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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 18:23

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Paul Schrader à nouveau avec un cru connu et pourtant mésestimé : American Gigolo. Toujours sous l’angle du drame mâtiné d’un soupçon de trash, Paul décrypte ce qu’il adore mettre en valeur avec ses personnages, à savoir les impacts psychologiques de l’extérieur sur leur comportement, et leur façon d’y répondre. La thématique qui revient régulièrement au cours de sa carrière reste la sexualité, ici plutôt à l’avant puisque c’est la profession de notre protagoniste principal. En découle une enquête policière laborieuse qui met en valeur d’intéressants comportements sociaux.

L’histoire : Julian est un prostitué de luxe, qui tient compagnie aux dames de la haute société de passage à Los Angeles. Il est rapidement impliqué dans un meurtre, une de ses récentes clientes étant retrouvée assassinée.

 

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Sur un postulat classique, Paul Schrader nous immerge donc dans le quotidien d’un homme-fantasme, jouant subtilement sur ses atouts (il remarque facilement les tics traduisant la solitude et l’envie) pour satisfaire sa clientèle, sans pour autant jamais avouer réellement quel est son métier. En cela, le film se révèle assez subtil, puisqu’il expose ce jeu de séduction implicite qui passe par une façon d’aborder, de se mettre en valeur… Tout est là, avec le culte de l’apparence, l’école du goût et le constant marchandage de ses honoraires avec les macros qui lui offrent les opportunités. Autant dire que le film se devait de s'appuyer sur un acteur faisant tomber les demoiselles en pamoison, et à ce jeu, Richard Gere était un choix rêvé (le film lui permettra d'accéder au grand hollywood avec son bon succès). Parfait dans la peau du garçon à louer, il pressent les envies, et les combleautant que possible. L’essentielle de sa clientèle réclame essentiellement sa compagnie et son bon goût (Julian est d’ailleurs instruit (plusieurs langues à son actif), et désireux de sans cesse perfectionner son impeccable numéro). Et de temps en temps, il est obligé de renoncer à son amour propre (tétanisante séquence où Julian, payé par un mari tortionnaire, se voit ordonner de frapper la femme de ce dernier). L’univers est dépeint, arrive alors le fait divers, et la dégringolade. La suspicion de Julian dans une affaire de meurtre et de vol apporte son lot de retard, de mauvaise publicité et de révélation à la vie publique de laquelle Julian se préservait plus que tout (soignant son image). C’est au cours de cette période que le film se met à exposer son axe secondaire : la jalousie masculine. Si la première partie prédisait la chute de Julian par son trop grand nombre de clientes, c’est la jalousie de leurs maris qui semble davantage à craindre (surtout quand ces derniers sont influents, soit pour l’essentiel de sa clientèle). Le portrait social est clair et sans détours. C’est une autre jalousie masculine que le film s’amuse aussi à révéler : celle des moins chanceux et des moins maniaque du physique, qui envient à Julian son charisme sexuel immédiatement perceptible. Le personnage du commissaire est exactement dans cette position, se servant de son uniforme pour harceler Julian, tout en le cuisinant officieusement sur la façon de s’habiller, en lui demandant de discrets conseils pour améliorer son image. Le dénouement de l’enquête, ainsi que celui de l’histoire en question sont d’un moindre intérêt. C’était dans le script, mais comme on s’en fout, pas de formalité. Reste une splendide photographie et un bon numéro d’acteurs, suffisamment subtils pour souligner la subtilité des comportements humains dans le clientélisme de la compagnie masculine. Assurément un film à garder en mémoire.

 

4,7/6


1980
de Paul Schrader
avec Richard Gere, Lauren Hutton

 

600full-american-gigolo-screenshot.jpg

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commentaires

Zogarok 06/04/2014 18:04

J'aime bien plus que "Auto Focus". Pas que je partage ce genre de vie ou d'intérêts, par contre le point de vue ici me plaît davantage que l'analyse morale de "auto focus", totalement défendable,
mais interdisant une certaine épaisseur.

voracinephile 06/04/2014 20:29



Clairement, le ton du récit est plus libre ici, puisqu'on suit juste le personnage, en toute liberté tout en soulignant certaines subtilités. Les ingrédients d'un bon film, avec une direction
artistique de belle tenue (je l'ai revu en HD après ton insistance pour apprécier à sa juste valeur le travail de l'équipe).


Après, j'apprécierai toujours Auto focus justement pour sa posture morale, carrément édifiante, mais où le spectateur se sentira un peu cloisonné, moins libre dans ce qu'il doit/veut y voir.



borat8 25/03/2014 20:03

Le premier a le mérite d'être original en soit et Tourneur fait un film où il doit faire attention à la censure (putain de code Hays). Schrader a eu moins de problèmes avec la relation frère-soeur
et la nudité.

borat8 24/03/2014 18:05

Ah oui son Exorciste qui n'a tellement pas plu que Renny Harlin est passé par derrière. Etant donné que j'ai vu le film de Jacques Tourneur je voudrais voir son remake.

voracinephile 24/03/2014 23:31



Quant à moi, je dois à tout prix découvrir l'original. J'imagine qu'il n'y aura pas grand chose de neuf. Mais le fantastique chez Schrader est soigné, et l'ambiance de son histoire vraiment
intéressante (et Malcolm McDowell...).



Kapalsky 24/03/2014 07:33

Absolument pas mon film préferé, mais il figure de manière logique dans la filmo de Schrader, avec "Hardcore" et tant d'autres, dans cette auscultation juste et documentée des tabous de son pays.

voracinephile 24/03/2014 22:14



Pourquoi, pas ton film préféré ? Une petite allergie à Richard Gere ?


Je n'ai pas vu Hardcore en revanche, merci du titre. American gigolo explore des comportements intéressants, et finalement, les problèmes qui entourent le héros sont quasi exclusivement générés
par les hommes qui l'entourent.



borat8 23/03/2014 20:19

Je connais Paul Schrader scénariste mais pas trop Paul Schrader réalisateur. En tous cas, un type passionnant quand je lis ses interviews.

voracinephile 23/03/2014 21:30



Je voue un culte à Paul Schrader, même quand il a réalisé un navet (Dominion), j'y ai trouvé par endroits du positif. Il a réussi, à son heure de gloire, à imposer son style, et a connu son
apogée avec Scorese sur Taxi Driver. Mon préféré reste Auto focus (monstrueux), mais ses projets plus modestes comme American gigolo et le remake de La féline sont de beaux morceaux de cinéma.
J'apprécie ta sympathie pour ce scénariste ^^



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