Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 13:36

http://freddyforever.files.wordpress.com/2011/10/8mm.jpg

 

Joël Schumacher est un réalisateur qui a du potentiel (phone game, Chute libre…) hélas plombé aux yeux de pas mal de gens par ses deux infâmants Batman forever et Batman et Robin. Pourtant, sa filmographie se révèle finalement satisfaisante, le bonhomme n’hésitant pas à s’engager dans un sujet fort quand celui-ci le permet (Le droit de tuer, par exemple). Avec 8mm, il offre en plus à Nicolas Cage un rôle atypique et aux antipodes de ses films d’action « habituels » : celui d’un détective privé sur les traces de tournages de snuff.

L’histoire : Tom Welles, un détective privé, est engagée par une riche veuve pour expertiser un film trouvé dans le coffre fort de son mari. Sur la pellicule, une jeune femme est d’abord violée avant d’être éviscérée devant la caméra. La fille a-t-elle été réellement assassinée ?

 

http://burntretina.files.wordpress.com/2009/09/nic-cage-watches-a-film-in-8mm-gauge.jpg?w=655

 

Si Seven continue à être dans la mémoire collective l’un des thrillers les plus sanglants de l’histoire du cinéma (Saw continuant à être assimilé à de l’horreur), 8mm peut largement rivaliser avec son cousin sur le terrain de l’ambiance, le film parvenant très vite à trouver sa vitesse de croisière. L’introduction nous présente un détective privé posé, à la vie familiale établie, bref l’archétype de l’américain qui vit confortablement, qui gère bien son entreprise personnelle d’investigation et qui est comblé sentimentalement. Jusqu’au jour où une enquête étrange lui est commandée par une riche cliente désirant lever le voile sur un film malsain que possédait son mari : un snuff. Fake ou authentique ? C’est ce que va devoir déterminer Tom Welles, qui se met rapidement au boulot. Il détermine d’abord l’identité de la fille, avant de suivre ses traces de fugue jusqu’à Hollywood, où dans ses illusions d’avenir de star, la petite s’est retrouvée à naviguer dans les sphères du porno. A partir de là, la plongée dans le monde de la « déviance » sexuelle est profonde et non sans dommage. Commençant l’enquête plutôt sobrement, notre enquêteur se rend vite compte que le snuff est un milieu qui n’existe pas, ou du moins pas comme ça. A chaque fois qu’il prononce le mot, il est reconduit rapidement à la sortie ou clairement insulté par ses interlocuteurs. Ainsi, par ce rejet quasi constant, le film marque bien l’écart entre pratiques sexuelles non « conventionnelles » (bondage, SM, zoophilie…) et le snuff, ici montrée comme une perversion ultime. On remarquera de même que le film ne privilégie pas vraiment d’esthétique, et qu’il cherche plutôt le réalisme (la violence n’est jamais embellie, elle est filmée platement, avec des effets clippesques cadrant tout à fait avec les ambiances attendues). Parce de tels choix, le film fait preuve de grands efforts pour s’inscrire dans l’amoralité (du moins pour cette partie d’enquête) ne faisant jamais l’assimilation du tous dans le même panier (même si, bien sûr, le cadre dépayse salement notre héros). Il ne se détache jamais du ton sérieux qu’il emploie (au grand maximum, on notera un unique passage comique où nos deux protagonistes rient devant un fake de snuff), et tend à « désacraliser » le milieu du porno avec le personnage interprété par Joackim Phoenix, véritablement attachant au fur et à mesure qu’il s’étendra un peu plus sur ses projets. C’est véritablement la seconde moitié du film qui s’engage et qui montre les différents participants du snuff comme de véritables enfoirés. Si l’évènement du tournage est anecdotique, le réalisateur est ici un tordu recherchant l’esthétique dans le bondage ultra, tenant autant de l’artiste que du psychopathe. C’est clairement son côté artiste qui est mis ici en avant (lui-même trouve qu’il a du génie) alors que ses obsessions, cherchant probablement à illustrer une sorte de chaos (ses vidéos trashissimes surdécoupées) ne reflètent que des fantasmes tordus et vains, mais tordus. Et c’est bien là aussi que le film touche à un point capital de la violence ici incarnée par le snuff. Ce n’est finalement pas une pulsion sexuelle déviante à assouvir pour l’acheteur, qui ici l’acquiert par simple curiosité. Et les réalisateurs se sont quant à eux contentés d’empocher leur fric et de tourner la scène, puisqu’un public réclame ce genre d’image. Ce régulier retour à une réalité aussi simple, aussi gratuite, sans cesse accolée au souvenir de l’adolescente sacrifiée pour finalement aussi peu d’intérêt de la part des bourreaux, suffirait déjà amplement à justifier une action répressive sévère. Et pourtant, Joël préfère encore retenir la réponse, contenir la rage et donner la parole aux proches de la victime pour décider de la réponse à donner (la police ne pouvant plus intervenir quand la décision est à prendre). Le recruteur libidineux, parfait jusqu’au, est le facteur de déclenchement, mais Joël Schumacher met un certain point d’orgue à la confrontation avec Machine, l’acteur du film, psychopathe n’ayant rien à envier aux canons habituels du genre, et pourtant si vulgairement commun (aucune justification, aucune circonstance atténuante, il assume clairement ses envies de meurtres, aussi gratuites soient elles, comme partie intégrante de son quotidien). La violence physique du film renvois souvent à une dimension de gratuité particulièrement dérangeante, et c’est bien avec cela que l’amoralité du film lui de ranger finalement le public du côté de son héros (pourtant particulièrement violent lors de son retour à Los Angeles). L’épilogue vient finir d’enfoncer le clou et d’approuver les décisions du personnage de Nicolas Cage. Par son engagement (et le nôtre, implicitement), le film parvient à cerner l’un des aspects les plus durs de la violence sous l’angle du snuff (on a donc un film dans un film), tout en nous faisant accepter l’idée d’une violence « utile » en réponse au dégoût. Un boulot très honnête de la part de Schumacher, porté par un Nicolas Cage sérieux et ultra crédible. Après, niveau tension, si on n’est plus dans une enquête à ambiance hard dans la première moitié, la seconde se verra dynamisée par quelques séquences flippantes et bien gérées. Un très bon cru de l’ami Joël, mais à ne pas prendre à la légère pour sa violence (plus morale ici que physique).

 

4.9/6

 

1999
de Joel Schumacher
avec Nicolas Cage, Joaquin Phoenix

 

http://static.flickr.com/2469/3575961526_aa0174c706.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Punisher-28 07/02/2012 19:03

Bah en fait la suite n'a aucun rapport avec le premier, il s'agit plus d'un film pseudo érotique mal joué et sans grand intéret seul le twist final complétement ridicule et risible vaut vraiment le
coup d'oeil. ^^

voracinephile 07/02/2012 19:24



Ah, c'est malin, maintenant, j'ai envie de le voir, au moins pour la fin... Et moi qui pensais y échapper... Monumentale erreur ! Merci pour ce petit résumé gouleyant, Punisher ^^



Punisher-28 07/02/2012 14:50

Pas un mot sur 8mm 2 ? Pas envie de devenir vulgaire ? ^^

voracinephile 07/02/2012 18:55



^^ Tiens, il existe une suite ?... Non, je sais que ce film existe, mais je ne veux pas faire l'effort de me pencher dessus, je sens la suite putassière que 8mm évitait toujours d'être...



Zogarok 06/02/2012 17:08

Je ne suis plus vraiment impressionné non plus, mais certaines ambiances graphiques, certains scénarios particulièrement inventifs ou rodés, peuvent faire leur effet. 8mm a eu son petit effet sur
moi; mais même Philosophy of a Knife n'a pas forcément d'effet -ou plus, si on est blasé. A Serbian Film aussi, plus directement voisin de ce 8mm, déclenche "quelque chose" ; mais ça tient plus de
l'effet de sidération. J'avoue qu'il m'avait quand même laissé exsangue, c'était bien l'un de ses seuls atouts objectifs. (The Human Centipede, lui, est particulièrement dérangeant et étrange.. sur
le papier)

voracinephile 06/02/2012 17:33



^^ Je suis en train de découvrir le cinéma de Paul Schrader, dont en termes d'ambiances graphiques étranges, je commence à en avoir vu quelques unes (je te conseille par exemple l'étrange La
maîtresse, où Depardieu tombe amoureux d'une maîtresse de donjon SM...). Je trouve moi aussi 8mm efficace sur ce plan d'ambiance. C'est à toi que je dois ma découverte de Philosophy of a Knife
(qui m'a vraiment intéressé et envoûté malgré ses 4h30 et pas mal de séquences salement gores), et en général de l'oeuvre d'Iskanov qui semble bien parti pour devenir un auteur d'OFNI
passionnants. J'ai hésité à citer A serbian film, car si la première vision a été un choc (enfin, les 40 premières minutes, parce qu'après le viol du bébé, je n'étais absolument plus choqué, et
je voyais venir la fin trente minutes à l'avance), mes tentatives d'être sérieux en le revoyant par la suite ont souvent échouées. The Human centipède développe quand à lui un pitch marrant et
sympathiquement glauque, mais ce n'est pas vraiment ce que j'appellerai un choc. Un petit buzz glauque regardable (contrairement à sa suite, incroyablement putassière et vaine bien qu'au noir et
blanc bien géré).



Zogarok 06/02/2012 14:26

Réalise et clippesque à la fois, je trouve que ça colle bien ! J'avais aimé aussi que Schumacher assume d'entrer dans le sujet sans jouer les distances "morales", du genre "allons-y et de façon
bien racoleuse, mais surtout donnons-nous les moyens de faire les fines bouches" ; il n'y a pas de cette hypocrisie ici. Il y a un attrait pour un monde "obscur" et, au bout du chemin, une
fascination avouée pour l'horreur ; fascination avouée mais "purgée" en quelque sorte. 8mm a été massacré par les critiques ; qui est l'hypocrite dans l'affaire & qui est le plus malsain (celui
qui instaure une barrière ou celui qui veux savoir) ? Bien sûr, il y a la punition du vilain petit tueur de masse, et donc c'est un film de vengeance ; on peut dire que le retour à l'ordre moral
par ce moyen est un prétexte à la débauche d'horreur : oui, on peut le dire... Mais le serpent se mord la queue ; pas de vengeance, le film serait cynique et immoral ; moins de violence, il serait
"bassement racoleur" sans rien montrer.
A côté de tout ça, j'y ai vu un film "d'atmosphère" vénéneux, une véritable immersion en enfer qui m'a fait infiniment plus d'effet que "The Human Centipede" par exemple (en d'autres terme, c'est
du scabreux probablement "mainstream" mais ça vaut un petit lot de séries B "no limit" en allant sur leur terrain et sans exhiber grand chose...). Pourtant, je ne suis pas adepte de Schumacher et
certains de ses films m'ont même sidéré (notamment "Le droit de tuer" que tu cite, bassement racoleur à mes yeux, pour le coup). Mais là, c'est brillant.

voracinephile 06/02/2012 16:59



Indéniablement, Schumacher a vraiment porté un grand soin àfaire ce film, et ça se sent. Il a bien dû sentir qu'il tenait un matériau en or (pouvant être cité aux côtés de Seven, sans toutefois
l'égaler en termes de rythme), et son approche classique du polar avant de partir dans quelque chose de plus "hard" est vraiment bien vue. Pas d'exagération, juste une écrasante réalité sur
l'horreur. Ce besoin de savoir du héros est d'ailleurs vraiment mis en valeur, et les révélations toujours plates des personnes interrogées sont juste intolérables. Dommage que les critiques se
soient uniquement focalisé sur son aspect choc (à croire que ces tâcherons n'avaient pas vu Tesis trois ans auparavant), le discours qui est derrière offre bien plus qu'une ouverture sur le monde
du porno hard.


Pour l'ambiance, je la trouve en effet efficace, parfois terriblement glauque, mais depuis Salò ou les 120 journées de Sodome, je dois avouer que je suis moins "impressionnable" (je reste
toujours réceptif, mais la traversée de l'univers de 8mm ne m'a pas autant marqué). The Human centipède contient à la rigueur quelques petits ingrédients sympathiques, mais il est loin d'être
indispensable (et je ne parle pas de la prétendue référence A serbian film, que je trouve complètement gratuit et provoque à souhait). Huhum pour Le droit de tuer... Je le reverrai avant de faire
ma chronique (je l'avais découvert pendant une période de quelques jours où je rattrapais des classiques traitant du racisme (american history x, mississipi burning...) donc mon jugement a pu
être altéré (mais je me rappelle d'une conclusion assez vite expédiée).



alice in oliver 06/02/2012 09:23

un thriller choc sur un sujet qui ne l'est pas moins: un des meilleurs crus de Schumacher avec un Nicolas Cage très impliqué pour l'occasion

voracinephile 06/02/2012 12:37



^^ Assez rare de voir un aussi bon film de Schumacher. J'aime beaucoup aussi la performance de Joachim Phoenix, excellent dans ce rôle de musicien tentant de percer, mais obligé pour remplir ses
caisses de bosser dans un sex shop.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche