Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 19:30
La prochaine fois je viserai le coeur

Le thriller français qui s'aventure sur l'un des cas d'authentique psychopathie observé dans l'Hexagone, à savoir celui de Franck (bel hommage à William Lustig), variation d'Alain Lamare, tueur de femmes et gendarme besogneux, que l'ironie du sort place dans l'enquête de ses propres forfaits. Et en se contentant de rester sur ses plates bandes d'immersion dans le quotidien du monstre, émerge alors un film qui gagne à la fois en efficacité et en subtilité.

L'histoire : Franck est un monstre qui se décrit comme dégoûté par l'humanité et déterminé à en finir avec elle. Dans les faits, sa frustration vis à vis du sexe féminin et de l'étouffante monotonie de son quotidien ont façonné un naturel froid, d'une agressivité critique constante, et une volonté d'endurcissement sans faille.

La prochaine fois je viserai le coeur

Dans les détails, LPFJVLC n'est pas forcément très subtil. La frustration de son incapacité à séduire les femmes est redondante (le film cherche à en saisir chaque aspect, en variant la mise en scène et les détails, parfois en frôlant la digression avec l'évocation des homosexuels), le film abandonne parfois le portrait psy pour donner dans le suspense (la battue), dans la digression inutile (le vieillard seul, vengeance d'un Barracuda?) et l'absence de conclusion, qui n'aide pas à y voir plus clair. Et pourtant, le film a le don de suggérer un contexte riche, notamment dans la façon qu'a Franck de s'investir dans sa propre enquête, cherchant également à se comprendre, au milieu de la foule, au dessus de tout soupçon. La sauvagerie des meurtres, la variation des effets de styles dans la mise en scène, tous les éléments qui font le classique portrait du psychopathes sont soignés, laissant le véritable atout du film délivrer sa performance : Guillaume Canet. Pour un tel rôle, Laurent Lucas aurait été tout désigné (mais il y aurait eu moins de mérite, il est habitué à s'habiller d'étoffes torturées). Mais le souriant Guillaume, tirant continuellement une gueule d'enterrement et campant son rôle avec un naturel bluffant, délivre peut être la performance de l'année. Parfaitement investi dans son rôle, escorté par quelques effets spéciaux insidieux dans les mauvais traitements qu'il s'inflige, il imprègne le film de sa présence glaciale, captant à chaque instant l'attention. Ses ressentis de frustration masculine, d'angoisse existentielle et de désir de s'affirmer sont naturelles, plus exposées que vraiment analysées. D'ailleurs, seul son ressenti compte vraiment, et cette tendance à petit à petit voir la boucle se resserrer autour de lui en la regardant avec passivité, en tentant néanmoins de poursuivre son existence (avec sa femme de ménage). Le film est efficace, le style concis, l'équilibre fonctionnel. On frôle les scènes marquantes, sans pour autant se lâcher à fond dans le glauque. Mais le film avance, avec cette efficacité qui ne trompe pas, à quelques lourdeurs de style près (l'expérimentation sur les insectes, étrange). Un travail très honorable, qui arpente les chemins du psychokiller avec une touche française bienvenue, tout à fait à la hauteur des attentes.

2014
de Cédric Anger
avec Guillaume Canet, Ana Girardot

4,5/6

La prochaine fois je viserai le coeur

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Princécranoir 02/12/2014 07:54

Voilà qui va nourrir chez moi quelques regrets. J'avais bien l'intention d'aller tester ce cru Canet que l'on dit appréciable mais les infortunes de la programmation m'ont conduit vers d'autres salles. Ne me reste désormais que le rattrapage domestique en plus petit format. Bravo en tous cas pour cette chronique qui donne envie.

Vince12 01/12/2014 19:44

J'avoue que je ne suis pas fan de Canet (du moins en réalisateur), mais bon au vu de ta critique je me pencherai peut être sur ce thriller.

Voracinéphile 01/12/2014 20:55

Je pense qu'il va marquer 2014. Il est dans mon top 15 en tout cas...

2flicsamiami 30/11/2014 09:50

Décidément, Guillaume Canet à soif de thriller cette année, entre ce biopic criminel et celui sur Maurice Agnelet. Une critique très encourageante en tout cas pour un film qui me semblait plutôt terne.

Voracinéphile 01/12/2014 19:17

J'attends que tu le découvres, tu verras qu'il mérite largement le détour. Il y a des maladresses et surement quelques poncifs, mais l'histoire fonctionne bien, on a parfois de pures séquences à suspense et de beaux dilemmes psychologiques. Un film pas forcément très équilibré, mais vraiment intéressant.

Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche