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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 17:32
Un français

Un français est un film que j'attendais un peu anxieux, le côté skin head facho pouvant très facilement devenir une dispense d'argumentaire pour charger à bloc le front national en insistant bien sur la corde sentimentale sans jamais se donner la peine de fournir un argumentaire politique construit. Forcément, le film s'y engouffre volontiers, mais il tente l'immersion avec une certaine efficacité qui recèle quelques points notables. A tel point qu'on se demande un peu pourquoi la sortie en salles de ce film a été si timide...

Un français

Marko, c'est le nazi au blouson de cuir qui trouve dans son extrémisme une mouvance pour exprimer sa bestialité. Le film le met en scène d'une façon complètement exagérée (on commence avec trois agressions consécutives pendant la même journée, dont celle d'un bar), mais avec un premier degré qui en impose. Le film est cru et sec à ce niveau là, sa gestion de la violence correspond exactement à la réalité, avec une utilisation régulière de plans séquences qui fonctionnent particulièrement bien. Et si notre nazillon se remet petit à petit dans le "droit" chemin, c'est avant tout par saturation totale du milieu qui l'entoure. Après un mort et deux autres tentatives de meurtre (toujours perpétrées sur des skin, ces derniers étant plus à l'aise dans la simple bastonnade), il sature du manque d'ouverture et de discernement de l'intégralité de son entourage, aveuglés par leurs opinions politiques unilatéralement tournées vers la xénophobie et l'islamophobie (et un brin d'antisémitisme qui vient toujours se rajouter par dessus). Mais la démarche lui coûte, perdant sa compagne (particulièrement agaçante) et la garde de sa fille, et cultivant petit à petit une attitude de non violent qui le rend logiquement assez sympathique. Un cogneur qui prend sur lui même quand toutes les raisons sont là pour taper, ça plaît car c'est la Force. A ce titre, il me paraît important de relever les performances d'acteurs (on suit le personnage sur une trentaine d'années), qui ont toutes la franchise de l'incarnation, et dont le jeu ne faiblit pas une minute. C'est la principale qualité du film qui lui donne un cachet d'immersion rare aujourd'hui dans le cinéma hexagonal. Le film prend place toutefois dans un contexte intimement lié avec le Front National, et sur ce terrain, le film a une démarche toujours descriptive, implicitement orientée qu'il faut aussi décrypter.

Le FN est toujours vu par l'angle des skin head, l'association est constante tout au long du film, et la bestialité des skins (qui ont les mêmes attitudes agressives entre eux (quand ils ne sont pas de la même bande)) n'est jamais mise à distance des opinions politiques. C'est le trajet de Jean Michel Keyrol (appelé affectueusement "Braguette" dans le film, un surnom qui prend tout son sens quand il se fait flinguer le service trois pièces et qu'il continue de défendre la haine avec ses mots et en se radicalisant) qui l'incarne avec le plus de clarté. Vociférant toujours sa haine des étrangers, de l'Islam et par extension des juifs (ce rejet est complètement parachuté au milieu du discours, mais cela va avec, c'est dans la logique), il milite toujours davantage, commençant son ascension dans le parti avec quelques petits séminaires privés (interdits dans des lieux publics), jusqu'à repasser pour un flash spécial de distribution de soupe au cochon, service assuré par des skin head blouson noir bien remontés qui hurlent des chants patriotiques toutes les deux minutes et intimident tous les SDF qui s'approchent de leur installation. Ce qui m'a frappé au cours du visionnage, c'est l'absence de distance faite entre les skin head blouson noir et les petits vieux embourgeoisés. Ils sont d'ailleurs toujours dans l'émerveillement béat devant les interventions, mais quand il s'agit de toujours détourner les infos du JT, ça y va de bon cœur, en prenant toujours le parti des blancs ayant participé à la dernière rixe ou au dernier tabassage.
Le bilan est fait avec l'apparition de flash télé sur la manif pour tous, en montrant son ex et sa fille dans les rangs du quatrième cortège, des "catholiques intégristes désignés persona non grata" en référence à la présence de membres de Civitas dans les rangs, ainsi que plusieurs groupes extrêmistes (sentimentalement, la scène fonctionne une nouvelle fois). Entre temps, on aura vu la séquence marseillaise, chantée par des militants du FN pour célébrer le courage des auteurs de l'homicide (par noyade) de Brahim Brouaram en 95 suivie d'une autre marseillaise chantée par une foule métissée devant la coupe du monde de 98. Cherchez la bonne.

Nombre d'autres détails du film tendent à souligner cette absence de distance. Ce n'est pas un handicap quand on se focalise sur l'histoire du personnage principal, puisque son attitude est alors cohérente dans un tel milieu. Son parcours est sentimentalement logique, et on peut y sentir de la sincérité, dans l'écriture jusque dans l'interprétation. Mais tenter de faire du film un étendard politique serait une erreur. On pourrait alors entrer dans de longs débats sur cette "Haine" que tout le monde a dans la bouche et qui est finalement si difficile à décrire sans tomber dans la caricature. J'ai moi même commencé des ébauches avant de laisser tomber, car cela devient trop bancal. L'opposition au FN est totale, mais le film se réclamant opposé à la Haine, le rapprochement se fait (implicitement) et par des artifices qui sautent parfois trop aux yeux pendant plusieurs scènes. Un point clé qui a clairement réprimé mon enthousiasme, malgré l'immersion dans le milieu skin head qui parvient à capter une certaine authenticité. Malgré la recherche d'apaisement, je ne sais pas si ce film parviendra à incarner son idéal (risquant de blesser clairement les sympathisants d'extrême droite qui élaborent des raisonnement construits et qui surtout restent non violents). L'ambition était toutefois là, avec de puissants partis pris qui payent nettement dans la forme.

5/10

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commentaires

alice in oliver 18/11/2015 07:58

Il va falloir que je le visionne celui là. Mais j'ai peur de regarder un nouveau Dupont Lajoie...

Vince12 07/11/2015 09:04

Toujours pas vu mais peut être que je vais m'y intéresser. Cela dit je vais répéter ce que j'en ai dit sur les autres blogs. Si on faisait un film sur le racisme anti-blanc et un jeune voyou issu de l'immigration et qu'on appelait ça "Un Arabe", j'ose même pas imaginer le tôlé !

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