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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 16:37

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Il existe un monument de peur enfantine oublié, aussi sincère dans les intentions que Michael Bay avec Transformers 2 et aussi fin qu’un Massacre à la tronçonneuse 3D dans l’utilisation des effets de peur, qui a probablement fait se planquer tous les mômes derrière les fauteuils pendant les années 90. Il s’agit de la saga Chair de poule. Couverture inoubliable nous ressortant les clichés les plus éculés du fantastique discount, Chair de poule est une saga unilatérale rédigée par R. L. Stine, américain ayant compris que les frissons bon marché font bien vendre dans les rayons jeunesse (et qu’il forme ainsi des émules, mes premiers essais littéraires allaient dans ce sens, et un de ses concurrents a remporté le prix du meilleur livre d’horreur pour enfant de ma collec : Panique à la cantine). Pendant les années 90, le phénomène prend une ampleur monstre ! On se les arrache en librairie à chaque nouvelle parution, les cours de récré en sont truffées, on en trouve même jusque dans les cadeaux des menus enfants des fast food. Dans de telles conditions, il est normal qu’une série télé soit mis en branle dans la sainte mère patrie du dollar, et qu’elle vienne abreuver les millions de futurs consommateurs d’épisodes faisant frissonner, mais pas trop (et entrecoupés de coupure pub pour relâcher la pression et faire acheter des Snickers® ou la dernière voiture télécommandée Hot Wheels®). Et ils avaient du pognon pour faire ça ? Bien sûr que non ! Pourquoi on leur aurait donné du pognon si c’est pour les gosses ?

L’histoire : des adaptations plus ou moins fidèles des écrits de R.L. Stine, parfois présentés par ce dernier en personne, qui s’humilie (et touche son chèque) en assurant la filiation entre son travail d’écrivain convenu mais prolifique et ces…trucs qui servent d’épisode.

 

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On a fait péter le budget sur cette scène : on a acheté Paint !

 

Ah, il n’y avait que le revisionnage de ces vieux épisodes de chair de poule qui pouvait provoquer de pareilles sensations. Toute l’ivresse d’une époque enfermée dans un écrin aussi surdimensionné, aussi malade, aussi décomplexé… La série, par un manque de budget intégral, réussit d’une façon virtuose à cumuler toutes les imperfections du style de Stine (prénoms américanisants avec un accent français parfait, coup de stress nanars de fin de chapitre, blagues pas drôles et une morale complètement neuneu sur l’Amour plus fort que tout) en les subjuguant avec tout l’amateurisme de la confection de la série. Les acteurs sont intégralement mauvais, quel que soit l’épisode que l’on commence. Les effets spéciaux tiennent avec des bouts de ficelle (on les voit parfois d’ailleurs), la musique est si appuyée qu’on en vient à rire, et le cadreur s’amuse à pencher la caméra presque à chaque fois qu’un procédé horrifique est mis en scène. En fait, comment Chair de Poule s’y prend pour faire peur, mais pas trop ? C’est en caricaturant tous les procédés du genre horrifique. Tout y est excessif, surjoué, appuyé tellement fort qu’il en devient presque inoffensif (d’autant plus que toute violence est évacuée du récit (pas de sang) et que la menace est souvent en hors champ, ou réduite au néant par un procédé frauduleux (je pense par exemple à l’épisode « La colo de tous les dangers », où une espèce de grosse bête tape sur la porte pendant que les enfants se cachent sous les couvertures. Puis silence, gros plan de la poignée qui commence à tourner, on a peur… Coupure pub, puis re la poignée qui retourne, et là un chef de colo entre en disant « Mais qu’est-ce qui fait tout ce boucan ? »). Et c’est constamment ce genre de procédé qui est ressorti, amplifié, exagéré, quelles que soient les thématiques abordées par l’épisode en question.

 

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Le pantin maléfique, autre grand classique de la saga...

 

Celui du masque hanté, le pilote de la saga (présenté par Stine qui spoile déjà la fin en disant que l’amour triomphe de tout), est à ce titre une merveille dans son genre, un parfait coup d’envoi du programme. Une gamine sursaute dès qu’on lui une blague, et Steevie et Andrew en profitent bien en la faisant passer pour une peureuse devant toute sa classe. Bien résolue à leur rendre la monnaie de leurs pièces, elle se rend dans la boutique la plus mal famée de son village (cherchez bien, y en a toujours une) pour y trouver un masque vraiment effrayant. Le vendeur terrifiant lui demande pourquoi. « Parce que… je… je veux faire peur à toute la classe qui se moque de moi ! » « Aaah… Tu veux… te VENGER ! » . A chair de Poule, on aime bien mettre les petits plats dans les grands ! Et une fois le masque hanté volé, le vieux, plutôt que de poursuivre la gamine, décide de fermer purement et simplement la boutique… Mais c’est génial, des réactions aussi illogiques ! Et quand le masque est enfin mis en place (avec l’utilisation abusive du plan à la Halloween avec les trous du masque), notre gamine se livre à de la délinquance juvénile en écrasant les citrouilles des voisins, en faisant peur aux petits enfants et en lançant des insultes (mais attention, comme la censure ne laisse pas passer la vulgarité, on a droit à du « vous êtes laids comme des vers de terre ! Ha ha ha ! » « Noooon ! Tu es méchante ! »). Elle a le diable au corps, cette petite, ce sont là les sentiers de la perdition ! Et c’est toujours cet excès qui fait finalement le charme de la saga, quelque soit l’épisode entamé. Peu importe le ratage de l’ensemble, l’esprit est là, et malgré le commercial on parvient à y trouver son compte (surtout que dans le registre du nanar, la série a de sérieuses prédispositions…). Un dernier mot sur un de mes épisodes préférés : sang de monstre. Il s’agit d’une version enfantine du Blob de Chuck Russel, mais avec 1000 dollars de budget. Résultat : même Beware The Blob est plus impressionnant ! La créature, un chewing gum vert, est complètement ratée et provoque des éclats de rire à chaque apparition tant les incrustations numériques à la windows movie maker peinent à avoir une quelconque cohérence. Quant aux enfants, ils tentent de planquer la chose qui grandit sans arrêt à une mamie psychotique qui semble incapable de faire dans la finesse. Mais le mieux, c’est quand une méchante sorcière fait sont apparition. On se croirait tout droit revenu à l’époque d’Ed Wood ! Costume ringard, effets spéciaux monstrueux, on s’étoufferait avec nos tartines de nutella®. Et la suite, qui se déroule dans un avion, met les bouchées doubles ! Aspiration par la cuvette des toilettes, invasion de la soute à bagage (en faisant trembler l’avion, provoquant l’inquiétude du pilote) et aspiration complète de l’équipage sauf de nos gamins (sans doute parce qu’ils sont plus petits que les adultes). Et pour vaincre le monstre, ils lui lancent des plateaux repas afin qu’il fasse une indigestion… Mais what ? Et on vous promet un rebondissement à tomber par terre, avec tout le monde qui finit sain et sauf. On termine sur le dénouement du sketch « Sous sol interdit » (autre référence incontournable de Chair de Poule, mes préférés sont Terreur sous l’évier, sang de monstre et Les vers contre-attaquent), où notre héroïne, après mainte péripéties, se penche sur un pot de bégonias pour les arroser, alors que ces dernières se mettent à lui parler… Et pour tout trucage, la fleur s’agite un peu. On imagine sans peine l’accessoiriste avançant légèrement sa main en hors champ pour agiter chaque fleur prenant la parole. C’est sur ce genre de bricolage que Chair de poule parvient à bâtir son capital sympathie, à la fois par un sens de la débrouille obligatoire vu la faiblesse du budget (l’épisode qui tiendra le plus la route sera La tour de la terreur et sa reconstitution d’époque kitch (avec des bâtiments avec des lampes électriques qu’on voit par les fenêtres…)) et par la nanardise de l’ensemble, dont la naïveté crasse finirait presque par nous convaincre de l’honnêteté de l’initiative première. Un monument de nostalgie…

 

3/6


1995
avec Laura Vandervoort

 

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Mon Dieu ! La momie ! Elle est vivante !!

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commentaires

borat8 24/10/2013 20:55

Ah oui je m'en souviens très bien, tu étais tellement beau que tu n'as toujours pas changé la photo!lol Une copine a carrément fait Dark Maul et un copain avait la même tête que Johnny Depp dans
The Lone Ranger. Il y avait même l'oiseau!

Kapalsky 24/10/2013 18:02

Aaah, "Chair de Poule"... le Stephen King pour les mioches
Avec "Avec "Fais-moi peur!" c'était un peu la version cheap des films hardcores qu'on ne pouvait pas se mater en VHS.

Au fait, Sera t-il possible de lire "Peur à la Cantine"?

voracinephile 24/10/2013 20:09



^^ Panique à la cantine est trouvable sur internet ^^ Tu peux le commander pour 1,5 euros sur priceminister ou amazon, et tu auras un trésor de régression enfantine. Rien que la couverture est un
régal.


Fais moi peur, je n'ai jamai suivi cette série... Les ambitions étaient les mêmes, mais je la trouvais moins hardcore. Sans doute étaient-elles d'un niveau équivalent. Tout était bon pour faire
monter le quota de frissons... En revanche, j'ai moins ri quand je me suis attaqué à Stephen King et James Herbert...



borat8 23/10/2013 23:30

C'était lundi amigo! On devait se déguiser mais certains ont préféré ne rien faire. Pourtant ce n'est pas dur un peu de maquillage. Moi c'est ce que j'ai fait. J'ai pris uniquement des habits noirs
(juste les baskets qui étaient noires et blanches) et je me suis fait la tête de Brandon Lee dans The Crow. Imagine un peu l'ami Borat avec les lèvres noires et les yeux entourés de noir! Par
contre ça fait sérieusement mal aux yeux ce putain de maquillage!

voracinephile 24/10/2013 19:50



Wooo ^^ Merde, j'ai raté ça. L'an dernier, j'avais misé aussi sur le maquillage rouge et noir (mon avatar ^^). Le résultat était assez beau, quoique j'ai été battu dans le glauque par un camarade
en mode joker dégoulinant... On attend que tu postes une nouvelle photo d'avatar maintenant !



borat8 23/10/2013 21:43

Surtout que je suis désormais dans la même merde que toi vu que je suis à l'université.

voracinephile 23/10/2013 21:56



A l'univ le Borat ^^ A quand l'intégration ?



borat8 20/10/2013 01:43

C'est surtout qu'il faut trouver le temps et j'ai déjà des coffrets sur le feu comme la saison 2 de Game of thrones et bientôt il y aura Top of the lake la série de Jane Campion sur Arte. Sans
compter les films...

voracinephile 23/10/2013 21:36



^^ Nous souffrons tous le même problème de devoir subir des journées de seulement 24 heures amputées de phases de sommeil de 7 à 9 heures... Sans compter les études/travail...



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