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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 15:13

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Reprise du cercle Larry Clark avec la découverte aussi inattendue (un dvd au marché aux puces paumé entre Baby sittor et Banlieue 13 (que j’ai également acheté, pour faire croire que je suis normal)) que foudroyante, puisque Bully passe en tête de mon classement Larry Clark, soit devant Ken park qui était mon préféré jusqu’à lors. Bully, c’est la descente aux enfers d’une bande d’ado isolés dans leur quartier et cohabitant tant bien que mal, avec les habitudes et les dérives que cela provoque. Impossible d’échapper aux contacts quotidiens avec les mêmes gens, et les frustrations qui s’accumulent créent peu à peu des tensions qui explosent dans un final amoral complètement survolté. Gros uppercut filmique.

L’histoire : Bobbie et Marty sont amis depuis plusieurs années. Enfin, ami signifie que Marty s’est attaché à Bobbie, qui le traite autant comme un soufre douleur que comme un ami (en gros, selon ce qui l’arrange). La situation se corse quand Marty réussit à entamer une relation avec Lisa, une fille de son quartier.

 

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Bully se divise clairement en deux parties. Il y a d’abord la première moitié, qui dresse un portrait de tous les adolescents que nous allons côtoyer pendant le film. C’est le côté très Larry Clark, puisque nous retrouvons ainsi l’atmosphère étouffante de Ken Park, apothéose des portraits selon cet auteur. On décrit en détail la relation qui unit Marty et Bobbie, à savoir cette fausse amitié où Bobbie tyrannise son compagnon tout en y étant attaché. Marty s’est quant à lui habitué à la situation, et la récente conquête d’une petite le pousse peu à peu à s’émanciper, d’où un tempérament de plus en plus nerveux. Les portraits, toujours trash par essence, prennent davantage d’épaisseur quand Bobbie commence à manifester des attirances ambigües, notamment pour son fantasme sur un porno gay amateur, et pour la troublante séquence où il force Marty à faire un strip tease dans une boite gay pour récupérer du fric (en apparence, mais la conversation qui suivra dans la voiture est particulièrement révélatrice). Bobbie est donc l’étudiant trash en perte de repères, qui fait usage de violence sur ses pairs pour parvenir à ses fins, Marty est un sportif médiocre en cours qui commence à réclamer son indépendance. La grossesse de sa copine est un phénomène déclencheur évident, malgré le rejet immédiat, il semble évident que cet évènement soude au final davantage ce jeune couple. Et c’est là que s’amorce la seconde partie du film, terrifiante. En effet, suite aux frasques de Bobbie auprès de plusieurs personnes (dont un viol, mais les circonstances sont troubles, preuve une fois encore de la finesse des portraits de Larry Clark), la bande de jeunes que nous fréquentons depuis le début du film émet alors le projet d’assassiner Bobbie. Pour le bien de tous en somme. Si l’idée semble inconcevable, la façon dont elle est amenée, graduellement, est effrayante de réalisme. D’abord par ouverture d’esprit, puis par curiosité et irresponsabilité (chacun ne cesse de se décharger de son implication sur son collègue), le plan se forme, prenant des airs de complots pendant que la bande ne cesse d’inviter Bobbie afin de trouver une opportunité. Puis a lieu le meurtre en question, digne de The Manson Family. Et la chute continue, avec les craintes paranoïaques que chacun se met à développer dans son coin, aux alibis qui se créent en dépit de la logique, aux petits détails qui font psychotter. Bref, tout ce petit monde s’entre-déchire jusqu’à la première dénonciation, à partir de laquelle tout le monde chute. La meilleure scène à en retenir reste probablement celle de la conclusion, où réunis sur le banc des accusés, tous les ados se rejettent encore la culpabilité les uns sur les autres, devant une audience abasourdie. Du bousillage de vie de premier plan, aussi cru que merveilleusement dépeint, pour ce qui doit être le film le plus hargneux de Larry Clark (pas le plus violent, mais l’un des plus jusqu’auboutistes). Une claque phénoménale.

 

5,5/6


2001
de Larry Clark
avec Brad Renfro, Nick Stahl

 

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commentaires

alice in oliver 17/05/2013 16:34

en effet, un film choc et coup de poing qui délivre l'uppercut annoncé

voracinephile 20/05/2013 22:35



M'attendait pas à un tel électrochoc ! Une vraie surprise !



Vince12 16/05/2013 20:33

Le style ne me gêne pas mais en fait j'en ferai pas un de mes films cultes quoi. Je le trouve bien sans en être amoureux

Vince12 16/05/2013 19:38

Non non c'est très bien foutu, mais voilà quoi ça me fait pas non plus rêver mais ça reste un sacré film choc.

voracinephile 16/05/2013 20:20



C'est donc le style Larry Clark dans l'ensemble... Je ne suis pas tellement surpris, son cinéma a un climat assez particulier.



princécranoir 16/05/2013 19:28

Même claque pour moi. C'est le film qui m'a réconcilié avec Larry Clark (pas vraiment convaincu par "Kids" mais ça doit être à cause de cet escroc de Korine). Je me souviens particulièrement de
cette mise en scène très habile qui situe presque tout le temps hors champ les adultes, laissant les jeunes en roue libre, et de ce gamin fasciné par la circulation d'un joint parmi les aînés.
L'éducation a changé de camp.

voracinephile 16/05/2013 20:12



Totalement d'accord, on sent beaucoup l'effacement des adultes, qui limitent leur autorité à quelques interventions ponctuelles et brèves... Bully brode des portraits aussi denses que Ken Park,
mais il se paye le luxe de les faire converger vers quelque chose. Un coup d'éclat pour ma part, je n'en attendais pas autant de Larry Clark...



Vince12 16/05/2013 18:59

Film choc en effet mais perso je n'en suis pas fou.

voracinephile 16/05/2013 19:11



Ah, pourquoi donc ? C'est le style Larry Clark, ou autre chose ? Perso, je trouve le contexte magnifiquement planté et les personnages merveilleux de crédibilité.



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