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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 19:10
The imitation game

The imitation game a immédiatement déclenché des petites suspicions, qui plus est en dévoilant un casting trop irréprochable pour ne pas susciter le doute. Benedict Cumberbach notamment, qui explose l'écran depuis sa propulsion en fanfare dans Star Trek into darkness, bien soutenu par la suite dans 12 years a slave et surtout la série Sherlock. Mais avec Keira Kingsley et Mathew Goode (le beau gosse des watchmen), on est clairement dans le king' speech like, le téléfilm oscarisable, formaté au possible. Autant dire que je partais mal, et que je n'ai pas été déçu.

L'histoire : dans les années 40, l'armée anglaise travaille sur un projet top secret de décryptage d'Enigma. Arrive alors un étrange mathématicien, Alexandre Turing, dont les méthodes peu habituelles mettent à mal la hiérarchie militaire.

The imitation game

A ma charge, j'admets n'avoir fait aucune recherche préalable sur Alan Turing, et j'aurais dû. Au delà de la reconstitution d'histoire et de faire un film de nerd, c'est aussi une injustice historique qui marqua la vie de ce scientifique, qui perça le secret du code avec son équipe de mathématicien, avant d'être condamné par la justice à la castration chimique pour indécence en réaction à son homosexualité. Soit, on convient qu'un hommage soit nécessaire (initié par le geste de la Couronne, qui réhabilita sa mémoire en 2013). Pour m'avoir fait (re)découvrir le personnage, le film a au moins réussi sa mission de devoir de mémoire. D'ailleurs, la performance de Cumberbach dans le rôle est à reconnaître, il endosse avec facilité l'enveloppe du nerd à l'ancienne, plus convaincant que l'humaniste Assange du quatrième pouvoir. Tout le reste, c'est du vide. De la banalité. Du remplissage. Le script va clairement dans la facilité, ne développant jamais la moindre notion technique un temps soit peu évoluée (la machine à décoder fonctionne... ben elle fonctionne, quoi). D'ailleurs, vu comment tout le monde s'est battu pour ne pas la voir fonctionner (les camarades non coopératifs, la direction militaire qui interrompt les essais...), l'enjeu convenu fait pitié une fois qu'il est atteint. Puis commence alors un postulat intéressant, traité hélas avec la finesse de l'enclume et du marteau. Dans son traitement des émotions, le manque de subtilité blase, vraiment. Ce n'est pas qu'on ne ressent rien, mais franchement, ces séquences de flash back où le petit Turing se fait malmener et tombe amoureux de son seul ami, le tragique de son histoire souligné sans finesse par une voix off envahissante... Le titre même, the imitation game, est expédié en une minuscule conversation prononcée aux 3/5èmes du film, qui ne développe même pas ce concept assez fascinant pourtant, faisant le lien avec les réflexions mathématiques sur les premiers ordinateurs et les comportements sociaux d'imitation, pris ici dans le cadre de l'homosexualité et résumé par un "on a des goûts différents, donc on pense différemment, mais ça donne pas le droit de mépriser pour autant". Merde. Ben je m'ennuie. Désolé, la reconstitution est correcte, les personnages secondaires sont corrects, le film joue la montre à plusieurs reprises, la p'tite touche d'humour pour faire plaisir, les séquences émotions pour faire pleurer, l'absence de parti pris qui fait partir le film dans toutes les directions qui s'offrent à lui. Au moins, ce film m'aura fait nuancer la hargne que j'avais à l'encontre de l'oscarisé discours d'un roi, qui passe dans la catégorie Yves Saint Laurent : le téléfilm lisse, degré 1 de cinéma, caractère strictement informatif (avec le seul handicap finalement d'un enjeu débile : ne pas se mordre la langue). Mais soyons clair, ce type de film devrait simplement rester dans le cadre de la télé, au lieu de gonfler son casting pour squatter les salles. Ou embrasser davantage son sujet, se déconnecter des enjeux superflus (franchement, cette insistance sur les alliés qui ont peur de perdre la guerre, arrêtez de le rabâcher, on sait qu'elle va être gagnée) pour adopter un angle de vue à fond : le documentaire reconstitution, ou la fiction qui adapte.

2015
de Morten Tyldum
avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley

3/6

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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