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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 13:34

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Ah, une grande joie m’envahit au commencement de cette chronique. C’est peu dire que d’affirmer que Blueberry est conspué, sans doute populairement le pire film de son auteur avec le navet Dobermann. Sauf que Dobermann était un navet volontaire, alors que Blueberry s’inscrit plutôt dans la tendance « trip initiatique ». Sur la question de l’adaptation, il n’y a pas à débattre, Kounen a complètement détourné le matériau d’origine pour le plier à ses obsessions visuelles, tout en peaufinant un scénario original dont je ne peux même pas éprouver la validité, n’ayant jamais ouvert un seul album de la bande dessinée éponyme. Mais quand les adaptations varient, elles peuvent elles aussi prétendre à être de bons films (meilleur exemple, quoique bancal lui aussi : Final fantasy les créatures de l’esprit). En route pour les montagnes sacrées !

L’histoire : Blueberry, shérif d’une ville frontalière avec un territoire indien sacré, fait régulièrement des allers-retours entre les deux peuples, chez lesquels il a passé une partie de son enfance. Alors que des rumeurs de ruée vers l’or en direction des montagnes sacrées se murmurent, Wally Blount, hors-la-loi ayant déjà croisé le chemin de Blueberry, revient dans les parages.

 

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Avec une moyenne carrément pourrie, Blueberry est synonyme d’un ratage foireux de première, conspué pour d’obscures raisons qui m’échappent. Je trouve, à titre personnel, que la direction artistique du film est tout simplement irréprochable, visuellement, c’est un plaisir de deux heures ininterrompu qui vient flatter la rétine (même dans les excès de psychédélisme qui saturent son dernier acte, élaborant un duel psychique jamais vu au cinéma (on quitte enfin ces faces à faces interminables en mode « à qui dégainera le premier »)), et qui demeure toujours agréable à suivre. Et pour enfoncer le clou, je vais sortir la comparaison que tous les cinéphiles vaccinés s’extasient à ressortir : El Topo. El Topo, inutile de revenir sur son discours métaphysique, il est d’une richesse à en pleurer (quoique c’est parfois (souvent) juste un délire de drogué flamboyant qui explose les repères). Mais son visionnage est tout sauf agréable ! La bande son et les musiques sont insupportables, et si ses visions psychédéliques à petit budget explosent la rétine, c’est aussi raffiné que de la méditation au marteau piqueur. Blueberry a un sens de la transition, un sens de la narration, une façon de lisser chacun de ses aspects qui le rend particulièrement agréable à suivre. Avec pour contrepartie une certaine tendance à endormir le spectateur. Un peu dur de le nier, entre l’enfance de Blueberry et l’arrivée dans les montagnes sacrées, il ne se passe pas grand-chose. Et pour épaissir sa sauce, Kounen décrit alors le contexte, amenant le petit thème secondaire de la compassion pour le sort des indiens et les différentes quêtes métaphysiques (ou matérialistes) des personnages. C’est toujours la ruée vers l’or, mais l’or a changé ici, la Conscience remplace le coffre fort de dollars. Si Kounen soigne beaucoup sa facture esthétique, il innove plutôt dans ses approches très new age métaphysiques, qui appellent à un premier degré un peu naïf. Un peu naïf, car sa structure et ses protagonistes tiennent tous du cliché en mode exercice de style, mais qui sait garder sa cohérence jusque dans les design visuels des hallucinations finales. En cela, j’ai du mal à comprendre les reproches lui étant régulièrement fait (le premier étant d’avoir rajouté « Blueberry » devant le vrai titre du film). Pourquoi est-il taxé sommairement de délire de drogué alors que d’autres moins agréables (je pense maintenant au Yellow submarine des Beatles (que j’avais aimé lors de la découverte, j’ai depuis vu des OFNI bien plus consistant que ce trip sous acide)) se retrouvent aujourd’hui avec une réputation culte. On se trouve devant un cas de film mésestimé (il n’a jamais cherché à copier Jodorowsky, les montagnes sacrées sont la seule allusion qu’on puisse y voir, les identités visuelles et structurelles d’El Topo étant incompatibles), qui tente réellement de communiquer une expérience inédite au spectateur, quelque soit ses aspects. En termes d’immersion dans un univers atypique, L’expérience secrète est, avec les films de Gaspar Noé, une expérience de trip cinématographique à part entière, manquant de fond, mais d’une forme irréprochable (après, ce sont les goûts qui rentrent en jeu).

 

4/6


2004
de Jan Kounen
avec Vincent Cassel, Tchéky Karyo

 

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

gerard 19/06/2014 02:42

J'ai adore depuis mon enfance la b.d "Blueberry' je suivais les aventures de ce heros pas comme les autres dans le journal "Pilote ' des les annees 60 ! J'ai ete decu par le film qui s'adresse
plutot a un public plus averti ( n'a t'il pas ete interdit aux moins de 16 ans a sa sortie ?) et non a des gosses ! Je suis d'accord pour le western spaghetti "Le Specialiste ' un navet , le plus
mauvais film de Corbucci certainement et Johnny qui se prend pour Eastwood ou Franco Nero !... Meme le western comique made in Italy , un mythe de la b.d "Lucky Luke ' m'a fortement decu , bien que
l'acteur Terence Hill incarne le cow boy qui tire plus vite que son ombre !mon avis Cassel n'est pas pire que Halliday , loin de la meme s'il laisse a desirer !

voracinephile 24/06/2014 00:04



Oh, un amateur de la bande dessinée ! Content de l'apprendre, mais je sais qu'un comparatif sera inutile tant les matériaux sont éloignés. Quelle est l'essence de cette bd en revanche ? Qu'est-ce
qui fait le style de Blueberry, dans son histoire ?



Kapalsky 12/06/2014 09:24

J'ai en effet encore le souvenir du duel psychique final, quelle après-midi fun à regard ce trip sur Canal +. Pas un grand film certes, et une adaptation pour le moins...spéciale, mais sa note
d'intention est intéressante, au moins pour tous ceux qui ne connaissent pas l'expérience de fumer du chanvre jusqu'à en voir des fantômes. :)

voracinephile 23/06/2014 23:14



^^ C'est l'avantage des films de Kounen ou de Noé, pas besoin de prendre des stupéfiants pour en voir de toutes les couleurs. Même si son premier degré confine à une certaine naïveté, c'est tout
à fait honnêtement que Kounen fait son projet, sans cherhcer la prétention.



borat8 05/06/2014 21:12

Déjà rien que le début à Venise avec les mousquetaires qui font du kung fu ou D'Artagnan qui drague tout en foutant sur la gueule de tocards annoncent la couleur!

borat8 02/06/2014 16:58

Tu me diras je me tape tellement d'immondices sur la TNT... Preuve en est je me suis tapé le mois dernier Les trois mousquetaires de Paul WS Anderson.

voracinephile 05/06/2014 17:00



Ouch ! Les 3 mousquetaires, la direction artistique me semblait potable au début, mais une fois qu'on se lance dans l'action et que les dirigeables arrivent, c'est fini, on rigole sans
s'arrêter... Et on s'ennuit un poil avant, quand même.



Roggy 01/06/2014 21:12

Vu en salle à sa sortie et je dois dire que je n'ai pas détesté (merci de ne pas me cracher dessus :)). Il faut le voir comme un gros trip sous acide chamanique (Jan Kounen trempe allègrement
là-dedans) avec cette scène hallucinante de 10 mn de voyage cosmique. Plus récemment, j'y ai pensé en voyant le très beau "Vinyan" (pas de pierres non plus...).

voracinephile 02/06/2014 13:07



Ce ne sera pas moi qui te cracherai dessus, bienvenue au club (même si je l'ai découvert en dvd pour ma part). Et je ne peux qu'aquiescer devant cet éloge de Vinyan, que je préfère largement à
Blueberry. Du Weltz a obtenu un résultat merveilleux question ambiance et impressions, j'avoue avoir fait un voyage formidable en compagnie d'Emmanuelle Béart...



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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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