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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 14:41
Frustré

"Alors, qu'est-ce qu'on va regarder pour cette soirée ciné ?"

" Ben écoute, je viens de recevoir un petit film que j'avais commandé. Ca s'appelle Frustré."

"Ca ressemble à un gros pompage de Maniac, ton truc !"

"C'est le réalisateur de Dying God qui l'a fait !"

"Ben je suis pas trop convaincu, ça a l'air cheap et naze. Voyons les critiques sur Senscritique..."

"OK !"

Moyenne, 4/10. Une critique à 1/10 : Le réalisateur est un gros frustré misogyne, toutes les actrices jouent mal ou sont des sorcières excessives, et la complaisance pour la violence est gerbante.

" Nom de dieu on regarde ça ce soir ! Y a peut être vraiment moyen de se marrer devant un gros film pour mec..."

L'histoire : Fabrice Lombard, un technicien de surface brimé par ses camarades de travail, accumule frustrations et déceptions amoureuses, qu'il transforme en rage contre l'autre sexe.

Frustré

Bon, on ne va pas se laisser démonter par l’accusation de misogynie, elle sortait elle aussi pour Maniac alors que ce n’était pas le cas. Néanmoins, le film n’aime pas beaucoup les femmes, ou plutôt l’emprise qu’elles peuvent avoir. Le cas typique du personnage qui blâme les tentations autour de lui sans pouvoir y résister. Car les désirs lubriques sont dans le tableau, et que se refuser des opportunités, même perdues d’avance, ce n’est pas envisageable. Alors, notre héros est un frustré doublé d’un pigeon, mais sa carrure un poil arquée et sa laideur banale le rendent crédible dans son rôle. Hélas, le pompage de Maniac se fait un peu trop sentir, surtout lors de la découverte de l’appartement du psychopathe, qui consiste essentiellement en quelques affiches porno et un… mannequin (aaaarg !) sur lequel il se passe copieusement les nerfs en lui parlant. C’est la Femme telle qu’il la diabolise, sans voix, dont la simple présence bouleverse tout équilibre chez le mâle. Devant les brimades quotidiennes et suite à un petit coup de foudre soldé par un petit tabassage, notre personnage se met donc à suivre la femme qu’il apprécie, et décide de s’entraîner sur une autre dans un arrondissement mal famé de Paris. C’est alors que le film innove sans prévenir, en faisant d’un pommeau de douche l’arme rituelle de notre psychopathe. Un pommeau de douche… Why not, il fait office de matraque potentielle, et surtout d’objet phallique dont les femmes tâteront bientôt. Attention, monsieur a le gourdin ! Première séquence de meurtre et viol nasty comme il fallait. Jusqu’ici, l’intérêt s’est révélé assez minime. Concrètement, la seule façon pour le film de nous immerger, c’était de réussir à communiquer ses angoisses et ses frustrations au spectateur masculin. Faut parler aux couilles. Mais les frustrations en question sont d’une piètre étoffe, comme le personnage principal, qui n’a ni la masse de Joe Spinel, ni la fausse chétivité d’Elijah Woods. C’est un monsieur tout le monde sans atout, qui se lance à corps perdu dans sa croisade contre les femmes qui corrompent son équilibre du monde. En cela, peut être que le film est misogyne (les protagonistes féminins du quotidien sont assez exagérés, la femme au centre du récit est en revanche une call girl plutôt bien gérée), mais c’est inoffensif (n’importe qui modèrera immédiatement les opinions du protagoniste principal devant son absence de charisme et sa naïveté). Que reste-t-il alors dans Frustré ? Et bien aussi surprenant que cela puisse paraître, la facture technique du film est excellente. Pour un budget aussi réduit (c’est une série Z à quelques centaines d’euros), l’esthétique, les ambiances et les décors sont bien réussis. Mise en scène sobre, et quelques séquences suffisamment efficaces pour être marquantes (la poursuite de l’auto stoppeuse, le grand final de gogo dance, les allers et venues en ville…) sont les principaux points positifs de ce film, qui parvient par moment (pour peu évidemment qu’on le prenne avec l’indulgence du bisseux français) à faire illusion et à nous donner de vrais bonnes séquences d’exploitation de psychopathe tueur de femmes. Même si les ambitions sociales sont risibles (franchement, la solidarité masculine ne fonctionne pas, ou de façon extrêmement éphémère, on se moque plus généralement de ses manies), la facture technique honnête de ce film d’exploitation vintage sans prétention (appuyé par une bande originale électro de rigueur) a quelques arguments pour autoriser son visionnage. Après, c’est évidemment une simple mise en bouche de soirée (pas aidée par son final totalement expédié, on ne peut même pas appeler ça une fin, en revanche, l’ambiance est telle qu’on se croirait vraiment dans Maniac l’original), mais moins penaude que prévue, et vite envoyée (un poil plus de 80 minutes).

2013

de Jacques Vendôme

2.5/6

Frustré

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commentaires

Princécranoir 05/10/2014 11:10

Bine que réservé, ton commentaire m'intrigue (pour ne pas dire qu'il m'excite...) et ces photogrammes ne manquent pas de charme. Serait-ce un effet trompeur ?

Voracinéphile 17/10/2014 01:54

Pas du tout ! La qualité visuelle du film est indéniable, et plusieurs séquences y trouvent une réelle esthétique. Quant au discours du film sur la solitude masculine, il est assez classiquement mis en scène, mais ça parle aux tripes. Donc même si on sent un pompage et que le personnage suscite de l'antipathie, un certain plaisir cinéphile se ressent pendant la séance.

Vince12 04/10/2014 17:33

Ah si tuas un lien je suis preneur.

Voracinéphile 17/10/2014 01:55

Ton soir de chance, Vince : https://www.youtube.com/watch?v=g3CnoFJs7tc

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