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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 20:50
Exodus

Trop occupé pour aller découvrir le dernier cru de Ridley Scott pendant les vacances, c’est en 2015 que j’ai découvert Exodus, fresque épique et biblique comme on en n’avait plus vu depuis… Robin des bois ? Ridley ne prend plus vraiment de risques après l’expérience de Prometheus et se lance dans ce qu’il sait faire de mieux, ou ce pour quoi il est publiquement loué (Gladiator).

L’histoire : Alors que Moïse et Ramsès rentrent victorieux d’une bataille contre les Hittites, des rumeurs de révoltes s’élèvent du côté des colonies d’esclaves. Venant se rendre compte personnellement de la situation, Moïse apprend alors quelles sont ses origines.

Exodus

Exodus est limpide, sans sous texte, dans une reconstitution classique, avec un casting connu, des moyens conséquents et sur un format maousse (deux heures trente, aussi long que le dernier Hobbit). C’est la jolie façade pour dire aussi qu’il est sans surprise, sans audace, sans parti pris notable, bref, qu’on sait exactement ce que l’on va voir en payant sa place. L’histoire est adaptée à la virgule près, avec quelques menus aménagements pour rendre le visionnage intéressant et dynamique (surtout dans les réflexions des personnages, la crédulité du pharaon devant un présage, la foi inébranlable de Moïse, les visages épuisés des hébreux… En fait, le seul petit parti pris que j’ai cru voir, c’est la redondance de la formule « peuple élu » et les insultes des citoyens égyptiens pendant l’exode de la population élue, qui ressemblent à une tentative de bien souligner un premier visage d’anti-juiverie (mais tout cela est avant le retour à Canaan, donc pas encore vraiment approprié). Pour le reste, le film conserve une certaine part de réalisme (surtout avec le parcours de Moïse et ses affrontements avec le pharaon), et cultive un peu de tribal avec le cortège d’exécutions publiques qu’il met en scène, propice au vent de révolte. Mais le film a aussi un côté fantastique, notamment avec l’apparition de Dieu. Qui prend la forme d’un enfant. Et là, je commence à trouver le film lourd. Car c’est facile, de faire parler un môme qui te dit « je suis » et qui se révèle imprévisible. Vraiment, j’aimais quand Constantine disait « Dieu est un enfant qui joue avec une fourmilière », et ici, c’est lourd à en soupirer. Alors que le film avait tous les éléments pour s’éviter une telle lourdeur, il se vautre dans le symbolisme gras, pas vraiment surprenant de la part de Ridley Scott (Kingdom of Heaven ne brille pas par sa subtilité), mais rageant. Quitte à faire du grand péplum, autant laisser ouverte une interprétation purement réaliste.

Mais Ridley délaisse bien vite la finesse pour déchaîner les enfers, avec du numérique comme si il en pleuvait. Crocodiles, grenouilles, mouches, maladies, sauterelles… Tout y passe, dans une colère naturelle qui réjouit pour son côté catastrophe soigné, mais qui perd largement en finesse dans sa démonstration spectaculaire. Si les enchaînements sont cohérents, le récit devient rapidement lourd, jusqu’au grand final qui se révèle vite gâché par plusieurs fautes de scénario. Les hébreux partent, et immédiatement, on voit alors le pharaon qui broie du noir sur le cadavre de son fils, avant de se lever et de partir fissa avec son armée. Deux cavaliers aperçoivent le départ, galopent pendant deux ou trois plans, rejoignent le peloton des hébreux, remontent en tête (inutile de dire qu’ils sont des dizaines de milliers), et que l’armée est à 4 jours derrière eux… Mais c’est complètement stupide ! L’ellipse temporelle a été torchée à la va vite. Et je ne sais pas si on se rend compte qu’un groupe de dizaines de milliers de personnes désorganisées avance à un rythme lénifiant. Si les deux cavaliers les ont rejoint, l’armée de Ramsès, qui avance à un petit galop, est au grand max à 2 heures de cheval… On a alors le bon coup de la petite route escarpée des montagnes. On pensait que c’était facile pour gagner du temps, que Ramsès serait obligé de contourner, en laissant le temps de voir les eaux se retirer. Mais non, il prend la même route. Du coup, il perd la moitié de son armée dans un accident bête, mais il prend toujours de l’avance. Autant dire qu’il les talonne. Et puis non, il se passe un soir, une nuit et une journée complète pour qu’il parvienne enfin à les rejoindre, toujours sur son char lancé à toute allure. Le lièvre court, mais moins vite que la tortue grâce à une illusion de montage des scènes. Enfin bon, on ne crachera pas sur le raz de marée (je m’imaginais Moïse s’en sortir en faisant du surf sur un bouclier avec the piñacolada song en fond sonore, mais Ridley n’a pas exaucé mon souhait). Après ces trépidantes aventures, il conclut dans les formes, sans se forcer. Avec quelques gros défauts et une formule qui ne surprend jamais, Exodus n’offre d’intérêt que pour son faste visuel et le goût de voir un péplum à l’ancienne. Si c’était un nouveau réalisateur, ou un casting moins connu, nous serions sans doute plus cléments. Mais ici, on a un gros air de déjà vu…

2014
de Ridley Scott
avec Christian Bale, Joel Edgerton

3/6

Quand on prends Sigourney Weaver pour jouer une figurante, ça fait mal.

Quand on prends Sigourney Weaver pour jouer une figurante, ça fait mal.

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

Jerome 12/04/2017 22:43

La réalisation de Ridley Scott apporte une énergie supplémentaire à la production de ce film. C’est un long-métrage qui nous en met plein la vue avec ses effets spéciaux époustouflants.

Scion 05/04/2015 23:17

Franchement j'ai vue ce film au ciné parce qu'on m'as invité.
Je connaissais déjà l'histoire pour avoir vue les Dix Commandement ( la 2eme version de Cecil B. DeMille et pas la comédie Musical ), et je n'avait pas envie de me tapé un vulgaire remake.... Sauf que m'as bonté me perdra et j'ai fait plaisir a une amie.

Comme tu le dit, le réalisateur ne prend aucune " initiative ", aucun parti pris. A moment j'ai crus qu'il essayait de faire planner le doute sur le sujet " est ce vraiment dieu qui parle a Moïse ? " .... Il aurait trés bien pus lui faire avoir des halu, mais en faite non. J'ai juste vue une version des Dix Commandement avec la technologie moderne.

Au je sais pas pour toi, mais Sigourney dans le rôle de la mère Ramsès ne ma pas convaincu une seconde

Avel 22/01/2015 18:15

Coucou :)
Critique intéressante ici. J'ai raté la séance et je pensais aller le voir ce dimanche. Maintenant j'hésite un peu à vrai dire...2h30 c'est assez long, et si c'est pour avoir du "déjà-vu" je ne sais pas si je vais me laisser tenter. D'un autre côté cela fait longtemps que je n'ai pas vu de péplum :s Mais bon, dans tous les cas je le verrai en dvd et je serai prévenue : je ne vais pas m'attendre à quelque chose d'extraordinaire.

voracinephile 26/01/2015 22:55

Salut Avel ! Si tu as rattrapé Exodus depuis l'envoi de ton message, j'espère que tu auras apprécié le faste de la mise en scène. C'est finalement tout ce que Ridley Scott peut maintenant offrir, avec un goût certain dans la cohérence de ses univers, mais une certaine incapacité à prendre des angles qui sortent des clichés. Le message social qui aurait pu se trouver dans Exodus se trouve ici écrasé, réduit à quelques plans, donc gravement sous exploité alors que c'était là une salutaire issue à la redite. La confrontation entre Moïse et Ramsès dans Prince d'Egypte m'avait davantage ému. J'étais plus jeune, mais aussi, les personnages en animation se montraient plus sensibles, plus passionnés.

Princécranoir 14/01/2015 21:37

Si ton vœu n'a pas été exaucé, c'est que tu n'as pas prié assez fort. Peut-être qu'il le sera dans la version uncut ! Sinon, en relisant la première partie de tin analyse, il me semble finalement assez intéressant de remettre en perspective la lecture de l'orient à travers trois films de Ridley Scott qui s'y déroulent. Le pont qui relie "Exodus" à "Kingdom of heaven" passe très certainement par « mensonges d’état » et ses crusaders voire « la chute du faucon noir », montrant l’incapacité des régimes institués à imposer un schéma de société. Malgré les faiblesses du film, et son contexte distancié, il (se) pose néanmoins des questions d’actualité.

Voracinéphile 18/01/2015 13:00

La Foi déplace des montagnes, mais qu'en est-il de l'eau ?
Je prendrai le temps de rattraper mensonges d'état, qui m'a bizarrement échappé ces dernières années. La politique ne m'étonne pas de la part de Ridley, qui a cultivé dans plusieurs de ses films des détails marquants pour alimenter les discussions. Une façon d'enrichir un peu ses scripts sobres.

2flicsamiami 14/01/2015 09:36

"Le lièvre court, mais moins vite que la tortue grâce à une illusion de montage des scènes." J'adore ta formule :) Moins le film...

Voracinéphile 18/01/2015 12:52

Merci, 2flics ! Il faut dire que ce final m'a tellement choqué de par son manque de logique. On gâche les maigres points positifs esquissés dans la première heure et demie...

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