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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 17:45

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Avec Alexandre, Oliver Stone s’attaque à un biopic grandiose, pour un genre qu’il n’a pas l’habitude de côtoyer : le péplum. Oubliant les modèles des péplums romains à l’ancienne des années 50, Oliver a le mérite d’avoir osé essayé d’enrichir cinématographiquement le genre, le tout en faisant preuve d’une belle audace. Casting de luxe (beaucoup de grands acteurs, et de seconds couteaux charismatiques), gros moyens, très grande liberté artistique (Troie a bien marché), tout est réuni pour faire une épopée grandiose. Pourtant, Alexandre reste aujourd’hui un des péplums les plus mal-aimé de l’histoire du cinéma (avec Troie), et une déception dans la carrière respectable d’Oliver Stone. Pourtant, cette disgrâce n’est pas entièrement méritée.

L’histoire : Alexandre, fils du roi de Macédoine, est élevé par sa mère dans la haine de ce dernier. Suivant une éducation grecque, il fait preuve d’une grande ambition, désirant repousser les limites du territoire de Macédoine, afin d’éradiquer la menace Perse.

 

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Alexandre est un film maudit, c’est l’évidence même. En voulant conter l’histoire de l’une des personnalités les plus importantes de l’antiquité, la tâche se révèle démesurée. Gourmande en figurant (des armées gigantesques), gargantuesque en lieux de tournage… Dans tous les domaines, Alexandre est démesuré. Et le style d’Oliver Stone ne canalise pas ce foisonnement, il l’encourage au contraire (il faut voir les symbolismes qu’il recherche dans ses grands projets d’antan (Tueurs nés, Nixon…)). Résultat, il manque au film le nécessaire quand on s’attaque à un biopic : une vision claire du personnage. Le film ne fait pas un portrait d’Alexandre, il suit Alexandre ou qu’il aille et quoi qu’il fasse. Et c’est de là que viendra le plus gros reproche que l’on peut faire au film : il ne sait pas où il va. L’expansion de l’empire d’Alexandre est sans surprises, les étapes de son voyages se résument facilement, sa chute arrive de façon attendue, et finalement, le parcours que retrace le film se révèle un peu vain, incapable de donner une ligne directrice à l’ensemble, soit ce qui fait le petit plus d’un bon biopic. Mais si le projet échoue à façonner une vision, il reste encore tout un univers qui est abordé à l’écran, qui tient du meilleur comme du pire. On ne peut que saluer l’audace d’avoir voulu dresser le portrait d’un conquérant à l’enfance troublée par des querelles d’intérêt entre mère et père (chacun d’eux ayant une vision du monde qu’ils tentent d’inculquer à Alexandre), et qui surtout se révèle bisexuel. Si la virilité des guerriers de l’antiquité est souvent mise en avant, ou que certaines « audaces » sont commandées par la mythologie (Le personnage d’Achille campé par Brad Pitt, homosexuel), la bisexualité est une première dans le genre, et elle n’est pas balancée comme une simple anecdote. Si elle ne se manifeste pas charnellement, l’amour qu’Alexandre entretient avec Jared Leto est palpable dans chaque échange de regard, et dans chaque embrassade. C’est un détail atypique visant à étoffer le personnage tout en influant subtilement sur ses motivations (l’amour de jeunesse est masculin, mais celui de l’empereur est féminin). Les valeurs transmises par chacun des parents sont elles aussi fascinantes. Si sa mère le pousse à convoiter le pouvoir et à faire preuve de sa valeur dans l’adversité, le père cherche davantage un héritier malléable, qui poursuivra sa politique à son image. Les motivations sont diverses, les approches sentimentales également. Là encore, le film ne tranche pas, préférant tout accumuler. Hélas, si le film est riche de détails, toutes les directions prises n’ont pas été les bonnes. Il y a des choix artistiques désastreux qui ont été fait, notamment celui de conserver les acteurs des personnages principaux sans les avoir fait vieillir avec Alexandre. Un gamin blondinet se transforme en Colin Farell, et en face, Angelina Jolie n’a pas pris une ride en 20 ans, tout comme le roi (campé par un Val Kilmer excellent). Une vraie faute de goût. Il en va de même pour toutes les séquences numériques du film. Le générique d’ouverture illustre très bien le genre de désastre qu’on peut croiser sur des projets aussi ambitieux : c’est juste laid. Et la grande scène de bataille contre les perses, attendue depuis le début du film, se trouve souvent entrecoupée de vues aérienne intégralement numériques, qui ressemblent à des cinématiques de jeu vidéo type age of empire… Une dramatique erreur qui annihile l’immersion du spectateur, en plus de jouer dans l’anachronisme technologique grave. C’est ce genre de bourde qui gâche le cachet d’un tel spectacle. Les exemples étant aussi nombreux dans le bon que dans le mauvais, Alexandre a donc les moyens d’alimenter la polémique, et devrait demeurer toujours en débât, et non demeurer dans la réputation honteuse où on le laisse. En l’état, c’est un film à moitié raté, qui comporte tout de même d’excellentes idées, et de vraies grandes séquences de cinéma (l’exil d’alexandre, le dressage de Bucéphale, les tribulations aux 4 coins du monde…) tout à fait recommandables. Il faut juste tolérer qu’en 3 heures, le film ne va pas à l’essentiel…

 

3/6


2004
de Oliver Stone
avec Colin Farrell, Angelina Jolie

 

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

borat8 27/09/2013 22:47

Le problème de Troie n'est pas tant la facture technique (le sang gicle, on voit Diane Kruger dans le plus simple appareil, les batailles sont correctes) mais tout le reste est à côté de la plaque.
Si l'on devait prendre à la lettre le film, la Guerre de Troie dure trois jours, Achille meurt des mains de Paris (il meurt simplement la guerre durant 100 ans, il n'est pas éternel non plus), la
cousine de Paris incarnée par Rose Byrne est dans L'illiade (en fait c'est un mix) et rien de mystique là-dedans (pas besoin). Sans compter Brad Pitt en mode pub L'oréal. Pour le coup je veux bien
défendre Alexandre et ce malgré ces défauts.

voracinephile 27/09/2013 23:57



Je retesterai Troie bientôt, je prends déjà connaissances de ces faiblesses. J'ai des souvenirs de Brad Pitt au torse bien huilé en effet...



Vince12 27/09/2013 20:14

Mouaif moyen moyen

voracinephile 27/09/2013 23:48



De Stone, effectivement, c'est peu marquant. Il nous a habitué à bien mieux (je viens d'ailleurs d'acheter Salvador, j'attends un certain niveau).



borat8 24/09/2013 23:35

C'est clair que je ne comprends pas non plus le casting. Angelina Jolie n'a clairement rien à foutre là car beaucoup trop jeune voire aussi jeune que Farrell (je crois même qu'elle a eu une liaison
avec) au contraire de Val Kilmer qui est grimé comme une personne un peu âgée et donc le choix est plus logique. Farrell est parfois hésitant mais dans l'ensemble ça va. Pour le reste, je trouve ce
péplum bien moins mauvais que ce que j'avais entendu. Je le trouve même bien meilleur que cette daube de Troie (qui se révèle encore plus à côté de la plaque dans la réalité historique ou tout du
moins si l'on se fout au récit d'Homère) ou 300. Le passage dans la jungle m'a bien plu et le plan où Alexandre est sur son cheval en train de se lever est superbe. Après le film est trop long et
risque de laisser le spectateur sur le carreau. Mais j'ai vu bien pire en peplum.

voracinephile 27/09/2013 19:59



La chronique résume un peu tout ce qu'on lui reproche, maintenant, on insiste rarement sur les points positifs. Je pense que mon opinion sera confirmée par le visionnage de Troie, qui s'annonce
apparemment inférieur malgré un budget et un casting conséquent. Content d'avoir un avis clément supplémentaire pour défendre cet Alexandre.



Fred Tarantino 24/09/2013 19:38

Moi qui aime beaucoup l'histoire, j'attendais beaucoup de ce film et de voir la vie tumultueuse de Alexandre à l'écran. Sauf que au final, ce fut la douche froide ...
Oliver Stone à rendu cet immense conquérant ennuyeux, sans saveur, sans surprises, de plus qu'est que cela fait cheap par moment ...

voracinephile 25/09/2013 12:24



Cheap par moment, effectivement, certaines séquences font mal aux yeux. L'ampleur du récit est instable, basculant de l'épique au ridicule. Mais le rejeter totalement serait une erreur je pense,
vu les efforts qu'a dû faire Oliver Stone pour développer le personnage d'Alexandre. Hélas, le film se tire une balle dans le pied à de nombreuses reprises, d'où le constat toujours mitigé. J'ai
prévu de revoir Troie, vu la réputation calamiteuse qu'il se traîne...



alice in oliver 24/09/2013 10:33

pas revu depuis sa sortie au cinéma: franchement, j'en conserve un très mauvais souvenir

voracinephile 25/09/2013 12:21



C'est l'impression globale qui génère. Pourtant, il n'est pas dénué de qualités, elles sont mal mises en valeur et dégradées par les fautes de goûts de la production...



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