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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 19:34

http://kino-on.com/uploads/posts/2008-09/1222086763_kinopoisk.ru-bad-lieutenant-615261.jpg

 

Abel Ferrara est plutôt connu pour son cinéma provoquant et violent, qui aime jouer avec son spectateur tout en libérant son contenu. Si il traitait du féminisme en faisant tirer une mannequin sur n’importe quel type dans la rue, il se livrait à une dénonciation de l’endoctrinement d’une ville fréquentée par des militaires dans Body Snatchers. Avec Bad Lieutenant, Abel Ferrara fait son Dirty Harry, en allant beaucoup plus loin, puisqu’il traite d’un flic pourri jusqu’à l’os. Un scandale certes mérité, pour finalement confronter moralité chrétienne au monde de la rue.

L’histoire : Le quotidien d’un lieutenant de police toxico, obsédé sexuel et pourri jusqu’à l’os. Un jour, il est amené à se pencher sur le cas d’une religieuse violée dans une église.

 

http://www.citizenpoulpe.com/wp-content/uploads/2009/06/bad-lieutenant.jpg


Clairement, Abel Ferrara ne cherche pas à nous ménager avec son personnage principal, qui s’impose immédiatement comme un des pires pourris qu’on ait pu voir au cinéma. Oubliez Thierry Lhermitte et Phillipe Noiret, on tient un poisson d’une toute autre espèce. Cherchant toujours un moyen de se faire du fric sur des scènes de crime, notre lieutenant varie son quotidien entre ses paris sportifs, ses petites magouilles, ses maîtresses et les drogues dures. En jonglant avec sa vie de famille (il est père de 2 enfants qu’il élève à la dure). Et malgré sa vie constamment dissolue (la façon complètement cynique qu’il a de voir sa vie et ses travers rajoute encore une couche d’hypocrisie sur le gâteau), il continue de se revendiquer chrétien, il va à la messe et se dit protégé par le Seigneur. Indubitablement, Ferrara cherche donc à l’opposer à la morale chrétienne, qui sera incarnée ici par une religieuse atrocement violée dans une église qui sera par la suite profanée. L’usage récurent de symboles chrétiens dans la mise en scène est d’abord intriguant, le film s’étant dès le départ engagé dans une voie amorale (voire douteuse si l’on en juge par certaines scènes choc du film : le chantage des deux adolescentes devant lesquelles notre lieutenant fera ce qu’il sait faire de mieux, scène autant absurde que traumatisante). Mais rapidement, on voit que notre héros se retrouve de plus en plus confronté à la morale qu’il transgresse tous les jours. Et que malgré une volonté naissante pour tendre à nouveau vers elle, il ne parviendra jamais à s’y conformer. D’abord par son mode de vie qui l’a toujours habitué à faire usage de la force (si il ne tue pas, son impulsivité le rend parfois très violent), et surtout par son incompréhension totale de cette dernière. C’est simple, au cours d’une scène réellement poignante, notre personnage pète tout simplement un câble en n’arrivant pas à comprendre comment une femme peut pardonner à deux hommes un acte aussi atroce que celui qu’elle a vécu. La rue prône la loi du talion, et pourtant, quelque chose qu’il ne respectait pas au début et qui a pris peu à peu de l’importance dans son esprit, se révèle carrément plus noble que de laver son honneur. Est-ce folie que d’agir de la sorte, ou serait-ce le début d’une rédemption ? Si on se réfère à l'ouverture du film (le père de famille agressif emmenant ses enfants à l'école) et à sa fin (l'inspecteur emmenant les deux violeurs à la station de bus), on penche vraiment pour la seconde proposition, bien que la situation ne dure pas. Le film préfèrera ne pas clore vraiment cette question par un plan séquence ma foi simple, mais efficace. Concernant le casting, rarement Harvey Keithel m’a autant impressionné. C’est simple : il est devenu sous mes yeux une des plus belles ordures qu’on ait pu voir au cinéma. Quant à la réalisation d’Abel Ferrara, elle est largement à la hauteur. Eclairage parfait (je pense beaucoup aux films de Brian de Palma techniquement parlant), bande originale qui recherche le décalage avec les situations filmées, quand elle ne cède pas au silence les séquences émotionnelles les plus fortes. Bref, on tient là un vrai petit bijou qui ne recherche jamais à imposer une vision moralisatrice et qui nous fera un portrait finalement complet d’un pourri dans son quotidien et dans ses vestiges de sentiments.

 

5/6

 

1992
de Abel Ferrara
avec Harvey Keitel, Frankie Thorn

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/exclus-cinema/actualites-cinema/bad-lieutenant-le-remake/11837756-1-fre-FR/bad_lieutenant_le_remake_image_article_paysage_new.jpg

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commentaires

Vince12 08/04/2013 09:02

Au final sur la scène des deux filles c'est peut être un des aspects pathétiques qui finira par le rendre attachant à la fin. Parce qu'il a plus l'air d'un mec complètement à la ramasse.

voracinephile 08/04/2013 11:27



Une scène pathétique en effet. Même si ça doit sembler bizarre, elle me fait toujours rire, cette scène. Le dialogue est malsain, puis d'un coup, on tombe dans le ridicule pathétique avec Harvey
qui s'astique sous la pluie... Complètement à la ramasse, en effet...



Vince12 07/04/2013 20:17

Pour moi ce film est un peu le taxi driver des années 90. Les deux films n'ont que très peu de choses à voir mais ils ont la même ampleur de choc pour moi.
La réalisation de Ferrara est barge à l'image du film. Keitel est hallucinant, la scène dans l'église m'a foutu un vrai uppercut.
C'est un film sur un personnage complexe, pourri mais finalement attachant à mes yeux. C'est vrai que le film est un peu une version plus jusqu'auboutiste d'un inspecteur Harry.
Notre héros cherche t'il la rédemption à la fin ? Comprend t'il soudain le ridicule de la situation: un pourri châtiant deux pourris pour une pseudo justice ?
C'est un film à part une oeuvre choc qui va jusqu'au bout. Le chef d'oeuvre de Ferrara.

voracinephile 07/04/2013 23:57



L'uppercut, il est là en effet... Bien sûr que le personnage est attachant, on le suit de tellement près, on se calque selon sa vision, on le comprend dans ses accès de rage... Après, il y a des
scènes chocs qui ne plaident pas en sa faveur (la scène avec les deux filles le rend vraiment ridicule, à se masturber devant elles), mais il est touchant à plusieurs reprises, et Harvey délivre
une vraie performance d'acteur... Nous sommes bien d'accord en tout cas, chef d'oeuvre de Ferarra !



Alice In Oliver 03/01/2012 10:54

en tout cas, je le préfère à king of NY du même réalisateur

voracinephile 03/01/2012 20:36



Ah ! Vu que je dois découvrir aussi ce cru du réal, je me ferai un plaisir de comparer l'ampleur des bestiaux !



alice in oliver 02/01/2012 21:52

du très grand Ferrara et surtout, un très grand rôle pour Harvey Keitel, très en forme pour l'occasion

voracinephile 02/01/2012 22:40



Oui, je l'ai découvert après avoir lu ta chronique, et je n'ai pas été déçu ! Un vrai choc réaliste et très bien filmé, avec un Harvey pas toujours parfait (ses gémissements provoquent parfois un
peu le rire malgré l'émotion qui s'en dégage) mais globalement phénoménal dans ce rôle réaliste (on ne sombre jamais dans le pathos avec ce personnage).



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