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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 12:38
Carcinoma

Nouveau cru de A. Doran (légalement, c'est son premier film, mais son style étant identique à plusieurs films disponibles et critiqués sur ce blog, on peut raisonnablement faire des rapprochements) qui passe à portée de mes yeux, d’une certaine rareté puisqu’il n’est pas encore commercialisé et que j’ai la chance d’avoir des contacts possédant une copie du film offerte par le réalisateur. Il est intéressant de noter que le style de Doran a tendance à se peaufiner techniquement, sans que son style soit changé le moins du monde. Toujours amateur de gros plan, de cadre façon cinéma à l’ancienne et d’expérimentations symboliques à base d’animaux, on se retrouve plongé dans son style étrange, particulièrement marqué ici.

L’histoire : un homme catholique, marié et travaillant dans le traitement des déchets commence à souffrir d’épouvantables maux de ventre. Les douleurs lancinantes finissent par lui provoquer des démangeaisons répétées, et initiant une addiction à l’auto-mutilation.

CarcinomaCarcinoma

On tient ici un sacré morceau question film extrême, puisque la pâte raffinée de Doran se met au service d’une histoire qui culminera dans le glauque à un point rarement atteint. Ici, pas de prise de conscience universelle, le récit se centre essentiellement sur une auto-destruction particulièrement gratinée. Ayant vu le film en VO allemande non sous-titrée, j’aurais un peu de mal à entrer dans les détails. Mais visuellement, nombre de symboles sont clairement visibles, et forment des thématiques claires, qui se développent avec une certaine cohérence. Le métier de l’homme lui fait côtoyer les ordures. Et cette proximité avec le sale s’intensifie au fur et à mesure du développement de l'histoire. Par une plus grande présence des déchets à l'écran, mais aussi parce que le personnage en devient un. Une pestilence qui se déclenche par des excès scatophiles en totale contradiction avec le cadre raffiné que Doran s'évertue à dresser. Pourquoi ce sabordage par l'excrémentiel ? La théorie veut que Doran s'attache à rabaisser l'humanité à ce qu'elle a de plus trivial (une clef qui me manquait pour la compréhension de Cannibal et de Melancholie der Engel, le scato y ayant là aussi une part), je la trouve ici enrichie d'un contexte d'auto-digestion, prélude à la déchéance progressive (divine, semble nous dire Doran, avec la présence marquée d'un prêtre durant les 20 premières minutes). Et une fois les agressions scatophiles engagées, les maux de ventres entraînent chez notre homme une série de démangeaison, pendant laquelle les grattages à répétition entraînent l'apparition de plaies. Et une fois cette dernière initiée commence cette étrange addiction, qui consiste à gratter sans arrêt la plaie, à l'élargir, dans une satisfaction masochiste proche d'une paraphilie. Et une fois que les plaies sont ouvertes, c'est la course à la souffrance et la surenchère dans le glauque. Une plaie qui s'élargit sans cesse, toujours en état de suppuration, développant bientôt une gangrène toujours plus douloureuse. Arrive la scène un peu gratuite des gays SM avec une séquence de fouettage à en rivaliser avec la Passion du christ, puis s'amorce la dernière partie du film, l'anéantissement promis, filmé comme une grand-messe et une transcendance, la douleur, le dégueulasse et la libération s'entremêlant pour former une délivrance au sens obscur, mais indubitablement marquante. Dans cette lignée, les symboles animaliers, essentiellement axés sur des serpents, trouvent leur pertinence dans les quelques séquences de constriction de leurs proies, leur agonie étant copieusement répartie et disséminée dans le film, histoire de marquer chaque étape de l'évolution de cette plaie divine. Symboliquement, le film est plutôt clair, et techniquement, c'est un travail quasi irréprochable au vu de son petit budget (seul l'abus d'usage des gros plans peut lasser, mais ils sont globalement très soignés dans le cadrage et l'esthétique). Le souci, c'est que c'est un film réussi qui n'a pas vraiment de fond. Il ne traite pas d'un mal concret, ni se révèle subversif sur l'esprit humain. C'est une petite poésie trash sans grande immersion sentimentale, malgré son illustration aiguë de la douleur. Néanmoins, il se suit plutôt bien, et ses séquences extrêmes sont suffisamment efficaces pour remuer les tripes, à défaut de leur parler. C'est une œuvre qui existe pour son ambiance et son trip, qui voltige sans filet en mettant en scène un petit conte trash sans double fond, avec le Doran' style. Rien de marquant, sinon la force de ses séquences extrêmes.

2014

de A. Doran

avec Thomas Goersch, Marie Dehl, Curd Berger

3/6

Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...

Ah, j'ai oublié de préciser, plusieurs animaux sont tués pendant le tournage, pour nourir les serpents et symboliser l'agonie...

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commentaires

Androstaub 16/11/2014 16:16

J'ai moi aussi ma petite chronique sur CARCINOMA ! (merci qui ???)
Critique que je n'ai pas pu publier sur le site Horreur.com à cause d'un prétencieux frustré prétendant défendre le cinéma underground alors qu'il va à l'encontre des demandes des réal' et qui a bourré le crâne de l'administrateur du site (je te laisse deviner qui c'est ^^).
Attention à la prostitution hahaha ! ^^

http://androstaub.over-blog.com/2014/06/marian-dora-collection.html

Tu as été dur avec la note n'empêche !! O.o

Voracinéphile 25/11/2014 21:19

Non, je ne crois pas que tu la connaisses (ce n'était pas mon cas, et elle n'a jamais mentionné ton prénom).

Ah, mais je ne regrette pas d'avoir découvert Marian, il a des idées et un style vraiment esthétique. Content que ça se passe aussi bien sur horreur.com, j'y passe de temps à autres pour suivre tes découvertes. Et de mon côté, j'accumule en prévision du nouvel an...

Je me rappelle parfaitement de Vomit Enema Extasy (un film qu'un certain Youyou avait apprécié, je crois ;). Volontier, pendant le réveillon, ça mettra une ambiance chaleureuse et festive !

Androstaub 18/11/2014 01:33

Au fait, en parlant de film dégueulasse... J'ai réussi à trouver un dvd de "Vomit Enema Ecstasy X" sur un site scato (j'ai grandement hésité à le prendre car je me sentais mal de faire mes achats sur ce genre de site....). Tu te sentira de tenter l'experience dès que je le recevrai ??? (pas pendant toute la durée du film car il dure quand même 3h30....)
Si tu ne te rappelle plus de ce que c'est, je te laisse chercher les images sur Google Image en tapant le titre du film... ^^

Androstaub 17/11/2014 14:46

Oh super ça ! Ca fait plaisir à savoir !! Je la connais cette fameuse internaute ??

Oui je sais que tu es difficile au niveau du cinéma extrême mais je me devais de te faire découvrir son cinéma qui est quand même unique.
On verra bien ce que donnera ses adaptations des contes des frères Grimm !!!

Concernant mes chroniques sur Horreur.com , il y en a 8 en attente. Tout dépendra de l'admiistrateur qui fixe les dates de publication.
Ce n'est pas grave si Carcinoma n'est pas sur Horreur.com , je me suis fais plaisir en le partageant sur plusieurs forums bien connus et de l'envoyer à Marian lui même par l'intermédiaire de Manoush, ce dernier l'a adoré !!

Voracinéphile 17/11/2014 08:29

Ah, je ne savais pas que tu n'avais même pas eu le droit de la diffuser. Quelle connerie quand même, cette situation...

Je suis sévère avec Marian, mais en dehors du style, je n'y ai pas vu ici énormément d'intérêt. Il regroupe des symboliques d'une certaine façon et il a un certain sens de l'efficacité, mais je n'ai eu à aucun moment une espèce de révélation, comme ce que j'ai pu avoir sur Subconcious ou nekromantik (ou un certain Cannibal, même si c'était là aussi bancal). Il s'améliore néanmoins à chaque projet, j'ai bon espoir qu'il retrouve la fougue de ses premiers travaux.

Je n'oublie pas à qui je dois la découverte. Réjouis toi, je discute avec une internaute intéressée par l'extrême, qui suit tes chroniques sur horreur.com et qui bave devant ta collection ^^ Tu deviens connu !

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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