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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 07:01

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Blade Runner est un monument du film de SF. Porté par des créateurs de folie (Ridley Scott, Vangelis…), le film a tout de l’œuvre sacré, du film au potentiel tellement riche que tout fan de SF tombera en admiration devant le bestiau. Malheureusement, le film a sans doute vu les choses en trop grand, nous offrant un des futurs les plus fascinants qui soient, hélas desservie par une trame poussive et un manque de cohésion artistique…

L’histoire : En 2016, dans un Los Angeles urbain qui s’est complètement étendu en s’asiatisant, un blade runner traque un groupe de 4 réplicants, humains fabriqués en laboratoire venus rencontrer leur créateur.

 

blade-runner-2.jpg

 

Blade Runner est un film pour lequel j’ai toujours été mitigé. On aura beau dire chef d’œuvre, plusieurs choses dans le film empêchent de pénétrer pleinement dans le spectacle. En cela, deux principaux points noirs. Blade Runner est un film poussif. Il y a régulièrement de longues séquences où il ne se passe rien, où l’action est suspendue. Certes, Ridley veut sans doute s’attarder sur la beauté des décors (magnifiques, nous y reviendront), mais traîner dans un film de SF pareil en traînant à faire avancer une histoire déjà très simple (franchement, la trame est d’une simplicité enfantine, minimaliste même, et brulant parfois ses cartouches trop vite (la mort du second androïde, très vite expédiée), c’est jouer avec la patience du spectateur. D’où l’impression finale d’avoir vu un potentiel à peine exploité. L’univers qui s’étant sous nos yeux est fascinant, de quoi remplir largement plusieurs films (société clonant et améliorant le génotype d’animaux de compagnie (et d’humains pour créer une sorte d’esclavage légal), futur américain sur lequel l’apport culturel asiatique a déteint, et évidemment des réplicants qui revendiquent leurs émotions et agissent comme des humains, avec violence et passion). Tout ce mélange est enthousiasmant, évidemment. Cela forme un futur sombre, vivant et fonctionnel. Mais Ridley va à peine au-delà de l’approche esthétique. C’est là, bien dans le paysage, mais ce n’est pas ou peu approfondi (les sentiments des réplicants sont réduits au minimum, la performance de Rutger Hauer dans la dernière demi-heure remonte beaucoup le niveau). Reste la majesté des décors, éblouissante. Le soin apporté aux effets spéciaux est le point fort majoritaire de Blade Runner, tant chaque plan de la cité futuriste devient un régal pour les yeux. Un léger vieillissement pour les effets spéciaux des voitures volantes, mais rien qui ne gâche outre mesure le plaisir de voir un futur aussi cinématographique (sombre, empli de fumée, aux cheminées d’usine côtoyant les immeubles d’habitation…). En fait, le film aurait pu tout emporter simplement avec ses décors, si Vangelis n’avait pas tout foiré. J’adore le travail de Vangelis (1492 restera définitivement une de mes bandes originales favorites), mais ici, pendant les ¾ du temps, la musique déssert le film. Difficile de savoir où ça a merdé, mais si les ambiances du film à l’image imposent quelque chose de sombre, la musique de Vangelis semble avoir été conçue pour un polar plutôt serein, un polar new age, pourrait-on persifler. Résultat : le décalage entre les ambiances musicales et visuelles est tel que bon nombre de séquence perdent de leur charme (souvent au cours des vues aériennes de la ville). Le meilleur exemple doit être l’exécution du premier réplicant, abattu par Harrison Ford dans un magasin de vêtements. Les images sont sublimes, le ralenti excellent… et la musique complètement à côté de la plaque, voulant jouer sur un décalage mélancolique raté. La musique de Vangelis est bien, mais pas pour Blade Runner (seul le thème principal aurait convaincu, manque de pot, il n’arrive qu’à partir du générique de fin. Restent, en plus des décors, de nombreuses initiatives (Harrison Ford est un anti héros qui tombe logiquement amoureux d’une réplicante, parcours intéressant réduit à peu de choses : un morceau de piano, une étrange étreinte, une fuite) viennent enrichir le projet. A défaut de convaincre (le côté SF concernant les réplicants est décevant, en dehors des dialogues avec le créateur des réplicants, ne s’embarrasse pas de détails), le film ouvre une fenêtre sur un monde fascinant, avec toujours le style visuel de Ridley qui flatte immédiatement la rétine (magnifiques éclairages, effets spéciaux à tomber (on remarque même le soin apporté aux yeux des réplicants)), en nous offrant une ballade futuriste ultra ambitieuse qui tire son épingle avec les à-côtés.

 

4/6


1982
de Ridley Scott
avec Harrison Ford, Rutger Hauer

 

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commentaires

Vince12 14/12/2013 11:06

Content de t'avoir convaincu pour rajouter un petit point alors.
Pour le souvenir je regrette James mais c'est un implant, le modèle original était une certain Screamerclauz.

dasola 12/12/2013 22:05

Bonsoir, du point de vue visuel, on n'a pas fait beaucoup mieux depuis. Une référence. Et puis les réplicants sont inoubliables. Bonne soirée.

voracinephile 13/12/2013 09:23



Peu de films ont visé son ampleur également. Cloud Atlas et son Neo-Seoul, peut être... Bonne journée ^^.



Vince12 07/12/2013 17:19

Oui mais offrir un passé à Ford c'est répondre à la question. Au contraire j'adore le fait que ce soit ambigu et ce que tu dis sur les yeux le souligne.
D'ailleurs James tu parle beaucoup mais éteint la lumière et regarde tes yeux dans un miroir tu vas découvrir qui tu es vraiment ! (d'ailleurs regarde au sol je t'ai laissé l'origami du chien de
ton enfance que tu vois dans tes souvenirs implantés)

voracinephile 11/12/2013 23:32



Bon, tu m'as convaincu ! Mais je maintiens que pour les yeux, je n'ai jamais vu ceux de Ford briller... Le moindre éclat, en revanche, je vire ma cutille à 180 degré et je rejoins ton camp en
rajoutant des points au film. Malgré mes réticences de styles que je trouve imparfait (malgré l'ampleur visuelle indiscutable).


 


J'ai essayé le coup du miroir. Fake ! J'ai rien vu du tout, il faisait tout noir car jamais éteint la lumière ! J'avais effectivement eu un chien pendant mon enfance. Si tu parviens à me sortir
le souvenir que je garde de lui, je reconnaîtrais ma vraie nature... Bon OK, je l'ai sodomisé pendant qu'il avait les yeux rouges et proférait des paroles sataniques aux dessus de cadavres
décomposés vomissant des asticots et des entrailles en putréfaction.



Vince12 06/12/2013 20:25

Le film n'a jamais cherché une quelconque polémique. Et pour les réplicants je pense surtout qu'on peut s'attendre à leur humanisation car le sujet a été reprit depuis comme avec le second
Terminator. Mais ce sujet est lancé par Blade Runner.

Pour la Licorne, on sait que ce rêve ne peut être réel puisqu’il s'agit bien entendu d'une licorne. Si on retrouve l'origami à la fin c'est justement qu'on peut supposer que le flic n'a pas laissé
ça par hasard et qu'il connaît le rêve de Ford. cela sous entend que son rêve est un "implant" comme les souvenirs de Rachel et que par conséquent Fors est un répliquant. aussi il se souvient à ce
moment de la voix du flic "Dommage qu'elle doive mourir mais c'est notre lot à tous" L'origami prouve que le flic est passé par ici mais qu'il n'a pas choisi de tuer Rachel. En laissant l'indice de
la licorne c'est comme s'il disait à Ford de fuir avec Rachel. D'ailleurs j'adore le personnage du flic

voracinephile 07/12/2013 15:25



Ah, ben merci Vince ! Là au moins, tu apportes de la bonne matière pour la défense de Blade Runner ! Effectivement, je vois mieux maintenant pourquoi cet origami final apparaît, et effectivement,
ça donne un peu de poids à l'hypothèse avancée. Reste que je ne me rappelle pas d'un seul plan où les yeux de Ford "brillent", alors que c'est le cas de tous les autres réplicans du film. Rien
que pour cette hypothèse, je tenterai de revoir le film (même si dans le doute, je reste sur mes positions). Il n'empêche que mon plaisir ne sera jamais total devant. Et que ça n'approfondit pas
la SF, mais que cela joue avec l'attention du spectateur et la nature des personnages.


Le problème, c'est à ce moment là de savoir comment notre personnage en est arrivé là... Comment peut-il traquer les replicants en appliquant les tests de détection sans se reconnaître dedans ?
Il y a des réponses qu'on peut formuler en hypothèse, mais à mon goût, le film laisse trop de choses dans l'ombre (alors que cela serait utile à l'histoire). C'est bien de ne pas être prétentieux
en voulant montrer combien le script est intelligent, mais bon, faut s'avancer un peu à partir d'un moment. Appleseed, dans un genre plus japonais (=stéréotypé) est beaucoup plus explicite sur un
sujet similaire (des humains artificiels), plus direct aussi. Sans doute que mon exemple ne parle pas vraiment, mais dans la SF, un équilibre entre ambiance et idées de SF doit se créer, et Blade
Runner est mal géré à ce niveau.



hdef 03/12/2013 18:29

C'est vrai que les femmes sont souvent importantes chez Scott : Ripley dans Alien, Sarandon dans Thelma et Louise, Demi Moore dans A Armes Egales...

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