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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 13:22
Les damnés

Les Damnés marque le début de carrière dans le cinéma grand public italien de Helmut Berger, sous la direction du fastueux réalisateur Luchino Visconti. C’est essentiellement pour Helmut Berger que j’ai découvert le film, sa performance dans Salon Kitty m’ayant marqué. Ici, les oripeaux nazis reviennent à la charge, sous l’angle d’une tragédie familiale qui avait tous les ingrédients pour marquer le spectateur.

L’histoire : Alors que famille gérant une compagnie d’aciérie allemande se réunit, l’annonce de l’incendie du Reichtag est faite. Devant le changement de cap politique du pays, la famille, qui avait toujours répartis ses membres pour le meilleur équilibre possible, doit revoir ses positions vis-à-vis du national socialisme. Commence alors un jeu de luttes intestines.

Les damnés

Les damnés est un film fleuve de deux heures trente, un gros morceau de cinéma sur la trajectoire d’une famille que les aspirations personnelles et la pression politique consume peu à peu alors que le parti national socialiste affirme son autorité. Son univers est passionnant, car le microcosme familial, strictement composé de personnages de la haute société allemande, compile différents maillons et différentes pensées. Dans la situation d’exposition, le paternel fait office de médiation, tentant de faire cohabiter tout le monde pour le mieux. Il y a l’actuel patron des aciéries, beau-frère farouchement opposé au national-socialisme, le frère engagé comme commandant dans les sections d’assaut, le fils opportuniste sans étiquette et sa femme (qui écrase immédiatement n’importe quelle Cameron Diaz avec une facilité déconcertante), et le cadet efféminé inconstant, qui ne semble jamais entrer dans les jeux de pouvoir. Et leurs enfants. Un grand tableau humain, dont la longueur peut parfois faire perdre certains repères, mais dont les trajectoires sont simples. Le but initial étant de garantir aux aciéries une certaine indépendance, tout en se faisant bien voir du parti politique actuellement en vigueur. Un vrai game of thrones où la raison dicte d’abord les attitudes, bientôt remplacées par les querelles et les trajectoires personnelles. Pour ses opinions politiques, le beau frère est vite destiné, et bientôt menacé. Il fuit alors sans sa femme et ses enfants, abandonnant ces derniers qui se retrouvent vite prisonniers des institutions. Et très vite, on s’aperçoit que le timide cousin installé en milieu de table, faisant partie de l’élite des SS, est celui qui se révèle le plus adroit au jeu du pouvoir. C’est finalement le pouvoir de l’opportuniste, l’habileté à exalter les passions du moment et à retourner des opinions dans une direction bien précises, quitte à faire des alliances avec plusieurs camps pour tous les diriger sur tel ou tel objectif. C’est moins les théories raciales que l’opportunisme qui est dénoncé ici, avec une férocité qui impressionne (je pense à la réunion de famille finale, véritable parodie de l’ouverture). Tout en joignant quelques repères temporels (l’assassinat des chefs des SA pendant la nuit des longs couteaux) pour assurer à l’histoire une évolution et une cohérence sur ses deux heures et demie. Qui sont le principal défaut du film. Ce dernier est parfois trop long, et rajoute des arcs dont on aurait pu se passer (je pense surtout au personnage interprété par Helmut, dont on suit le quotidien pendant plusieurs séquences en appartement avec une gamine voisine). Il aurait été facile de condenser, quitte à perdre en nuance sans porter atteinte au propos. Les personnages étant nombreux, je n’en rajouterai pas plus sur les trajectoires de chacun. On note toutefois qu'une petite touche de fantasme a été distillée ça et là, avec le numéro de travesti d'Helmut (assez incongru) et la fête des SA, au cours de laquelle la moitié des troupes finit par revêtir les habits des hôtesses présentes pour la soirée. Une façon de souligner une perte de repères de la société, ou simple liberté de mise en scène ? Malgré sa longueur, Les damnés est une habile fresque historique, retranscrivant plutôt finement les dilemmes politiques pendant la montée de la dictature nazie.

1969
de Luchino Visconti
avec Dirk Bogarde, Ingrid Thulin

4,5/6

Les damnés

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commentaires

HDEF 31/01/2015 21:54

C'est donc la longueur qui te pose problème ! Personnellement ça ne me gêne pas outre mesure, je n'ai pas trouvé le film si long (surtout de la part de Visconti)… 4.5/6 me semble un peu sévère, du coup, vu que j'adore vraiment ce film, même s'il a tendance à montrer la montée du nazisme par le petit bout de la lorgnette (c'est à dire de manière un peu simpliste en fait). Toutefois, je lui mets un bon 5.5, en premier lieu au vu de la qualité visuelle de l'ensemble (du pur Visconti) mais aussi de la puissance, du côté viscéral de certains passages, dont la violence fait suffoquer.
Et puis on a droit comme d'habitude à l'excellente prestation de Bogarde.

Pas mon Visconti préféré, certes (mes favoris restent Mort à Venise et Sandra) mais une pièce maîtresse absolument in-con-tour-nable.

Vince12 25/01/2015 14:34

Je l'ai mais je ne l'ai pas encore vu alors que c'est un classique. Sympa d'y retrouver deux figures mythiques de la nazisploitation.

voracinephile 14/02/2015 12:46

Salut HDEF ! Excuse mon retard de réponse, ces dernières semaines ont été assez chargées question boulot.
J'innove avec Visconti, et je pense persister avec Ludwig (l'association Visconti-Berger me plaît assez, je vais partir sur cette piste avant de m'intéresser spécifiquement à ce réalisateur). Merci pour tes suggestions de titre, j'en prend bonne note.
La qualité de mise en scène et de technique de ce film est évidente. Le personnage de Berger a été une belle surprise question retournement de situation, mais je trouve que par exemple son incartade avec la voisine de palier n'était pas nécessaire. Son ambiguité suffisait amplement pour le menacer et le faire plier.
Quant à Heidegger, je n'ai pas lu ses cahiers noirs. J'ai en revanche parcouru quelques articles très partiaux qui en font un rebut de l'humanité alors qu'il fait débat dans les cercles littéraires. En cela, oui, l'idéologie part sur un autre terrain, plus intellectuel et pas seulement sur le pouvoir. Mais je me réserve le droit de penser et ces articles n'apportant jamais des éléments concrets ou des citations d'Heidegger, je ne puis décemment m'en faire une juste opinion. Il est toutefois évident que le nazisme a plusieurs aspects. Et que beaucoup de films ont visé le drame larmoyant plutôt que les manipulations politiques et sociales. En cela, Les damnés a une sacré valeur.

HDEF 31/01/2015 21:57

"Intéressant d'un point de vue historique, et l'insertion de plusieurs évènements historiques dans la trame donne une belle matière à réflexion. " Il me semble que ta phrase est contradictoire. : c'est intéressant d'un point de vue historique ET (comme si c'était par ailleurs) EN PLUS, on a des évènements historiques insérés. Mais les deux sont liés, et en l'occurrence, on ne peut pas dire que le cadre historique prime !
Le nazisme, du reste, est loin de se limiter à de l'opportunisme ! Quand on lit les Cahiers Noirs d'Heidegger, il n'y a rien d'opportuniste là-dedans !!
En outre, à l'époque des Damnés, pas question encore de parler de la shoah !

Vince12 27/01/2015 20:05

Oui tout à fait la vision a l'air intéressante en tout cas

voracinephile 26/01/2015 23:10

Il est tout à fait dans tes cordes (d'ailleurs, j'ai pensé immédiatement à toi quand je l'ai récupérer). Intéressant d'un point de vue historique, et l'insertion de plusieurs évènements historiques dans la trame donne une belle matière à réflexion. Finalement, les visions du nazisme que j'ai entrevu dans Salon Kitty et ces Damnés, un opportunisme sans borne pour le pouvoir, sont plus intéressantes et fonctionnelles que la charge sur la Shoah, car elles ne se limitent pas au contexte historiqus, ce sont des soifs humaines intemporelles, qui elles, ne se sont pas éteintes avec la libération.

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