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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 12:54

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On retourne à la guerre avec Apocalypse now, réalisé par Francis Ford Coppola et qui demeure chez pas mal de cinéphile l’expérience la plus traumatisante de la guerre du Viet Nam, pour la folie complète qui gagne la pellicule au fur et à mesure que le bateau remonte le fleuve et que nous nous rapprochons avec Willard du commandant Kurtz, ultime étape du voyage. L’air de la chambre est étouffant, l’alcool manque, le ventilateur bourdonne, Willard se ramollit, le film commence depuis 5 minutes que la folie commence déjà à s’installer.

L’histoire : le lieutenant Willard se voit confier une mission d’assassinat où il doit mettre un terme au commandement du colonel Kurtz, un brillant militaire dont les méthodes sont maintenant jugées malsaines par la hierarchie. Accusé de meurtre, il a passé la frontière du Viel Nam et s'est réfugié au Cambodge, où il continue d’exercer son commandement.

 

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L’illustration de la folie commençant dès les premières minutes (avec Willard, saoul, mimant un corps à corps dans sa chambre d’hôtel qu’il saccagera), il est logique de suivre un film qui fera tout pour mettre en avant ce côté « blasé » du héros, que le Viet Nam a déjà en partie brisé (il ne sent chez lui ni au Viet Nam, ni pendant son unique perm en Amérique) et qui semble souvent dans un état second. D’ailleurs, la remise de sa mission, respectant une mise en scène classique pour un film de guerre, se fait en quelque sorte en sourdine, notre héros voyant ses supérieurs parler, mais semblant déconnecté de ce présent finalement résumé à l’hallucinante mission qu’on lui demande : tuer un militaire accusé de meurtre en pleine guerre du Viet Nam. Et continuellement pendant le film, la folie va peu à peu gagner la totalité de l’histoire. On commence avec des bleus, avec des américains triomphants qui effectuent régulièrement des raids sur les côtes avec des hélicos surarmés et des recrues motivées. La folie se note ici surtout par des détails, des éléments facilement identifiables qui provoquent d’énormes décalages avec la situation que nous sommes en train de suivre. La chevauchée des Walkyries diffusée en pleine attaque d’un village tenu par le viet cong, la réelle motivation du chef pour l’attaque d’un des postes contrôlant l’embouchure du fleuve à remonter (les vagues de la plage permettraient de faire du surf de qualité), l’humanité semble ici feinte dans l’aide apportée aux populations civiles touchées par le conflit armé, et les barbecues du soir viennent provoquer l’effet inverse à celui recherché. C’est le premier stade de folie du conflit : cette absurdité constante dans ces conflits armés qui ne viennent jamais changer quoi que ce soit à la situation. Et à partir de ce stade de folie, nous commençons notre remontée du fleuve qui va nous emmener bien plus loin qu’on ne pouvait le penser. Le soleil tape, les hommes suent, et Willard découvre le dossier sur le commandant Kurtz qui l’obsède de plus en plus, le personnage semblant à toute épreuve dans le domaine militaire, et ayant pourtant chuté apparemment plus bas que terre. C’est lorsqu’on découvre quelle est la logique du général que l’on progresse encore un peu dans la folie, ce dernier effectuant un rapport sur les conflits armés, où ses conclusions sont de supprimer les permissions et tous les privilèges des soldats sensés « atténuer » le mal du pays et l’horreur des combats, qui ne font que pousser les recrues vers la folie. Il prône le sacrifice complet de peu d’hommes qui permettraient d’épargner énormément de bleus sur le terrain. La folie continue alors que le bateau continue de passer les check point (une soirée play mate qui tourne mal, un pont qui change de mains chaque nuit entre Viet Cong et Americains, où les soldats se jettent dans le fleuve pour tenter de s’accrocher à la coque et s’éloigner de l’enfer de fumée et de lumière que l’on voit en mode surréaliste, alourdi par une musique plutôt costaude. Toutefois, nous avons une petite halte dans notre parcours démentiel avec cette escale dans la plantation française, où nous retournons au premier stade de folie, mais sous forme de dialogue. Au cours du repas, tout le monde a développé sa vision de la guerre du Viet Nam, et chacun tente de l’imposer au cours d’un cacophonie qui finira par diviser toute l’assemblée. Un bref retour à la lucidité qui brise un peu la continuité de la folie qu’on suivait depuis le début du film, mais qui se révèle vraiment intéressant pour les personnages mis en scène et leurs opinions, qui ajoutent parfois à l’absurdité du conflit (les initiatieurs du Viet-Cong… sont les américains qui voulaient abolir les colonies à l’échelle mondiale). Puis on reprend le cours du fleuve avec son lot de feu, de fumée et de sueur, jusqu’au final qui bascule complètement dans le surréalisme avec l’omniprésence de cadavres dans tous les plans, d’autels sanglants où sont entreposées des têtes, de fidèles qui s’apparentent aussi bien aux membres d’une secte qu’à des militaires. Le récit devient alors contemplatif, irréel, alternant les silences, les instants de lucidité et les minutes de folie dans un déchaînement visuel agressif et fascinant, le temps semblant se suspendre à l’arrivée dans le camp du colonel Kurtz, qui refuse d’être jugé par ce qu’il juge une hypocrisie et un mensonge. Un vrai déluge de folie qui atteint sévèrement le mental de Willard, qui finalement exécutera sa mission machinalement, sans la moindre pensée. Il devient alors fascinant de comparer la scène finale du film, qui fait furieusement écho à la conclusion de Conan the Barbarian (John Milius étant intervenu dans l’écriture du script, on ne sera pas surpris), où notre protagoniste tue son « maître » devant la foule de ses adorateurs qui assistent à la scène sans s’attaquer au meurtrier. Un dénouement puissant, qui se clôt sur une note incroyablement pessimiste (tranchant avec Conan), le point le plus éloigné du fleuve ayant été atteint. Inutile de revenir sur les énormes problèmes de tournage du film (où pas mal de personnes ont cru devenir folles elles aussi), Apocalyspe Now est un film qui a incontestablement demandé beaucoup d’efforts à tout le monde, et qui finalement peut s’affirmer comme l’un des films de guerre les plus hallucinants avec Full Metal Jacket.

 

6/6

 

1979
de Francis Ford Coppola
avec Martin Sheen, Marlon Brando

 

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Published by voracinephile - dans Guerre (Army needs you !)
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commentaires

Vince12 16/04/2012 21:47

Oui l'histoire du tournage est aussi folle que le film lui même. Certes ça a été très très dur pour l'équipe mais un tournage sobre et facile n'aurait pas abouti sur un tel chef d'oeuvre OFNI.

voracinephile 17/04/2012 19:13



Clair qu'on mesure l'impact des conditions de tournage sur le résultat final.



Vince12 16/04/2012 09:09

ULtra culte, Coppola est pour moi le plus grand réal du nouvel Hollywood. Mon préféré sur le Vietnam et à mes yeux le second plus grand film de guerre de tous les temps.

voracinephile 16/04/2012 21:42



Cette redécouverte m'a procuré vraiment des sensations fortes. Je ne m'attendais pas à me prendre un nouvel uppercut. Je pense que ma chronique le décrit bien, la folie peu à peu envahissante du
film est merveilleusement gérée, on sent que sa réalisation a coûté beaucoup à toute l'équipe de tournage (rien que Coppola qui a failli sombrer dans la folie...). Un vrai tour de force, et mon
préféré sur le Viet Nam à moi aussi !



(Clovis Simard,phD) 13/03/2012 02:25

Blog(fermaton.over-blog.com)conscience humaine.No-6, THÉORÈME DES CHEVALIERS. APOCALYPSE POUR NOUS ?

voracinephile 13/03/2012 20:24



Pour les soldats, en tout cas !



2flicsamiami 22/02/2012 14:25

Outre le fait que ce film soit un chef-d'oeuvre, c'est aussi le film qui à lancer la notion du voyage vers la folie au cinéma (le film de Coppola étant une libre adapation d'Au Coeurs Des Ténèbres
de Conrad, que je n'ai pas lu).
Très belle analyse de la progression du film soit dit en passant :)

voracinephile 22/02/2012 21:29



Cette plongée dans la folie m'a beaucoup fait pensé à The Manson Family (tourné bien plus tard, et dans une branche complètement différente bien sûr), où le film devient de plus en plus
psychédélique, de plus en plus tordu (et quand il sombre dans la violence, la folie devient vraiment manifeste). Pas lu non plus le livre de Conrad, mais je regarderai dans la bibliothèque
familiale, il y a des chances qu'il s'y trouve. Les performances des acteurs restent en tout cas magistrales, la folie passant par chacun d'eux.


Merci pour le compliment. J'avoue avoir revu Apocalypse Nom (edition redux) en étant bouche bée par ce spectacle qui parvenait à la fois à être planant (une bande son vraiment porteuse) tout en
plongeant de plus en plus loin dans les ténèbres de la guerre du Viet Nam. J'ai essayé de faire passer mon ressenti dans mon analyse, donc je suis heureux de voir que tu l'as noté ^^.



Zogarok 19/02/2012 20:18

Vision imminente pour ma part et c'est certain. Donc je reviens rapidement ici même.

voracinephile 19/02/2012 21:17



^^ Ton retour est attendu avec impatience !



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