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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 13:56
Scarface - 1932

Si le scarface de Brian DePalma n’a plus rien à prouver question culte (et pas de la façon dont il s’y attendait), l’original des années 30 n’a lui non plus jamais perdu la côte auprès des cinéphiles. J’avoue que l’idée d’un polar tourné en pleine prohibition ne m’enchantait pas vraiment, m’attendant à un thriller mou essentiellement axé sur des dialogues moralistes. Mais le code Hayes n’était pas encore en vigueur à l’époque, et pour cause, ce film est un de ceux qui ont amené son institution.

L’histoire : Tony, jeune immigré italien installé à New York, participe activement au trafic d’alcool sous les ordres de son patron. Mais là où ce dernier respecte un certain système de fonctionnement, Tony utilise des méthodes brutales et opportunistes.

Scarface - 1932

Vraiment, démonstration magistrale que le cinéma n’a pas d’âge ! Je ne m’attendais tout simplement pas à voir l’un des meilleurs films de mes vacances à une époque aussi reculée. Mais forcé on est de constater que Scarface, premier du nom, n’a pas pris une ride, malgré le noir et blanc et un montage classique à l’ancienne. Question rythme, il est un polar qui a largement de quoi rivaliser avec un concurrent moderne (il enterre Public ennemies), ménageant de nombreuses fusillades et plusieurs cascades bien chorégraphiées qui assurent un dynamisme et un divertissement tout à fait fonctionnel, qui se paye le luxe d’une narration allant à l’essentiel. Là où le remake fait deux heures et demie (film fleuve oblige), ce Scarface fait seulement 90 minutes, pleines comme un œuf, soignant chacun de ses personnages, et parvenant par un script épuré au possible à compiler portraits, psychologie, émotions et action dans un montage efficace, où chaque plan se révèle utile. Si la surprise était de taille pour le rythme, ce sont clairement les acteurs qui m’ont largement convaincu pour la note élevée. Pas le moindre surjeu. Et j’insiste. En une heure trente, à l’exception d’un seul personnage qui se révèle gênant pour l’humour tartignol qu’il véhicule (l’assistant de Tony, incapable de répondre au téléphone ou d’exécuter correctement ses ordres), tous les personnages importants de la trame sont exposés, ont défini leur ligne de conduite, et s’y attèlent avec un naturel on ne peut plus immersif. Tony en premier lieu, évidemment, qui combine avec un savant dosage une touche de coquetterie dans son style, cette impétuosité et cette agressivité enjouée tout à fait cohérente dans sa montée vers le pouvoir. Mais également le commissaire à l’affût (maintenu dans l’inaction par les avocats véreux des maffieux), la sœur un peu allumeuse (excellent personnage elle aussi, très naturelle, et dont le parcours, bien qu’en grande partie repris dans le remake, connaîtra une issue différente), le boss de la maffia… Il aurait juste fallu que les morts gardent les yeux ouverts pour que la mise en scène soit parfaite. Tous les éléments de l’univers de Scarface sont déjà cohérents et pleinement fonctionnels. Question politique, le film y va plutôt fort pour l’époque, en s’attaquant déjà à la dénonciation de la corruption du système judiciaire et de l’inaction de la police, en faisant le portrait d’une nouvelle génération de criminels qui ne reculent plus devant l’usage de la violence pour s’imposer et en tirer profit. Sur la question de la dignité toutefois, le film se fait plus nuancé, laissant dans le portrait de Tony cet instinct de (sur)protection vis-à-vis de sa sœur, qu’il gâte en la tenant à l’écart de ses combines. Relation tragique qui en profitera pour l’affaiblir moralement, au cours d’un final qui le dégrade méchamment question amour propre. Pour ma part, j’y ai vu une ultime tentative, désespérée, d’un Tony impulsif qui joue encore une fois son va-tout. Très grand film et cador d’un genre encore productif de nos jours, Scarface 1932 est un indispensable, un vrai bijoux de cinéma.

1932
de Howard Hawks
avec Paul Muni, Ann Dvorak

5/6

Vince, chapeau pour ce conseil !

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commentaires

Princécranoir 05/10/2014 11:46

Une claque monumentale en effet. Un Hawks pied au plancher et un Paul Muni dans une mémorable prestation. Un film qui fit se dresser les cheveux de William Hays pendant que Joseph Breen en avalait son missel. Puisque tu évoques "Public Enemies", je te conseille celui de Bill Wellman sorti deux ans avant celui-ci avec un Cagney impérial.

Voracinéphile 17/10/2014 15:09

Les contraintes obligent à être créatif. Mais la marge de manoeuvre se réduit alors à de simples allusions. Des thématiques deviennent alors impossibles à traiter en profondeur, et des projets entiers passent aux oubliettes. Je ne pense pas que l'absence de code aurait nuit, car pour tout le grand public, il y aurait toujours eu une certaine forme de retenue, une plus grande attention pour lisser les détails...

Princécranoir 17/10/2014 06:04

"tant de mal", ça se discute. ça a obligé les réalisateurs à mobiliser des trésors d'imagination pour trouver des astuces permettant de faire passer en douce certaines allusions que la "bonne" morale réprouve. Le code a quelque part aidé à l'évolution de l'art cinématographique.

Voracinéphile 17/10/2014 02:03

Oh Oh ! Mes respects mon cher Prince ! Je prends bonne note de cette suggestion qui ma foi me laisse très impatient ! J'avais relevé aussi pour Hays, vu qu'il semble que ce Scarface ait été un des grands prétextes à l'édification de ce code qui a fait tant de mal à l'art...

alice in oliver 04/10/2014 10:38

et rien à voir, puisque je sais que tu aimes les bisseries, je t'invite à découvrir la chronique de zone troopers sur mon blog

alice in oliver 04/10/2014 10:37

pareil j'adhère totalement à ton enthousiasme. Perso je préfère cette version à celle de De Palma

Voracinéphile 17/10/2014 01:58

Je passerai voir ta critique à l'occasion !

Vince12 03/10/2014 18:09

Je retrouve ton enthousiasme d'après visionnage. ce film est effectivement une bombe pure. J'attendais ta chro avec impatience (de mon côté il est déjà programmé sur E-Pole-Art). Je retrouve donc tous tes arguments (mêmes les yeux fermés). Content de voir que le film t'ait plu à ce point et merci pour la dédicace.

Voracinéphile 17/10/2014 01:58

Ah, mais il le fallait ! J'ai prévu de l'acquérir, c'est un polar qui mérite largement son statut de classique. C'est surtout l'alliance divertissement/réflexion politique sur le milieu du crime qui était vraiment efficace.

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