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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 11:34
Fury

Depuis Sabotage, je me méfie de David Ayer comme la peste. Sa vision réaliste des héros a tendance à clairement me scandaliser, puisqu’ils sont tous des pourris ou des psychopathes notoires, dont les portraits sont plus ou moins nuancés. Avec Fury, autant dire qu’il met les bouchées doubles !

L’histoire : périple de l’équipage d’un blindé américain pendant les derniers jours du troisième Reich, avec à son bord une jeune recrue.

Fury

Je sais que je déteste ce film, mais je ne sais pas si je dois en tenir compte dans sa note, ou si cela le rend au contraire plus efficace. Je ne sais plus si à ce stade, c’est le cynisme dont je parlais avec Sabotage, ou si c’est de la clairvoyance. Tous les personnages de Fury sont des ordures. Tous sont haïssables. Il n’y a que le jeune dactylo enrôlé à la va-vite comme co-pilote qui soit tolérable, quelques temps du moins, avant que sa transformation en barbare ne soit achevée. Car c’est bien là que le film m’horrifie, dans sa volonté de réalisme, il en devient presque une justification de la barbarie en temps de guerre. C’est un peu à l’image de cette scène d’ouverture, où un officier allemand est attaqué par Brad Pitt qui le désarçonne avant de lui envoyer plusieurs coups de couteau dans l’œil, puis d’enlever la bride du cheval et de le laisser partir (genre il l’a libéré), avant de lancer la punchline « Il est tombé de haut ! ». C’est du Inglorious Basterds sans laisser la parole aux nazis. Et c’est cela pendant toute la durée du film. Où qu’on regarde, les troupes alliées commettent pillages, tueries aveugles, actes de barbarie… Sa vision expéditive est réaliste (car on se doute que pendant les combats, on se souciait d’autre chose que les civils, et ce patriotisme exacerbé ressorti tout le film à l’encontre des allemands (on ne dit plus tuer des nazis, mais des allemands) montre que d’un certain côté, le film en a conscience), la violence est payante (les soldats allemands brûlés au phosphore que les alliés regardent mourir en se bidonnant).

Incontestablement, le film a conscience de suivre des barbares qui se cachent sous différents masques (celui des circonstances notamment, c’est la guerre putain !). Il leur offre même une rédemption au cours du final, avec ce dernier acte sans replis qui constitue un « sacrifice glorieux » (pendant lequel ils sont responsables de la mort de plusieurs centaines d’hommes) qui vient salir la notion d’héroïsme avec un réalisme bien clinquant. C’est ainsi que le film arrive à me faire douter. Mais le doute n’évacue pas les détails, surtout concernant l’initiation de la jeune recrue, posté à une mitrailleuse. Première embuscade, il est responsable de la perte d’un blindé. C’est dur, mais c’est justifié. Première escale après un combat contre canons, il est forcé devant ses camarades de tuer un soldat allemand s’étant rendu. Et comme il ne cède ni aux coups ni aux humiliations, il est maîtrisé, on lui colle le flingue dans la main et on le fait appuyer avant de lui balancer quelques coups. Eblouissante première étape pour devenir un héros, la barbarie le rabaisse à son niveau avant de lui dire « regarde on est pareil ! ». La seconde, c’est quand il abrège le supplice au phosphore des allemands en les mitraillant un bon coup (initiative qu’on lui reproche), et c’est à partir de là qu’il se transforme véritablement. Déjà en avouant un certain plaisir à tuer alors qu’il n’en avait visiblement aucun, ensuite en participant aux pillages des villages pour se procurer bouffe et satisfaction. Oh, dans les formes, le scénario arrive presque à faire passer cela pour de la courtoisie (et on admet qu’en comparaison du reste, les manières du commandant et du jeunot sont plutôt courtoises). Mais dans la perspective où la jeune fille du foyer qu’ils occupent allait de toute façon être utilisée, elle choisit clairement la moins pire des options. Il n’y a pas de romantisme de guerre ici, surtout quand débarque les rapaces compagnons d’arme (contraints au silence par le capitaine non pas pour leur barbarie, mais parce qu’ils lui gâchent le plaisir). Et puis finalement l’idéalisme est mort, et notre jeunot dézingue de l’allemand par paquets de dix. Il finit même par être épargné, opportunité qu’il exploite pour se préparer à tuer d’autres allemands. Un véritable héros, comme on lui dira en pré-générique de fin.

David Ayer a cette approche désillusionnée, mais je ne suis pas sûr qu’elle apporte vraiment quelque chose. Certes, l’occasion n’avait pas encore été tentée à ce point, et le film se justifie par différents moyens « les idéaux sont pacifiques, l’histoire est violente. » Oui, il est vrai que les barbares ont plus influencés l’histoire que les idéalistes. Mais perd-t-on forcément son âme à la guerre et cède-t-on aussi irrémédiablement aux facilités de la barbarie ? Quand on reproche continuellement aux allemands de poursuivre le combat (de façon désespérée, toute la population est mobilisée) et qu’on refuse de se rendre lors d’une attaque nazie en tirant dès que possible sur la moindre tête qui s’approche, excusez moi de trouver la contradiction un peu forte. De ce que montre le film, on pourrait même être du côté des nazis, acculés sur leurs propres terres, assaillis de toute part par des hordes barbares désorganisées et intenables, alors qu’eux avancent au pas, chantent, espèrent un monde meilleur en se battant. Le film montre même un nazi qui épargne un américain. Mais l’uniforme nazi est l’uniforme nazi, et les balles pleuvent, avec cette petite astuce des balles traçantes, qui permet de faire des combats à la star wars avec des tanks en pleine seconde guerre mondiale (l’effet est particulièrement tape-à-l’œil, mais soit… Les geeks apprécieront). Le tout passerait quand même mieux si ils arrêtaient de dire qu’ils sont le bon camp. Bref, Fury, je n’ai pas aimé et c’est un peu confus. J’ai en tout cas retrouvé toutes les caractéristiques de son cinéma, protagonistes vulgaires qui parlent de leurs anecdotes de cul en allant au combat, « tu penses qu’hitler se ferait baiser pour du chocolat ? », violence amorale bien percutante… Il reprend bien son style sans changer d’une virgule, hélas pas pour le meilleur. Il apprend toutefois à mieux se camoufler, assez pour susciter le doute. A-t-on le droit de juger les héros ? L’important est la participation au conflit ou les motivations ? La barbarie est-elle inéluctable ? Et dans mon cas, un film rendant hommage à des comportements révoltants mérite-t-il une mauvaise note ?

2014
de David Ayer
avec Brad Pitt, Shia LaBeouf

2.5/6

Fury

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Published by voracinephile - dans Guerre (Army needs you !)
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commentaires

Jerome 14/04/2017 23:07

Je trouve que « Fury » est un long-métrage passionnant qui captive l’attention du spectateur. D’ailleurs, c’est l’un de mes films de guerre préférés. J’ai vraiment aimé les scènes d’explosions.

Vince12 06/11/2014 18:10

Très intéressant ton article. Je n'ai pas vu le film et n'en ai pas envie. Je vois un peu le genre que ça peut être. Genre on glorifie la tuerie des nazis (appelé mêmes directement allemands pour le coup visiblement), mais d'un autre côté un film qui montre les alliés comme plus pourri que les nazis (conséquence volontaire ou pas) ça se salue.

Voracinéphile 06/11/2014 22:50

J'ai moi aussi cette impression là. Sa moyenne est en tout cas assez ahurissante pour un film qui a aussi peu d'ampleur (quelques petits combats de char, certes, mais rien de technique sur le sujet, et c'est bien pauvre humainement parlant). Dur de dire si le film dénonce ou rend hommage à la barbarie de guerre. C'est le même topo sur sabotage, personnages pourris dans un contexte réaliste. Mais à quoi bon l'efficacité si on déteste les personnages et ce qu'ils incarnent ? Ca a été dur de mettre une note, je préfère me contenter d'un à-priori négatif, mais la note risque fort de baisser au fur et à mesure que mon avis se précise.

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