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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 11:20
Jupiter ascending

Avec Jupiter Ascending, les Wachowski se relancent dans de la SF ambitieuse, ou plutôt un space opera qui promet monts et merveilles dans sa bande annonce avec orgie de graphismes léchés et quelques truculentes séquences d’action en vol et apesanteur. Restait à savoir si le script était aussi planant ou flottait au ras des pâquerettes. Hé béééé….

L’histoire : une immigrée clandestine russe travaillant comme femme de ménage découvre qu’elle est en fait l’héritière d’un empire galactique immense, jusqu’ici dirigé par une famille aux relations tendues.

Jupiter ascending

C’est à un spectacle dantesque qu’on s’attendait. Visuellement, le résultat est au rendez vous. On ne pourra enlever au Wachowski qu’ils parviennent à composer des univers visuels d’une grande cohérence, quelques soient les clichés culturels qu’ils manipulent. Epate visuelle, et ambition de mise en scène, comme en témoignent les chorégraphies d’action qui réussissent à plusieurs reprises à flanquer le vertige. On retiendra surtout l’affrontement aérien en plein cœur de New York, et évidemment la scène de bravoure finale, où on copie un peu le style Michael Bay, pour le meilleur (très beaux effets spéciaux) et pour le pire (le scénario, mais nous allons y revenir). Le principal problème est dans le fond, mais c’est surtout de la part des Wachowski. Depuis Matrix revolution, ils ont fait de ce mélange amour & liberté une marque de fabrique. Ca s’était calmé sur Speed Racer (pour être remplacé par des tares immondes), et c’était consacré dans Cloud Atlas (avec une certaine virtuosité). Et là, ça ressort aussi, mais limpide, façon V pour Vendetta. Alors Jupiter ascending, disons le, c’est le film de trop.

Le traitement de l’héroïne est abominable. Elle est de très loin le personnage le moins intéressant, le plus prévisible et le plus lisse de tout le scénario. C’est surtout son absence de but qui agace. Elle est sans cesse dans l’émerveillement béat (« oh, mais c’est trop beau, je règne vraiment là-dessus ? » « Oh, mais vous êtes méchant en fait ! »…) et se révèle d’une vulgarité dans la compréhension des enjeux stellaires qui fait soupirer. Enfin, pouvait-on en attendre plus d’une héroïne qui est femme de ménage, qui conseille les pouffes chez qui elle bosse pour s’habiller et qui a le dernier I phone ? Je suis méchant, mais quand la conclusion d’un space opera s’achève sur une romance kikoo à voler sur les immeubles en disant « t’as vu, j’ai repris ma vie simple à récurer les chiottes parce que c’est ça être une bonne reine. », ça m’énerve. Ouais, les mains dans la merde, c’est là qu’est ta place, plutôt que d’essayer de changer ce qui cloche dans l’univers. Et c’est là qu’on arrive au cœur de la chronique, et aux monumentaux spoilers.

SPOILERS :
En fait, la famille désirant la mort de notre héroïne (et franchement, le bon goût leur dirait merci) est à la tête d’un empire galactique de colonies sous développées technologiquement qui sont moissonnées pour récupérer du matériau cellulaire brut et garantir la survie des élites pendant des millénaires. C’est simple, mais il s’agit de capitalisme ultra libéral, et de paraboles sociales basiques, mais très cohérentes avec notre époque. Le fond n’est pas mauvais, et il serait dès lors intéressant de voir comment cet impérialisme sidéral s’opère. Quitte à montrer des génocides planétaires et marcher sur les plates bandes de Star Wars. Mais le film gère mal son matériau. Surtout quand il plante le contexte familial (le frère tafiole charmeur, la sœur neutre, et l’aîné fin de race inquisiteur) sur une planète déjà ravagée qu’on sait qu’ils tuent des planètes entières. On capte dès les 15 premières minutes le danger pour les humains, et le scénario en devient hyper prévisible. C’est toutefois suffisamment rythmé. Et dans ses portraits de famille, on a des attitudes cohérentes avec de gros gérants de multinationales opérant dans un flou juridique pour se livrer à des génocides aux profits juteux. L’humain est transformé en sel génétique par barre de cent ans, et les races se bousculent auprès des humains qui gèrent l’industrie pour acheter leur longévité. Mais tout cela reste finalement assez en surface.
FIN DES SPOILERS

Et l’image du frère aîné me déplaît. Il est l’incarnation total du capitalisme. Un appétit constamment insatisfait. Représenté comme une fin de race pathétique, qui sait au grand maximum donner une gifle et qui pleure dès qu’on le frappe. La victime née. Alors que sa carrure aurait nettement convenue au rôle de Chaning tatum. C’est d’ailleurs marrant de constater à quel point inverser ces deux acteurs aurait été plus subtil et intelligent, Chaning pouvant dès lors incarner un capitalisme fort, conquérant et opprimant sans hésitation, et Eddy Redmayne la fin de race lycantropienne s’étant adapté par défaut, se révélant être une vraie teigne au combat. Mais voilà, on est dans une production clichée. Les wachowski se recyclent, et nous, on n’y croit plus vraiment. Il reste les explosions et une grande richesse d'univers. Mais quelqu’un pourrait me dire à quoi servent les gros lézards volants ? Y en a même pas des gentils, hein, ils sont tous méchants…)

Bref, Jupiter ascending, ça se mord la queue et ça tourne un peu à vide, puisqu’on sait très vite de quoi il retourne, et que la superficialité du traitement rend le résultat lassant à suivre. Visuellement toujours au niveau, mais visiblement moins inspirés que pour Cloud Atlas, la famille Wachowski devrait se calmer quelques années avant le prochain grand retour, qui espérons le, retrouvera le faste de Matrix.

2015
de Andy Wachowski, Lana Wachowski
avec Channing Tatum, Mila Kunis

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commentaires

Shub-Niggurath 18/02/2015 22:58

Contrairement à mes voisins du dessus je trouve et ça m'est venu de suite à l'esprit que tu ressembles vachement à une sorte de fusion entre Ed Harris et un tout p'tit soupçon de Viggo Mortensen, mais en beaucoup plus jeune. C'est sûrement l'angle de la photo qui fait ça je n'sais pas.

Sinan, pas vu ce film, je me déplace presque plus rien en salles, faut vraiment que quelque chose m'intrigue pour que je daigne me déplacer. C'est le cas en ce moment de It follows pour moi, mais bon en jactant - presse et public - de filiation avec Carpenter forcément j'résiste très difficilement, donc ça compte pas, y'a triche.

tinalakiller 26/02/2015 18:48

Je n'ai pas trouvé le film mauvais, il y a des choses intéressantes. Mais j'ai trouvé que c'était une bouillasse de bonnes idées, j'étais un peu perdue. Si tu fais la critique sur ton blog, je détaillerai mon avis, promis :)

voracinephile 26/02/2015 16:49

En effet. Mais il gère efficacement son concept, et son petit discours diffus sur les craintes de la sexualité (servi par des personnages attachants) fonctionne suffisamment bien pour justifier le déplacement.

tinalakiller 19/02/2015 19:51

Sans faire ma rabat-joie, It Follows n'est pas très effrayant...

voracinephile 19/02/2015 19:19

Viggo Mortensen
Je découvrirai moi aussi prochainement it follows, en espérant quelques frissons.

alice in oliver 16/02/2015 10:04

pour le moment, je n'ai pas lu le moindre avis positif sur ce film, nouveau navet en devenir

borat8 16/02/2015 16:41

Alors tu n'as pas vu mes commentaires élogieux ici chez Tina chez Kaal ou chez 2flics. ;)

borat8 15/02/2015 13:50

Avocat du diable je plaide une évidence: je préfère voir un film original où ses réalisateurs se recyclent un peu pour innover que ce que propose Marvel rien que cette année avec une séquelle de 2h45 et un film dont le réalisateur est parti pour différents artistiques. Alors oui tout n'est pas bon. Les méchants sont à se bidonner (surtout l'asthmatique Eddie Redmayne), la 3d nuit à une scène comme celle dans les airs de Chicago, c'est un peu cul cul. Mais il y a un vrai spectacle, ca se regarde bien et visuellement très intéressant. On en parle de Sean Bean?! :)
Quant à ta photo enfin une où on te voit correctement!

borat8 15/02/2015 15:43

Bah je te renvois à mon blog pour la Marvel. Oh je l'ai trouvé correct. Par "on en parle de Sean Bean?" je parlais de sa mortalité. ;)

voracinephile 15/02/2015 14:52

Oh, sur senscritique, je le met à 4/10. Il y a des trucs à sauver (surtout sur le plan visuel d'ailleurs, c'est là que j'ai senti l'investissement des Wachowski). J'attends de voir le programme de la Marvel, je ne pense pas moi non plus que je serais surpris. Et Sean Bean est pathétique en effet. Je ne l'ai pas vu aussi mauvais depuis Death Race 2, c'est dire le niveau... De très grosses bavures en termes de direction d'acteur et d'écriture des personnages.

Merci Borat. Je me suis dit que je devais prendre exemple sur tes photos de profil (la classe du blues ^^) et enlever le maquillage que je portais depuis près de 3 ans.

tinalakiller 14/02/2015 19:40

Totalement d'accord sur l'héroïne, passive comme c'est pas possible et moi aussi la fin m'a outrée ! J'adore aussi le fait qu'elle nettoie des chiottes propres, m'enfin...
Sinon j'ai vraiment tout détesté : les acteurs (Redmayne et Booth sont vraiment les pires), l'histoire, l'univers surchargé (effets spéciaux trop à fond la caisse, action illisible pourtant vu en 2D, musique à fond les ballons, les costumes et décors kitsch etc...) et qui te donne la gerbe et le mal de crâne. Pour être franche, j'avais hâte que ça se termine.
PS : si c'est toi sur ta photo de profil, je trouve que tu as un air de Cillian Murphy !

tinalakiller 16/02/2015 14:48

C'est vrai que le doublage n'a pas aidé à apprécier Redmayne (j'avais l'impression qu'il avait le nez bouché) mais même dans ses mimiques, son attitude, je ne l'ai pas trouvé très convaincant. Exactement, en plus pour la scène du mariage, c'est vraiment du vu et du revu. Et la partie administration, j'ai vraiment pas compris ce que ça venait faire là-dedans.
A Jared Leto ? Moooouais. Puis je préfère Cillian (l'autre se prend pour un ado de 15 ans et est égocentrique).

voracinephile 14/02/2015 20:23

Un blocage total alors. J'ai une certaine tolérance au kitsch, mais je puis comprendre qu'on butte sur cet aspect (à force d'ailleurs de mélanger des tas de références asiatiques, européennes, de concepts architecturaux, possibilité de saturation). Pas vraiment mon cas. Redmayne ne me semble pas nul, mais très mal exploité visuellement (et sa voix française est immonde). Visuellement, l'ambition est claire, le résultat plutôt flatteur. Mais après, on voit vite qu'il y a du remplissage facile (la partie administration, l'intrigue avec le mariage, et enfin la bonne vieille prise d'otage). Quel scénario pourri.

Oh, merci pour la comparaison ^^ (j'ai droit d'habitude à Jared Leto, tu innoves !)

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