Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 14:32
Flower and snake

On a très souvent reproché aux japonais une certaine perversion dans les fantasmes sexuels, et j'ai le regret de constater que ce blog y a hélas participé à plusieurs reprises. Quid d'un urotsukidoji, d'un shogun sadism, ou encore des dernières all night longueries. Sans parler de l'affront aux bonnes moeurs qu'étaient les opus 2 et 5 des Guinea Pig. Il convient aujourd'hui de faire amande honorable et de rectifier la vérité : ces petites excentricités, c'était de la p'tite bière devant la montagne de bon goût que se révèle être Flower and snake. Partant sur les bases d'un scénario moisi pour virer sur des humiliations sexuelles psychologiques digne des pires bondages, c'était ce qu'il manquait à nos amateurs d'exotisme.

L'histoire : Une femme gagne gentiment sa vie en tant que chanteuse et danseuse dans un club branché. Son mari travaille dans un cabinet d'affaire. Malheureusement pour lui, une opération financière tourne mal, et rien ne va plus quand les clients se révèlent être un clan yakuza de mauvais poil. Désireux de joindre l'utile à l'agréable, ils décident de se venger en organisant une soirée partouze un peu spéciale dont les jouets seront nos pauvres larrons... Miam !

Flower and snake

L'insipidité du scénario est curieusement une des petites forces de ce film, car il évacue ainsi toutes les prétentions prompte à inhiber le divertissement (on est clairement pas là pour réfléchir ni révolutionner le cinéma). Il prend néanmoins le temps de poser son cadre et ses personnages, et fait patienter avec une petite scène de sexe assez généreuse dans la mise en scène (cadrée dans les plus extrêmes limites de ce que sa catégorie de censure oblige), le temps de faire jaillir le bourbier dans lequel se sont empêtrés nos personnages, et surtout pour nous présenter la femme au centre du récit, radieuse pauvre créature qui sera livrée aux perversions les plus abominables par nos yakuzas sans scrupules. L'introduction sert aussi à souligner ce qui sera l'une des principales qualités de Flowers and snake : la photographie. D'une très bonne tenue et soignant ses décors, c'est un petit cadre fastueux pour le simple plaisir bondage initialement promis. On part donc en toute confiance dans ce qu'on sait être un petit thriller malsain qui virera tôt ou tard dans la complaisance voyeuriste. Le générique d'intro offre d'ailleurs une bonne représentation du film : un hideux serpent numérique (hélas, c'était inévitable) enserre dans une interminable caresse un corps de femme avant de s'enfoncer profondément dans sa gorge. Inutile de se répendre en métaphores graveleuses, on sent déjà une ambiance stylisée tout à fait bienvenue pour satisfaire nos esprits dérangés. Et une fois que la machine se met en branle, tout le charme des coutumes japonaises opère. Dans un respectueux hommage au Eyes Wide Shut de Kubrick (ou un pompage éhonté, allez savoir...), une assistance masquée observe, sur une scène éclairée, notre chanteuse, son mari et son associé enchaînés et parés de costumes de latex, prêts pour le grand show. A laquelle se joindra une connaissance de nos chanteuse, ainsi qu'une dominatrice yakuza perverse qui ne recule devant aucun outrage moral, y compris le saphisme... Bref, bondage, mise en croix, muselières et autres accessoires vibrants, Flower and Snake ne nous refuse rien, et organise ses visions en crescendo, histoire de nous tenir en haleine jusqu’à son grand final. Grand final qui culmine assez jubilatoirement dans la catégorie des œuvres hentaï, et qui pousse son mauvais goût à retourner la situation en lui donnant une petite issue « morale » assez drôle, car même humiliée de la sorte, notre héroïne voit son pouvoir de séduction se décupler, et alors même qu’elle est livrée à l’appétit du chef des yakuza, elle se sert carrément du désir qu’elle suscite comme d’une arme. En fait, c’est une issue féministe, avec les hommes aveuglés par leurs désirs lubriques et la gentille épouse (pas la nymphomane de service, elle recevra une petite punition pour ses mœurs dissolues) qui reprend les choses en main. Ma foi, si le bon goût n’est pas toujours convoqué (le présentateur des orgies, toujours en vêtements de fille et hystérique), un certain sens des clichés pervers et une mise en scène d’assez bonne qualité font au final de Flower and snake un divertissement érotique d’assez bonne tenue, plutôt amusant pour le pervers qui sommeille parmi les spectateurs, et un sympathique essai quand il est pris au second degré (mais franchement, il serait mal avisé de l’aborder sous un autre angle).

2004

de Takashi Ishii

avec Aya Sugimoto, Renji Ishibashi, Kenichi Endou

4/6

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Vince12 03/12/2014 22:05

Hé hé ! il m'a l'air intéressant celui là. Rien qu'à l'affiche j'ai pensé à Flowers of Flesh and Blood

Voracinéphile 04/12/2014 20:43

^^ Les japonais ont encore frappé (fort). Définitivement, voir ce genre de spectacle gratuitement pervers a définitivement quelque chose de frais, dans le domaine du thriller en tout cas. Un repose cerveau exotique un brin dénudé qui fera toujours sourire le cinéphile.

Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche