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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 13:39

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Délicat sujet que celui des différences entre hommes et femmes. Si certains mettent en avant leurs différences de fonctionnement dans des trips difficiles à explorer (Antichrist), Catherine Breillat a choisi un angle d’attaque pour le moins brutal : la pornographie. Courageux choix, le genre étant totalement méprisé par la communauté cinématographique, et qui justifie totalement l’usage de cette facture par des enjeux artistiques ambitieux : faire un film théorique sur l’homme et la femme : Anatomie de l’enfer. Un trip, qui loin de faire dans le voyeurisme  gratuit, se sert de la force de ses images pour appuyer son propos avec des métaphores choisies.

L’histoire : dans une boîte homo masculine, une jeune femme se taille les veines. Un homme la remarque et l’emmène se faire soigner. La femme propose alors un marché à l’homme : elle veut le revoir chez elle pendant quatre nuits afin de lui révéler la vraie nature des Femmes, et de leur pouvoir sur les hommes.

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Ambitieux. Surtout que le film ne fait pas dans la dentelle, son introduction laissant déjà un avant goût de ce que va être le spectacle. Après un générique pêchu à la Gaspar Noé, on attaque sur une séquence fellation devant la boîte, avant d’y entrer. Rien à voir avec les ambiances de Irréversible, mais c’est aussi plus réaliste. Notre attention est bien vite attirée par la seule femme de la boîte (Amira Casar), qui bousculera un homme (Rocco Siffredi) avant d’aller se tailler le poignet dans les toilettes. Passé cette introduction, le marché arrive vite (précisons qu’entre temps, on aura droit à une nouvelle scène érotique, plus suggérée que platement filmée), et on entrera dans le vif du sujet dès la première nuit. On le note tout de suite : l’usage de certains codes pornographiques n’est jamais fait à des fins d’excitation du spectateur. Les dialogues, récités d’une façon théâtrale, les scènes érotiques, lentes, recherchent toujours l’ampleur de la métaphore plutôt que le plaisir des personnages, tout est fait pour créer une dimension réflexive chez le spectateur, ce qui marche assez bien. Pour peu qu’on supporte le spectacle, le film propose d’excellentes idées qui pourraient animer de nombreux débats sur le sujet. De la peur des hommes pour le sexe féminin (crainte accentuée ici par le fait que l’Homme choisi soit homosexuel) jusqu’à leur fascination, tout y passe, en passant par plusieurs métaphores puissamment théoriques. On aura droit à une séance de jeu du docteur par des gosses de 10 ans, à une iconisation du sang menstruel, et même une tentative de meurtre, où l’Homme enfoncera le manche d’un outil dans le vagin de son interlocutrice. Fort visuellement, mais restant suggéré, le film poursuit sa réflexion, parvenant à placer les mots justes sur les idées qu’il illustre. En s’achevant par une conversation de comptoir entre l’Homme brisé par ce qu’il a vécu (et totalement conquis par la femme) et un autre qui acquiesce à ses remarques, Catherine, avec son dernier dialogue, fait une sorte de bilan sur le ressenti des hommes face aux femmes (et ici à leurs problèmes de compréhension face à ce mystère). La vulgarité qui y est utilisée trahit bien une certaine tendance masculine à mépriser gentiment les femmes (la solidarité masculine passe essentiellement par là), mais qui laisse toujours transparaître ce sentiment de peur viscéral, lié à l’acte charnel en grande partie. Court (74 minutes) mais direct, le film réussit parfaitement à tenir ses objectifs, et à nous offrir un spectacle d’une force impressionnante, qui devrait marquer durablement les esprits des spectateurs. Aussi intéressant pour le public masculin que le public féminin, voilà un film qui ne devrait pas manquer d’interpeller.

 

5/6

de Catherine Breillat
avec Rocco Siffredi, Amira Casar

 

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