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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 19:55

http://www.indiantvtoday.com/wp-content/uploads/2009/01/blindness_movie.jpg

 

Les films d’épidémies ne manquent pas. Du Fléau de Stephen King à la plus petite invasion de zombie, tout est véhiculé par un virus qui entraîne des effets plus ou moins indésirables sur la population atteinte. Certains utilisent ce contexte pour faire de l’action, d’autres pour se concentrer sur la psychologie de nos personnages. Fernando Mirelles pose donc un postulat simple : une épidémie de cécité qui envahit le pays tout entier. Une femme accompagne ici son mari dans le refuge où les premiers malades sont mis en quarantaine, et peut ainsi suivre la dégradation de leur condition. Rarement l’humanité aura eu à subir une attaque pareille.

L’histoire : une épidémie de cécité se répand dans tout le continent. Rapidement, le gouvernement improvise une procédure de quarantaine pour stopper la propagation du phénomène (dont on ignore l’origine ou le vecteur).

 

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Vient pour moi la tâche hardue de m’attaquer à Blindness qui objectivement apparaît comme un bon film sur la dégradation de la condition humaine en période de crise, mais qui devient tellement jusqu’auboutiste qu’elle s’est attirée ma franche antipathie. Bienvenue dans Blindness, un monde où, sous prétexte de la propagation d’une épidémie, l’humanité retourne à des instincts si individualistes qu’ils en feraient gerber n’importe quel citoyen normalement constitué. En l’état, Blindness suit un protocole logique, qu’il semble donc difficile d’attaquer. D’abord, nous suivons quelques cas isolés de personnes atteintes de cécité, qui sont alors victimes de leur mal et exploités par les badauds qui les entourent. Une situation déjà dure moralement, mais qui reste encore tolérable dans la manière de montrer un infirme récent victime d’individus qui profitent de sa récente incapacité à voir. Puis la situation évolue, et nous sommes amenés à nous focaliser sur deux personnages : un ophtalmologiste et sa femme. Rapidement, le mal touche le mari, mais la femme semble immunisée à ce mal, et c’est donc grâce à elle que nous serons témoins de la suite des évènements. Rapidement, les contaminés sont parqués dans un bâtiment où ils doivent s’organiser. Toute sortie leur est interdite par des militaires (qui tirent avec sommations), et rapidement, leur situation devient précaire. Leur nombre augmente sans que les rations alimentaires soient délivrées en quantités suffisantes, et avec de gros problèmes d’hygiène (les récents aveugles ne prennent rapidement plus la peine d’aller jusqu’aux toilettes, personne ne pouvant les voir faire leurs besoins dans le couloir d’à côté). Rapidement, les premiers morts arrivent, et on constate sans étonnement l’apparition d’agités qui s’approprient toutes la nourriture et qui décident de rançonner les autres aveugles pour la leur délivrer. On commence par les bijoux, et puis on en arrive aux femmes. Inutile de dire dans quels retranchements on finit par arriver, le film ne cessant de rabaisser l’amour propre et la morale de nos protagonistes jusqu’à des niveaux proches de l’intolérables. En l’état, ce discours manichéen pourrait séduire les amateurs de réalisme, qui verront ici en chaque acte une volonté d’exploiter son prochain ou de conserver un amour-propre plutôt malvenu dans de telles conditions. Mais clairement, le film n’arrive pas à nous attacher à un personnage. Si c’est visiblement Julianne Moore notre vecteur d’intégration dans ce monde, elle apparaît vite égale au reste de la communauté, suivant régulièrement le mouvement (descendant) en essayant toujours d’afficher un air de gentil qui l’enfonce un peu plus dans sa dimension individuelle dans laquelle se retranchent tous les autres aveugles. Julianne sauve ceux qu’elle apprécie, elle abandonne vite l’idée d’aider la communauté (en témoigne cette fin qui élargit le concept à l’échelle du monde sans le rendre plus tolérable). Et elle semble bien la seule tentant d’améliorer un minimum la situation. Rapidement, les différents protagonistes du film se concentrent sur leur propre existence, ce qui nous amène à une situation de cohabitations d’individus plutôt qu’une société tentant de fonctionner malgré un handicap. Un tel discours nihiliste est séduisant, mais il ne fait pas vraiment dans l’innovation (surtout que personne ici ne voudra se reconnaître parmi ces aveugles tous enfermés dans leur propre existence et incapable d’avoir un minimum d’estime vis-à-vis de la condition humaine). Enfin, formellement, le film utilise pas mal de procédés qui si ils s’accordent parfaitement avec le thème de la vision, se révèlent assez désagréables en regardant un film. Flous réguliers, surexposition, fondus vers le blancs, zooms approximatifs, décadrages de l’action… Un vrai catalogue qui rend le film un peu brouillon, annihilant toute tentative de divertissement ou de beauté pour coller à une optique « sensitive » qui finalement n’apporte rien de bien consistant au projet. Malgré mon goût pour le nihilisme, un tel film m’a vraiment écoeuré, tentant de faire l’apologie de la dégradation de l’être humain (certes en situation de crise) sans qu’aucun protagoniste ne vienne pour racheter l’autre. Avec une conclusion en totale queue de poisson (spoiler : finalement, ils revoient… Ah !), on se demande où voulait aller un tel film, pour finalement se dire qu’on n’allait nulle part, que c’était un mauvais rêve et que maintenant qu’il y a de l’espoir, tout va mieux. Il faudrait savoir ! Peut être qu’en glissant qu’il n’y avait plus d’espoir dès le début, la pilule serait mieux passée (car c’est l’espoir qui fait défaut au film, ça saute clairement aux yeux). Pour moi, un film détestable sur l’humanité.

 

1.5/6

 

2008
de Fernando Meirelles
avec Julianne Moore, Mark Ruffalo

 

blindness1.jpg

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commentaires

2flicsamiami 06/01/2012 21:37

Je comprend.
Pour le coté fable, ce n'est qu'une supposition de ma part, mais plusieurs choses mon conduit à ce point de vue.

- D'abord, le fait qu'aucun personnage n'ai de nom, ils sont tous appelés par leur fonction/métier. Toutes les fables ne fonctionnent pas ainsi, mais dans le chaperon rouge, il y a La Grand Mére,
Le Bucheron, Le Loup. Dans Blanche Neige, les noms des nains correspondent à leurs caractéres.

- Danny Glover qui fait office de narrateur.

- L'aspect magique de l'apparition et la disparition de la cecité.

Pour la morale, c'est vrai que ça fait light, c'est le seul petit hic à tout cela.

Pour le reste, il faut aussi prendre en compte le fait que Blindness est l'adaptation d'un livre qui fut qualifié de "visionnaire" à son époque. Je pense en tout cas que c'est loin d'être un film
inintéressant à analyser.

voracinephile 06/01/2012 22:34



Bien vu pour le coup du métier (ou plutôt, de la fonction). En effet, c'est un choix intéressant de ne pas nommer les protagonistes, ça pourrait faciliter l'identification aux personnages par
leur mode de vie.


Pour l'aspect magique, c'est aussi intéressant, mais j'y vois surtout un raccourci, afin d'éviter de s'embourber dans une pseudo explication scientifique qui n'apporterait rien aux buts du film.


Un peu light pour une morale en effet, surtout que la fin ne fait qu'élargir le propos à la terre entière sans le faire plus avancer.


En revanche, le fait qu'il soit adapté d'un livre est intéressant, il faudrait savoir en quelle année il a été rédigé pour juger de sa qualité visionnaire. En tout cas, Blindness contient de
nombreux éléments qu'il est bon d'analyser (son côté que je qualifie de "prétentieux" est surtout composé de détails choisis, ou de traits psychologiques assez fins (mais tous dirigés par
l'individualisme)). Blindness est un film intéressant pour les procédés qu'il utilise et les arguments qu'il propose, mais je n'adhère pas.



2flicsamiami 06/01/2012 13:00

Je constate dans ton article que tout ce que tu n'aimes pas, c'est ce qui me fait aimer ce film.
Alors je suis d'accord : le film est très nihiliste qui n'est vraiment pas joyeux.
Mais il est pour moi une expression parfaite de ce qui peut se passer dans une situation de cette nature, et je mettrais ma main à coupé que ça se passeras comme cela.
Et puis, je reviens sur ce que j'avais dit sur mon blog : le réalisateur à voulu essayer de donner un coté "fable" au film, ce qui expliquerai cette fin, cette résolution quasi magique.
Et d'ailleurs, la fin est très nuancée par le discours du personnage joué par Danny Glover, regrettant cette amitié né de cette cécité (alors que, comme tu le dis, la ré-apparition de la vue
semblait être le retour à la "civilization").
En tout cas, moi, j'adore :)

voracinephile 06/01/2012 20:58



^^ Un désaccord total ! Super ! Pour le côté nihiliste, je ne nie en aucun sa plausibilité (en fait, il est certain que des individus vont réagir en se concentrant sur eux même au lieu de tenter
d'aider les autres (loi acquise : l'instinct pousse l'individu à assurer sa survie plutôt que celle du groupe). Mais ce qui m'a globalement braqué contre ce film, c'est que cette régression
manichéenne est le seul but du film. Il faudrait que je le revois au moins pour me focaliser sur le personnage de Danny Glover (l'un des très rares qui paraît en effet un peu consistant avec sa
radio, même si il n'intervient pas beaucoup finalement), mais à part illustrer que sans barrières morales, l'homme retourne à l'état de bête, je ne vois pas non plus grand intérêt dans ce film,
correctement interprété mais qui ne va pas plus loin que son sujet. Finalement, le Bien et la Société semblent avoir été évacués, et il ne reste finalement plus que la crasse. Comme le film est
manichéen, je ne nie pas son approche intéressante, mais clairement, il n'a pas fonctionné sur moi.


Quant à ce final "en queue de poisson", j'gnorais que le réal tentait de donner un côté fable. Mais en prenant cette explication comme telle, où est la morale ? Ou voulait en venir le film ? Que
l'Homme est un loup pour l'Homme ? La belle affaire ! Une heure trente pour en arriver là, et en plus avec des airs un poil prétentieux (les procédés optiques, la pseudo réflexion sur le
personnage de Julianne). Ne prends surtout pas mes propos enflammés comme une attaque, mais pour Blindness, ne m'étant attaché à aucun personnage, je ne suis tout simplement pas entré dans le jeu
du film. Notons qu'il m'a fallu du temps pour que je peaufine mon avis, car je trouvais un peu étrange (voire contradictoire) d'aimer La nuit des fous vivants et de cracher sur Blindness (le
comportement humain comportant moult subtilités pas toujours très reluisantes).



Leatherface 03/01/2012 21:05

Excellent, je l'ai vais regarder ça dès que possible ;)

voracinephile 03/01/2012 21:37



Je scrute ton blog en trépignant d'impatience !



Leatherface 03/01/2012 09:37

Hum... C'est marrant mais je suis persuadé qu'il va me plaire ce film. Faut que je me le mate fissa pour vérifier, merci de le l'avoir fait découvrir ;)

voracinephile 03/01/2012 20:34



Je t'en prie, je serai ravi de connaître ton avis à son sujet. Il doit être l'un des films les plus méchants avec la nature humaine, puisqu'ic c'est l'intégralité du genre humain qu'il arrive à
attaquer par le thème de la cécité. Plutôt bien joué, mais une absence totale de sentiments positifs m'est devenue à la longue insupportable pendant son visionnage.



Zogarok (videodrome) 02/01/2012 22:56

C'est assez dur et même surprenant, de ta part. Honnêtement, je l'ai vu il y a (très) longtemps, mais je l'avais un peu expédié en décidant que ça me satisfaisait (gros laisser-aller de ma part) -
en vérité, ce film m'a terriblement frustré parce que j'avais envie de le défendre puisque Julianne Moore. Mais Julianne Moore n'est pas un vrai argument et il faut l'admettre ; oui, Blindness
mérite un peu cette réputation de petit film mystico-masturbatoire, avec son propos très définitif et très mesquin sur l'Humanité (pas aberrant, mais très "l'homme est loup pour l'homme").
Largement passable quand même, dans mes souvenirs, mais assez pauvre au final.
Et puis, je n'ai vu des films comme "28 jours plus tard" qu'après...
Je repasse demain, j'ai aperçu l'article sur Bad Lieutenant..

voracinephile 03/01/2012 00:01



Il y a des jours comme ça, où on se découvre une graine d'optimisme ^^... Nan, je sais que de ma part, un accro aux bandes horrorifiques très grand amateur de psychologie, ça doit faire bizarre
de lire un avis qui tape sur la dégradation de l'être humain. Quand j'ai vu le film, je n'ai pas trop su quoi en penser, alors que j'avais vu tous les ingrédients que j'attendais de voir. Revu
encore une fois, toujours rien... Il manquait un truc, et j'ai commencé à écrire en laissant parler les sentiments. Je me suis alors engouffré sur l'égoïsme total de la quasi-intégralité des
personnages et là, j'ai commencé à mieux y voir clair (^^). Ca transpire le manque d'espoir, tout ça, et finalement, le discours est probant si les humains du film se considèrent tous comme des
individus. Certes, la condition de prisonnier n'aide pas (comme lacarence de vivres), mais franchement, voir aussi peu de foi en l'être humain, ça ne m'a vraiment pas plu. J'ose encore croire que
dans les masses, certains ont quand même, individuellement, une vague notion de respect vis à vis de leur prochain. Julianne Moore joue certes bien son personnage, mais une fois passé les portes
de l'abris, elle se révèle être égale au reste du groupe. Un aveugle lâche la chaine par mégarde, on s'en balance, il n'avait qu'à pas s'écarter du groupe ! Supermarché : c'était juste tellement
trop de la voir arracher des sacs plastiques remplis de bouffe à des crèves la faim rampant à ses pieds... Et puis, c'est filmé d'une façon bizarre, à cheval entre l'esthétisme et la vue
subjective... Blindness n'est vraiment pas passé pour moi, même si les acteurs restent convaincants, je ne me suis identifié à personne dans cette humanité annéantie en quelques mois, mais qui
finalement va se mettre à revoir et qui va vite fait oublier ce vilain cauchemar. Après, j'ai bien conscience que son propos est loin d'être infondé, mais clairement, la démonstration faite ici
n'a pas su m'accrocher, malgré la finesse de sa psychologie "individualiste". Lui préfère largement 28 jours plus tard, c'est clair.



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