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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 17:25

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Un cas cinématographique très intéressant aujourd’hui, puisque j’aborde un projet de commande confié à Abel Ferarra : le remake de Body Snatcher. Ce film est donc un remake, qui s’inspire de deux films appelés L’invasion des profanateurs de sépultures. Il y a la version originale des années 50, l’autre est le remake de 1976. C’est souvent cette version qui est retenue, pour son ambition, son magnifique casting (Goldblum, Sutherland…) et son final nihiliste. Le remake de Ferarra est souvent laissé de côté, et pour cause, il ne joue pas dans la même cour. Alors que ses aînés donnent dans la SF parano et le thriller, se préoccupant de l’ambiance plus que du rythme en réduisant les effets spéciaux au minimum, Abel Ferarra attaque son sujet comme celui d’une série B, en prenant des ingrédients classiques pour faire monter la sauce à sa façon, et d’une certaine manière devenir le meilleur film de la saga.

L’histoire : chargé d’assainir un dépôt de produits chimiques dans une base militaire, un scientifique emménage avec sa famille dans la base de Fort Daly. Alors qu’il s’acquitte de son travail, sa fille note des évènements de plus en plus étranges en ville.

 

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que contrairement à ses modèles qui voyaient les choses en grand en filmant carrément des foules au regard inexpressif se déplaçant en ville, Body Snatcher rompt avec ces foules contaminées pour donner dans un huis clos tendu (la base militaire) et plus discret que les précédentes invasions. Usant d’une photographie orange et chaleureuse qui rompt une fois encore avec la froideur de ses prédécesseurs, Body Snatchers plante des personnages simples et identifiables assez facilement. Le père scientifique, la mère un peu froide (mais elle ne nous intéresse pas, et elle sera d’ailleurs l’une des premières transformées), la fille rebelle mais pas agaçante, et le petit frère. Alors que nos personnages arrivent, le processus de contamination de la population est déjà en cours. Ce qui permet à Abel de faire monter la sauce par l’intermédiaire de détails éphémères mais glaçant de conformisme. Le plus efficace doit être l’exercice de dessin des enfants, magnifique séquence où le malaise est effrayant d’efficacité, accompagné d’un carrousel grinçant des plus suggestifs. L’intrigue se développe, plantant un personnage de jeune soldat dragueur, mais charismatique. Pour le coup, la séquence du jeu de doigts est une véritable prouesse, car en plus d’utiliser un truc très série B pour remplir les dialogues, il y a une véritable dimension de profondeur et de sincérité qui émane des personnages pendant cette séquence. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’amour surgit presque immédiatement après, tant la densité émotionnelle du moment est palpable. C’est alors que la paranoïa revient à la charge, jusqu’au déclenchement de la traque de notre famille, pourchassée véritablement par toute la ville. Rapidement, et avec une efficacité effrayante, Body Snatcher devient involontairement le meilleur rip off de The Thing. Reprenant à son compte ce sentiment de paranoïa et cette impossibilité de se fier aux autres, il exploite habilement ce doute omniprésent, et inversement, accentue considérablement la traque des survivants par l’intermédiaire de pièges visant à révéler les sentiments de nos protagonistes. Chaque dialogue avec un contaminé devient alors périlleux, à double tranchant. En termes d’effets spéciaux, cet épisode est également celui qui filme le plus le processus de « copie » des humains. Oubliant complètement les fleurs des premiers films, les végétaux ont ici un look marécageux, étendant leurs racines vers les victimes endormies pour synthétiser un double à l’identique pompant l’essence de vie de son modèle humain. Des maquillages efficaces et vraiment de série B, qui viennent augmenter le capital sympathie du tout. Il est bon de noter qu’à l’exception de la chute finale d’un protagoniste de l’hélicoptère (effet qui a très mal vieilli, il faut le dire), aucun effet spécial n’a vieilli, et même après ces années, le film non plus n’a pas pris une ride (alors que l’original des années 50 et sa métaphore du communisme accusent le coup quand même (sans vraiment que ça lui nuise, mais le lien avec la réalité est coupé aujourd’hui)). Se montrant revanchard dans un épilogue inattendu (loin du pessimisme des originaux, ce remake se lance dans le combat avec la vengeance dans le cœur), Body Snatcher proteste une fois encore de ses intentions de s’émanciper, et grand bien lui en prend, puisqu’avec son dynamisme et son angle d’attaque tout à fait approprié, il nous délivre le divertissement qu’on était tout à fait en droit d’attendre. Un petit miracle méconnu.

 

5/6


1993
de Abel Ferrara
avec Terry Kinney, Meg Tilly

 

http://2.bp.blogspot.com/-xfgE8BRfSiw/UMlIqUHrAdI/AAAAAAAAKNU/462I2TGEDuU/s1600/bodysnatcherstilly.jpg

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commentaires

borat8 04/04/2013 18:09

Surtout que depuis quelques années, Corman n'a lancé que des tâcherons.

nicos31 04/04/2013 10:55

Bien que préférant les deux précédentes version j'aime beaucoup celle de Ferrara aussi... en tout cas c'est une version très spéciale que j'aime beaucoup...

voracinephile 04/04/2013 17:58



^^ Les deux premières versions auront toujours la côte, je pense... Probablement parce qu'elles sont ambitieuses toutes les deux, que la première a l'originalité et la seconde y allie une
excellente réalisation et qu'elle détaille mieux l'invasion. La troisième sent un peu la redite, mais au contraire, je trouve qu'elle repense très bien le sujet, en s'accordant une marge
distrayante bienvenue. Une excellente série B, qui se révèle à mon goût un angle assez pertinent pour un tel sujet...



borat8 04/04/2013 00:08

D'ailleurs il veut monter des remakes de ses adaptations de Poe.

voracinephile 04/04/2013 11:54



Je ne dis pas non. Mais il faut espérer que le nanar n'a pas perverti ses goûts artistiques...



borat8 03/04/2013 20:46

Tu m'étonne! Quand Roger fait des trucs pour Syfy, on sait à quoi s'en tenir. A la liste, on retrouve quand même des machins comme Dinocroc ou Supergator!

voracinephile 03/04/2013 23:17



Ouch, Dinocroc, c'était mauvais ! Très dommage que le papy Corman ne se lance plus dans les oeuvres gothiques dont il avait le secret, mais dans la case nanar, il se pose là... Ah, the Unborn 2,
qu'est ce que c'était pourri !



borat8 03/04/2013 00:14

Et encore ce n'est pas Sharktopus!

voracinephile 03/04/2013 20:23



Oh, Sharktopuss, c'était marrant tellement c'était nul ! Je me rappelle que durant la séance projection de Attack of the Killer Weed que j'avais organisé à ma fac, j'avais diffusé sa bande
annonce... Elle avait eu du succès !



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