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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:47

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L’univers de Terry Gilliam, parsemé d’absurde, est un angle parfait pour aborder certains aspects de la société en se donnant un air artistique et novateur. Avec des univers aussi riche, chaque tentative, aussi bancale soit-elle (the fisher king), peut prendre des atours touchants. Et avec Brazil, Terry nous livre un de ses meilleurs films (avec Les aventures du baron et L’armée des 12 singes, Sacré Graal étant très en deçà de ces chefs d’œuvres). La dictature dans ce qu’elle a de plus extrême et de plus absurde, voilà une œuvre qui n’a pas manqué de séduire, et qui malgré son coup de vieux (l’intrigue est sensée se passer au XXème siècle) continue de fasciner.

L’histoire : Sam Laori, employé au service des archives du gouvernement, tente de rectifier une erreur de paperasse, qui s’aggrave à chaque nouvelle tentative. Parallèlement, il s’intéresse au sort d’une résistante qu’il aperçoit fréquemment dans ses rêves.

 

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Avec Brazil, Gilliam nous refait clairement 1984 (en utilisant des codes très semblables à l’adaptation de Michael Ratford, comme la tentative de fuite dans un paysage naturel), mais à une sauce délicieusement ironique, qui à force d’insister sur des détails multiples, finit par délivrer clairement ses intentions sur les dérives d’une société, qui derrière sa façade ironique, cache des idées abjectes, mais pas si absurdes que ça. L’exemple des frais de dossiers imposés aux criminels (où chaque suspect paye son interrogatoire et ses frais de dossier et de détention) en est le plus bel exemple, les arguments avancés étant logiques (la société n’a pas à payer pour ses criminels), mais totalement inhumaine (l’erreur judiciaire du film). Pendant que des attentats terroristes déchirent la ville depuis plusieurs années, un spot publicitaire vante les mérites de conduits de chauffage totalement inesthétiques, qui scarifiront chaque lieu de bon goût que nous serons amené à visiter. Les statues se donnent un air moderne et dur (les poses sont carrément propagandistes) pendant qu’on incite à la délation d’amis par le biais d’affiches. De constants décalages, pleins d’humour, mais qui exploitent à fond l’atrocité de la situation et cela à tous les niveaux. Le gag du condamné qui tente de s’enfuir alors qu’il a la tête dans un sac et qui se cogne à côté de la porte de sortie est un gag qui fait clairement rire jaune, et le film est en constante surenchère de décalage. Derrière le ton bon enfant de l’histoire, la société déshumanisée règne, jusque dans la personne du héros, qui se montre d’une condescendance assez scandaleuse lors de la scène de remise du chèque. Dénonçant à tous les niveaux (la chirurgie esthétique avec la mère, l’absence totale de prise de risque avec le patron qui fait signer tous ses documents par Laori, la déresponsabilisation avec le collègue de Laori, qui se révèle bien pire que les bourreaux de Martyrs…), Brazil, derrière ses airs de bonne comédies, se révèle être un brûlot provoquant et très énervé, qui taillade à peu près tout ce qui passe à sa portée. Tel ce camion traversant un désert de déchets sur une autoroute bordée de publicité montrant de belles étendues sauvages, le spectateur voit la surface de cette société en sentant bien la puanteur qui se cache derrière, et cela jusqu’au traumatisme final (qui égale en intensité celui de 1984), qui laissera un goût amer dans la bouche, ce dernier gag n’ayant pour ainsi dire rien de drôle. Jusqu’auboutiste, passionnant et d’une générosité sans borne, le film de Gilliam a de quoi séduire par bien des aspects, malgré un rythme qui traîne parfois un peu la patte. Toujours absurde (un genre qu’il faut donc aimer pour pouvoir pleinement apprécier l’œuvre), ce film se regarde toujours avec un plaisir immodéré, et offrira son lot de symbole forts (ma scène préférée reste celle où des employés en combinaison étanche jouent au volley dans une centrale pétrochimique polluée au dernier degré). Subversif et attachant, le chef d’œuvre n’est pas loin…

 

5.5/6

 

de Terry Gilliam
avec Jonathan Pryce, Robert De Niro

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commentaires

Vince12 18/04/2012 14:36

Clair que Monty Python est bordelique mais comme tu le dis lma scène du français. Perso j'adore aussi l'ouverture, le combat avec le chevalier, Le mec qui court pendant une heure vert le chateau
alors que sur 6 ou 7 plans il est toujours au même endroit y'en a vraiment plein. J'ai vu aussi la vie de Brian qui est énorme mais je préfère tout de même Sacré Graal.

voracinephile 18/04/2012 21:16



You lucky bastard !



Vince12 17/04/2012 08:14

Je l'avaez vu dans mon enfance mais je m'en souviens plus. Sinon de Gilliam je suis aussi adepte de Monty Python

voracinephile 17/04/2012 19:41



Ah, cette référence revient souvent. Monty Python, c'est clair que c'est culte (rien que les Français, je les adore). Mais je trouve l'ensemble trop nawak, trop bordélique, trop non-sensique. Je
lui préfère largement La vie de Brian, qui m'a fait beaucoup plus rire. Ou encore Jabberwocky, chroniqué sur ce blog. Ce côté complètement what the fuck du cinéma de Gilliam, j'ai parfois du mal
à y accrocher, même si j'ai tout à fait saisi le concept. C'est comme pour Las Vegas Parano, c'est un trip dans lequel je ne suis pas rentré.



Vince12 16/04/2012 10:06

Sacré film que ce Brazil. Mais à titre personnel de Gilliam je préfère L'armée des 12 singes. Mais faut reconnaître que Brazil est sans doute son chef d’œuvre.

voracinephile 16/04/2012 22:24



Pour moi, son chef d'oeuvre reste Brazil, avec juste après l'armée des 12... Un merveilleux réquisitoire sur la modernisation de l'information et sur la dictature des chiffres. Un 1984 sous acide
au final aussi traumatisant que celui du film de Radford. Après, mon préféré de Gilliam reste Les aventures du baron de Munchausen (monument de mon enfance merveilleusement recyclé par la bande
dessinée De Cape et de Crocs).



Alice In Oliver 26/09/2011 13:23


oui, on pourrait le voir comme une adaptation assez libre du roman de G. Orwell.


voracinephile 27/09/2011 13:22



C'est en tout cas le premier exemple qui me vient à l'esprit (même si le pessimisme n'intervient qu'à la toute fin de Brazil).



Alice In Oliver 26/09/2011 11:06


probablement le chef d'oeuvre de Terry Gilliam qui réalise un film OFNI, à la fois poètique, mélanxolique et terrifiant.


voracinephile 26/09/2011 12:12



^^ Un film culte, c'est sûr. Mais quand on regarde l'adaptation de 1984 de Michael Radford, on retrouvge de grosses similitudes... Radford aborde la dictature sous l'angle du pessimisme (comme le
livre), Gilliam le fait sous l'angle de l'absurde. Intéressante façon de procéder, mais la surprise n'était pas vraiment là (c'est le reproche qu'on peut faire à Gilliam : il surprend par ses
détails mais on connaît sa trame de fond).



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