon Top 7 des films de vampire. Surtout que j'avais vu le Dracula de Coppola peu de temps avant. Et je vais etre franc avec toi, je l'ai préféré a celui de Coppola. Même si le film fait penser a un film de super héros par moment , et même si certaine scene mon fait mal au yeux( comme la scéne de l'épée que décris dans ta critique ).

Avel 22/01/2015 18:24

Film qui se laisse regarder, oui. Par contre personnellement je ne suis pas fan de tous les effets visuels qui se trouvent dedans. Dans certaines scènes l'image me paraissaient floue, c'est dire.
Bon, ce film n'est pas dégueu non plus hein, faut pas croire. Mais bon, clairement, y'a mieux ! ^^

voracinephile 26/01/2015 23:01

Mes affrontements (en mon laminage) rhétoriques avec Princécranoir te feraient sans doute rire. Moi aussi, j'ai trouvé matière à me divertir, et malgré ses grosses faiblesses et son cheap de mauvais goût, certaines de ses idées m'ont semblé intelligentes et bien amenées. La phobie des orientaux fanatiques ? Allons allons, c'est si gros qu'on n'est plus dupe, et à l'image, j'avais trouvé le résultat joli. Malgré ces expérimentations visuelles au rabais. Il aurait mieux valu la jouer Matrix et assumer directement le statut de vampire dès le premier combat.

Vince12 18/10/2014 19:11

Un énième Dracula ? J'avoue ne pas être pus intéressé que ça.

Princécranoir 28/10/2014 10:15

Si on s'en tient au pur divertissement, je suis d'accord, ce n'est pas pire qu'autre chose. C'est juste un peu cheap pour prétendre s'aligner avec les Marvel et les Batman de Nolan (les Burton sont pour moi hors-compétition quant aux Schumacher, mieux vaut oublier jusqu'à leur existence). Peut-être que s'il avait pris Christopher Lee pour hanter la grotte, on aurait eu le début d'une idée intéressante...

2flicsamiami 17/10/2014 08:19

Première bonne critique que je lis à son sujet. Cependant, en lisant ta critique, je ne peux m'empêcher de penser que le cinéma semble cultiver, volontairement ou non, la peur de l'envahisseur moyen oriental.

Voracinéphile 22/10/2014 00:44

Je viens de le revoir. Je valide complètement pour l'aspect DTV (un peu deluxe, mais quand même, ça n'a pas grand chose d'une mise en scène fastueuse), et mes louanges esthétiques sont un peu exagérées. Néanmoins, malgré ce côté cheap, je maintiens ce que j'ai dit pour les idées de mise en scène et le scénario pas si mal ficelé. La fin bâcle trop, mais on a là un p'tit film inattendu meilleur que prévu, malgré ses lourdeurs. Peut mieux faire, mais regardable.

Princécranoir 21/10/2014 09:45

"Innovation" et "humilité" ne me semblent pas vraiment les termes appropriés pour ce film. Je n'ai vu ici aucune innovation tant sur le plan scénarique que visuelle qui vaille d'être relevée. Comme tu le notes justement dans la première partie plutôt élogieuse de ta chronique, ce film bouffe à tous les râteliers pour servir sa soupe froide (Lord of the Ring, Game of Thrones, Coppola's Dracula, et même, en regardant bien "Vampire$" de Carpenter et "Dark Shadows" pour la scène de la falaise ; ne manquent que les Charlots, encore que... ). Le tout est gonflé aux stéroïdes super-héroïques (Dracula se change en Batman grâce aux super-pouvoirs acquis dans une grotte), lissé par une Love Story pour ados digne de Twilight (on sent bien quel public est visé). Côté "humilité", le sérieux papal avec lequel ce spectacle indigent (même la photo des paysages irlandais finit par faire toc) nous est livré n'incite pas au moindre second degré. Encore un film digne d'un DTV qui déboule en salle par on ne sait quel tour de sorcellerie marketing.

2flicsamiami 18/10/2014 09:15

Je regarderais ce que propose la dynastie Le Pen pour la prochaine croisade ;)

Après, je pense que ce n'est pas volontaire, et comme tu le dis, la légende de Dracula est liée aux Perses. Je remarque juste qu'entre les 300 et ce Dracula, sans parler d'autres films qui doivent sans doute échapper à ma mémoire de cinéphile, le cinéma à tendance en ce moment à revenir sur les combats entre occidentaux et orientaux.

Voracinéphile 17/10/2014 15:03

Je pense qu'il est assez facile d'en dire du mal, vu qu'il a plusieurs faiblesses évidentes. Mais il traite sa légende avec assez d'humilité et suffisamment d'innovation pour mériter le visionnage.
Intéressant angle de lecture, je trouve également qu'à force de nous saturer les oreilles dans les infos de terroristes islamistes et de dictatures fondamentalistes, on nous colle une image négative sans prendre les distances qui s'imposent (on ne va pas nier les faits, mais souligner que c'est devenu un instrument de pouvoir et d'oppression serait déjà un progrès). Enfin bon, le film ne fait pas l'apologie des croisades XD (quoiqu'on en aurait bien besoin, pense à voter Front Féodal à ta prochaine élection).
La légende de Dracula initiale est étroitement liée aussi avec les guerres contre les Perses, donc à moins de changer radicalement la légende, le film devait en passer par là. Je crois que c'est le symbole de l'aveuglement qui t'a semblé de trop. C'est le cas, mais en simple résultat esthétique et thématique, ça passe.

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