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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 09:57

http://www.soundwave.net63.net/Maestro/Beatrice_affiche.jpg

 

Lucio Fulci est particulièrement connu pour ses films d’horreur au budget certes restreint, mais qui frappent par l’intensité des ambiances de ses histoires (son chef d’œuvre restant pour moi La maison près du cimetière). Pourtant, peu connaissent Beatrice Cenci, une tentative intéressante d’utiliser son savoir-faire dans le gore pour s’intégrer dans une réalité historique : celle de l’inquisition. Contexte propice à quelques scènes de tortures bien senties, et à un discours totalement anticlérical. Exhumé il y a quelques mois par un chroniqueur fan du bonhomme, le film est une agréable surprise puisqu’elle nous laisse voir des capacités de réalisations qui tranchent beaucoup avec le reste de sa filmographie.

L’histoire : Francesco Cenci est un noble tyrannique qui abuse largement de ses pouvoirs sur ses sujets et sa famille. S’attirant les foudres de sa fille, il est victime d’un accident. L’inquisition s’intéresse alors de près à l’affaire.

 

http://media.paperblog.fr/i/482/4828409/lucio-fulci-beatrice-cenci-guerre-gangs-L-5GhtPe.png


Vraiment, Lucio a de quoi nous étonner avec ce film, qui passerait pour une production de la Hammer tant la mise en scène est bien étudiée. C’est simple, l’histoire prend son temps pour se dérouler, les lieux sont bien filmés, la reconstitution d’époque est convaincante, les acteurs s’impliquent vraiment dans leurs rôles… Les bons points ne manquent pas pour louer la réalisation de l’œuvre, qui parvient totalement à nous placer dans un contexte historique et à nous raconter l’histoire de la famille Cenci, et pas seulement de Béatrice (mais comme elle est la figure populaire de la famille, elle est plutôt mise en avant). La trame du film pourrait être séparée en deux parties : le quotidien de la famille avant la mort du père Francesco, puis l’enquête de l’inquisition et les ravages qu’elle va occasionner. Partant d’une histoire de famille sordide mais connue (un parricide en réponse à des années d’humiliations), le discours anticlérical vient surtout du fait que l’Eglise est intéressée par le fric, et qu’elle lorgne depuis belle lurette sur l’héritage de la famille Cenci. Les religieux ne sont en aucun cas des fanatiques (à l’inverse des inquisiteurs du film Les Diables ou d’un Silent Hill), mais des personnes qui cherchent à s’enrichir et qui ne font que chercher des prétextes pour parvenir à leurs fins. Les pauvres sont brûlés pour servir d’exemples aux autres, mais les riches sont brûlés pour que leurs biens soient confisqués par l’Eglise. Un des avocats résumera magnifiquement la chose par un « moins vous serez riches, moins vous serez amené à commettre quelque scélératesse. ». Les inquisiteurs ont juste besoin d’un prétexte, d’un aveu ou d’une preuve, et ils empochent le pactole d’un coup. Vision clairement manichéenne, mais qui rétablit l’équilibre sur une chose : riche ou pauvre, personne n’était à l’abri de l’inquisition en ces temps troublés. Le film nous donnera donc son lot de sentiments pour le moins assez forts (le domestique qui endure un interrogatoire de plusieurs jours, donne ses aveux et qui trouve encore la force de se rétracter pour épargner sa maîtresse (ce qui inclut de retourner encore au supplice)), voire carrément révoltant (le supplice de Béatrice et son silence… réduit à néant par les aveux rapides des autres membres de sa famille). La force du film est là, et les tortures réalistes (rien qui ne donne dans le gore démentiel) servent bien ce drame effrayant que subit une famille entière. Après, le film n’est pas exempt de défauts. On peut par exemple regretter un montage des scènes un peu aléatoire, qui ne cesse d’entrecouper passé et présent (avec l’enquête de l’inquisition), alors qu’une trame linéaire aurait parfaitement servi le sujet. Si le rythme baisse parfois un peu, les dialogues sont plutôt bien répartis permettant de cerner la pensée de son interlocuteur avec justesse. Enfin, une musique n’ayant pas vraiment d’épaisseur vient enrober tout ça, mais le spectacle se révèle suffisamment de qualité pour délivrer un message clair sur les motivations des hommes d’Eglise. Une œuvre puissante et bien maîtrisée par un Fulci inspiré. Très recommandable.

 

4.5/6

 

1969
de Lucio Fulci
avec Tomás Milian, Adrienne Larussa

 

http://klrob.files.wordpress.com/2007/02/beatricecenci_3.jpg

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commentaires

Ze Ring 14/12/2011 02:13

"Exhumé il y a quelques mois par un chroniqueur fan du bonhomme, le film est une agréable surprise puisqu’elle nous laisse voir des capacités de réalisations qui tranchent beaucoup avec le reste de
sa filmographie."

Merci pour le petit hommage mais je ne peux pas être d'accord. Fulci était un maitre, il n'y a même pas à discuter. Beatrice Cenci est une de ses oeuvres les plus réussies d'un point de vue
technique et stylistique (les maniérismes de Fulci dans l'ambiance sont bien présents) mais ses oeuvres les plus magnifiques viendront par la suite, avec notamment Lizard in a woman's skin,
L'emmurée vivante, Zombi 2 et L'éventreur de New York! Dire que Beatrice Cenci tranche d'un point de vue réal avec le reste de la filmo de Fulci revient à ne pas faire la distinction entre la
première partie de sa carrière (Le temps du massacre en 66 jusqu'a L'éventreur de new york en 1982) et la deuxième, composée de nanars de compétition que ce bon vieux Fulci à réalisé pour pouvoir
manger.
Content que tu ais aimé sinon, une vraie perle celui-ci.

voracinephile 15/12/2011 15:13



Oui, ses films marquants vont arriver par la suite (d'ailleurs, je n'ai pas encore vu les deux premiers que tu cites, je les chercherai), mais par rapport à ce que j'ai pu voir des bons films de
Lucio, je trouve que ce dernier n'impose pas vraiment le style qui a fait le charme de ses films, il tente vraiment de se plier aux contraintes historiques sans trop imposer ce qui fera le charme
de ses films suivants. Certes, il n'avait peut être pas encore développé ces aspects de sa filmographie avant d'avoir tourné Béatrice Cenci, mais il fait de gros efforts de sobriété (la fin en
est le plus bel exemple, se détachant totalement des supplices attendus). Et c'est cela que je trouvais plutôt notable ici et que je voulais mettre en valeur par rapport au reste de sa
filmographie. Quant à ses nanars, je n'en ai vu aucun, donc j'ai une petite excuse pour ne pas encore faire la différence entre la bonne part de sa carrière et sa mauvaise part. Je ferai un peu
plus attention lorsque je chroniquerai mon prochain Fulci, histoire de bien coller à ce découpage de filmographie. Merci encore de m'avoir fait découvrir de Béatrice, il m'a d'ailleurs poussé à
chroniquer quelques autres petites curiosités sur l'inquisition qui se sont révélées très plaisantes elles aussi.



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