Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 21:17

attackondarfurr1artworkpic.jpg

 

Revenons à Uwe Boll, le seul réalisateur indépendant qui revendique avoir fait de la merde pendant une dizaine d’années (et qui boxe les critiques qui prennent trop à cœur ses nanars au mieux sympathiques), et qui maintenant a les moyens de se consacrer à des ambitions beaucoup plus nobles en s’affrontant à des sujets dramatiques costauds. Avec Attack on Darfur, le réalisateur s’attaque à du lourd, sous un angle assez modeste mais viscéral au plus haut point : une équipe de journalistes. Cernant parfaitement ses enjeux et ses limites, le film parvient au résultat hallucinant d’égaler Rambo 4 en terme d’intensité dramatique au cours de ses scènes d’action, malheureusement non sans défauts techniques.

L’histoire : un groupe de journaliste vient apporter de l’aide et réaliser un reportage sur un village du Dafour touché par la guerre civile. Sur le chemin du retour, ils aperçoivent au loin un convoi de rebelles intégristes qui foncent droit sur le village qu’ils viennent de quitter.

 

http://nfvf.co.za/sites/default/files/article-images/Darfur_village_attack_0.jpg


Vraiment, Uwe Boll ne laisse de nous surprendre avec ses films de plus en plus réfléchis sur des questions dramatiques d’actualité (son Rampage n’en est devenu que plus intéressant au vu des évènements constatés en Norvège). Avec Attack on Darfur, Uwe se livre à une sorte d’antithèse de Cannibal Holocaust, puisqu’il humanise considérablement les personnages des journalistes pour mieux les déchirer dans les dilemmes moraux. Le film commence très sobrement avec le reportage sur le village et sur l’aide que les journalistes apportent. Ils constatent l’étendue des ravages de la guerre et les cicatrices morales au sein de la population (viols, exécutions sommaires, exodes…), mais aussi les traces d’espoir qui habitent les anciens, et quelques éléments (des textes manuscrits racontant les origines du village, quelques sacs de grains) qui augurent du positif quant à l’avenir du village. Secoués, mais heureux de ce premier contact avec les habitants, les journalistes retournent alors à leur camp de base (ils sont protégés par un détachement de l’armée gouvernementale). Et sur le chemin du retour, ils voient au loin un convoi ennemi qui fonce vers les personnes qu’ils viennent juste d’aider. Ils y seront dans la demi-heure. Les journalistes ont alors le choix. Retourner tranquillement au camp militaire (les soldats, à peine trois, les encouragent à faire ce choix) ou aller prévenir les populations et risquer d’y perdre la vie. Le choix est d’autant plus dure que chaque minute perdue rapproche les fanatiques (islamistes, mais ce dernier point n’a aucune importance) de leur cible (ils exécutent purement et simplement des ethnies). Au final, le groupe décide de rebrousser chemin et d’aller prévenir les villageois. Et c’est là que la tension commence à grimper. Les rebelles ne cachent nullement leurs intentions d’exécuter la population locale, mais hésitent à le faire devant des militaires locaux. Aussi leur demandent-ils de dégager en quatrième vitesse. Dans ce profond moment d’angoisse, l’espoir prend d’abord simplement la forme d’un enfant confié à un journaliste à la sauvette. Nouveau dilemme moral, le journaliste finissant par accepter de cacher l’enfant, qui se mettra à pleurer en plein départ et finira tout simplement éclaté sur le sol par un des rebelles. Une scène si brute de décoffrage qu’elle jette un froid monumental. Les journalistes cèdent et partent, et commence alors le carnage. Complètement anéantis par la situation, la plupart des journalistes restent dans la voiture, à l’exception de deux qui reviennent sur leur pas pour tenter de sauver un maximum de gens (espoir totalement illusoire, le mieux qu’on puisse espérer étant qu’ils abattent quelques ennemis avant de rendre l’âme). Ils sont bientôt suivi par un militaire qui prend alors en charge l’attaque contre ce génocide. D’une violence étourdissante toujours dramatisée, le film est un savant mélange des genres, mixant brillamment drame, guerre et action avec des scènes brutes de décoffrages et une implication totale du spectateur dans le spectacle. Viscéral et profondément choquant, ce film est tout simplement une des peintures les plus crues d’une guerre civile qu’on ait vu voir au cinéma. La hargne de Rambo avec un spectateur qui s’impliquerait lui-même dans la fusillade tant elle est révoltante. Hélas, le souci du film, c’est qu’Uwe Boll a tourné de la merde pendant 10 ans, et ça, ça laisse des séquelles. La caméra à l’épaule semble incapable ici de cadrer correctement une action. C’est toujours brouillon, monté trop rapidement, bref, torché. Ce qui est sacrément dommage, ce point détruisant totalement le côté action du film (on a du mal à suivre les actions de nos personnages). Horriblement mal filmé, mais malgré ce défaut rageant, l’intensité du film est telle qu’elle parviendrait presque à faire oublier ce point noir monumental. Drame profondément humain (les fanatiques sont plutôt crédibles, de tels évènements s’étant régulièrement produits au Darfour), parfaitement défini (les enjeux sont largement à notre portée) et d’une intensité rare, Attack on Dafur donne une telle claque qu’on se demande ce qui est arrivé à Uwe, tant nous étions à côté de la plaque en parlant du bonhomme. Maintenant, c’est Monsieur Boll, les gars, et on se découvre quand il passe !

 

5/6

2009
de Uwe Boll
avec Billy Zane, Kristanna Loken

 

http://www.iwatchstuff.com/2010/10/25/uwe-boll.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Ze Ring 07/11/2011 12:04


Oui enfin dans Cannibal Holocaust Deodato ne cherche pas à humaniser ses personnages, ni a les rendre attachants... Donc je ne vois vraiment pas le rapport james pour le coup!
Pas vu ce Boll, mais il fallait que je réagisse à cette remarque!


voracinephile 07/11/2011 13:45



Je vais détailler mon idée : je fais le lien avec Cannibal Holocaust car je trouve que Attack on Darfur est une bonne antithèse de Cannibal Holocaust. Très grossièrement, les ingrédients sont les
mêmes : de la violence brute (bien que moins gore avec AOD, mais tout aussi choquante) et des journalistes qui à la base sont venus pour faire un reportage là dessus, mais qui en face de la
violence vont soit fuir, soit comme certains laisser tomber leurs caméras pour faire quelque chose face à cette violence au lieu de se contenter de la filmer. Les films sont très différents dans
leurs enjeux et dans leur forme, mais dans AOD, il y a ussi l'exact opposé de ce qu'étaient les journalistes de CH. C'était ce détail que je souhaitais mettre en valeur.



alice in oliver 07/11/2011 11:00


encore un bon film de Uwe Boll ? Cependant, je lis aussi que ce long est très mal filmé: un défaut récurrent chez ce réal.


voracinephile 07/11/2011 11:46



La hargne qui habite ce film est vraiment étonnante, dommage qu'Uwe ait du mal à sortir de l'esthétique merdique de ses précédents films (même Far Cry était mieux filmé, c'est dire...). Shooté
avec les pieds, mais un vrai choc qui implique à fond son spectateur et qui humanise assez bien ses personnages (qui pour le coup sont vraiment attachants à l'inverse de ceux de Cannibal
Holocaust).



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche