Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 12:45

Byzantium_Affiche-2.jpg

 

Avec Byzantium, Neil Jordan revient au genre vampirique, avec lequel il avait enfanté du mémorable Entretien avec un vampire. Ici, il est soucieux de se démarquer de son précédent travail, tout en gardant le classicisme qu’il affichait dans son approche du mythe. En résulte un spectacle plutôt équilibré et avec sa propre identité, tout en ménageant quelques effets de surprise qui assurent un bon intérêt à cette aventure fantastique.

L’histoire : Clara et Eleanor, mère et fille ayant abandonné leur âme pour des griffes et une vie éternelle, se font passer pour des sœurs en survivant dans la rue. Alors qu’Eleanor ne tue que ceux qui acceptent de mourir après s’être confiée à eux, Clara se prostitue et se nourrit des rebus de la société…

 

Byzantium1_2576747b.jpg

 

Ce qui est assez intéressant avec Byzantium, c’est le soin qu’il a mis à faire preuve d’un grand classicisme dans sa mise en scène et dans la caractérisation de ses personnages. Ses approches sont claires, l’arrivée des thématiques concernant chacune de nos vampires limpides (besoin de se confier pour l’une, nécessité de se cacher pour l’autre), et l’esthétique très différente de celle d’Entretien avec un vampire. A la reconstitution d’époque se substitue une esthétique très géométrique, très axée sur la symétrie (affirmant le classicisme aussi dans la forme), et une recherche esthétique assez variée question couleur. Une certaine hétérogénéité des différents lieux parcourus (le byzantium, la fête foraine, la promenade, le sanctuaire…) assure le dépaysement, et les nombreux détails que le film se plaît à souligner façonnent un univers dont on découvre les codes, qui s’assimilent sans incohérences. Les vampires n’ont plus de crocs, mais un pouce griffu mortel, et la morsure des buveurs de sang est mortelle pour l’homme lambda. Beaucoup de détails (concernant l’organisation des vampires notamment) et une gestion intéressante du passé de nos héroïnes (narrés par des flashs backs habilement mêlés au récit via des transitions bien étudiées (nouvelle preuve d’une certaine virtuosité de la réalisation)) confèrent de solides qualités qui font le ciment du film, qui trouve un bon équilibre entre le récit de vie de la famille et leur fuite dans le présent. Autre point positif, le film développe tous ce qui s’offre à lui. Les aspirations d’Eleanor à se livrer qui la conduisent à s’attacher à un adolescent torturé et chétif, et le passé de la mère qui lui impose le jeu de mensonge qu’elle mène continuellement et la fuite sans cesse reprise. Sans laisser d’espace, il développe tout d’une traite, et se digère donc comme un projet unique. Enfin, l’ambiance de certaines séquences (l’île du sanctuaire, quasi lovecraftienne, le clinquant des néons côtoyant le glauque de la nuit…) achève de donner de l’ampleur au fantastique, qui joue finalement assez bien sur la surprise et l’imprévisibilité de l’évolution du récit. En somme, c’est le récit classique qui est naturellement original, sans esbrouffe.

Le véritable point négatif de Byzantium, c’est que nous ne nous sentirons jamais très près de nos protagonistes. Nous sommes en mesure de les comprendre, de saisir leurs motivations et donc de « compatir », mais cela n’ira jamais au-delà. Le classicisme a ici le prix d’une certaine désincarnation, une froideur qui implique beaucoup moins (surtout après une (re)découverte comme Morse), avec ce que ça implique. Néanmoins, la rareté de ce genre de projet dans le cinéma actuel et l’échec commercial totalement injuste qui a suivi sa sortie incitent à noter l’effort, et à apprécier les honnêtes qualités d’un film qui a le potentiel d’un petit classique du genre.

 

4,8/6


2012
de Neil Jordan
avec Saoirse Ronan, Gemma Arterton

 

nyzanthium2013_img9.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Vince12 06/03/2014 08:27

Je ne peux plus poster Klaus agresse mes posts !

Vince12 05/03/2014 09:49

Pourquoi pas ...
Sinon James Werner Herzog m'a dit que tu allait avoir plein de problèmes ! Avoir choisi Klaus en tête de blog, il va te mener la vie dure le bougre !
Herzog m'a dit que tu le contacte pour tout soutien moral.

voracinephile 05/03/2014 13:03



Oh, je sais qu'il faut le menacer avec un flingue pour qu'il accepte de jouer une scène. Je gage qu'en le menaçant avec un couteau, il se contentera de poster simplement un commentaire. Quant à
Herzog, j'en profiterai pour lui reparler de Grizzly Man.



princécranoir 03/03/2014 11:26

Il faut que je fasse l'impasse sur le Mad DVD de ce mois-là pour apprendre ensuite qu'il s'agissait d'un très bon cru. Ton commentaire me fait amèrement regretter mon erreur.

voracinephile 03/03/2014 13:20



C'est effectivement regrettable, il s'agit d'un bon investissement dans le domaine du fantastique. Un rattrapage à prévoir, tu apprécieras le retour aux sources.



borat8 02/03/2014 13:46

Et il y a déjà les affiches dans les gares. ça ne devrait pas tarder... à se planter!

Laurent 02/03/2014 10:37

Vu tout récemment, ce film aurait amplement mérité une vraie sortie. Une très belle esthétique (je ne parle pas que de ses héroïnes), une approche originale : j'ai été séduit (voire mordu
;-)...)
Bel article, très chouette blog aussi !

voracinephile 02/03/2014 13:16



Merci pour ces compliments, Laurent. Vu tous les bons échos que j'ai de ce film, j'ai de plus en plus de mal à croire qu'il ait fait un bide pareil... La campagne de comm a dû être sacrément
nulle pour couler à ce point un pareil film.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche