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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 13:08

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Autant le dire tout de suite, je ne suis pas un grand fan du cinéma de Mr Ozon. J’ai pour ainsi dire détesté Potiche, et n’ayant pas vu d’autres travaux de sa part depuis (à l'exception de Ricky, quelconque malgré des acteurs qui s'appliquent...), j’étais assez mitigé. Jusqu’à ce Dans la maison, qui propose un thriller hors des sentiers battus, intéressant quoique vraiment, vraiment embourgeoisé.

L’histoire : un professeur de français dans un lycée public, atterré par la médiocrité du niveau de ses élèves, tombe sur une étrange copie, parfaitement rédigée, qui décrit l’envie d’un élève de pénétrer dans la maison d’un de ses camarades. Au fur et à mesure des rédactions, il décrit son infiltration dans la maison en question ainsi que ses appréciations sur la famille qui l’habite.

 

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Dans la maison est un thriller inattendu, parce qu’il se déroule en milieu scolaire, et qu’il cerne avec une certaine justesse certains rapports entre professeur et élève. Il est primordial de noter que le personnage de Lucchini est parfaitement utilisé dans le rôle du professeur de français. Ceux qui lisent ce blog le savent, pour les autres, je maintiens que je déteste Lucchini, que j’ai trouvé insupportable dans TOUS les films où il joue. Ses mimiques exagérées, ses intonations démesurées, sa réputation assez hallucinante… Bref, c’est une allergie. Or ici, le professeur absorbe très bien toutes ces manies, elles vont bien avec le personnage, y compris pour ses défauts. Le spectacle en devient donc plus tolérable, l’acteur évitant également dans faire trop comme à son habitude. Ici, on s’attache donc à une relation écrite, l’élève écrivant son histoire par copies interposées et le professeur lui donnant ses avis sur le style, mais ayant bien conscience d’avoir une fenêtre voyeuriste (et orientée, l’élève en question notant des appréciations sur chaque personnage, traitant son camarade de médiocre exécrable ou encore sa mère de petite bourgeoise) sur une vie de famille qu’il ne connaît pas. Le film est assez intelligent pour jouer là-dessus, orientant le professeur quand il s’adresse aux membres de cette famille et le précipitant peu à peu dans la tourmente, ou encore lors d’un coup de stress avec l’absence du camarade en cours… Il y a donc quelques bonnes idées dans ce film, et un petit romantisme dans la seconde moitié, quand notre élève tente de séduire la mère de son camarade. Toutefois, le film se révèle aussi choquant qu’avait pu l’être, en son temps, Le Moine de Dominik Moll. C'est-à-dire que ce n’est pas particulièrement offensant, mais qu’il y a une petite volonté de choquer quand même, histoire que la ménagère se dise un peu heurtée, mais pas de trop (d’où le côté un peu embourgeoisé que je pense ressentir : on fait les choses à moitié). L’œuvre n’est pas totalement psychologique ni totalement romantique (le côté thriller donne heureusement un petit dynamisme à l’ensemble), insistant un peu trop sur ses dilemmes moraux (c’est verbeux) et ayant recours à de grosses ficelles parfois inutiles (la petite tentative de coming out du camarade, rebondissement dramatique attendu et totalement inutile) pour donner de l’étoffe à ses personnages secondaires, Dans la maison est aussi laborieux, il peine à réellement trouver un fond dense, alors, il comble avec des détails. La thématique du retour à l’uniforme imposé est un exemple parmi tant d’autres (la galerie d’art moderne en est une autre) de ce phénomène, où le film (se) cherche de petits combats ou dilemmes pour enrichir un peu un contexte finalement léger au vu du sulfureux amour qu’il projetait pourtant de mettre en scène. Relativement peu offensif malgré un final dégradant pour l’enseignant, Dans la maison est un cas étrange du cinéma de 2012, un thriller émoussé mais curieux, qui construit d’intéressants personnages sans avoir beaucoup à dire, et qui veut choquer en se retenant un peu quand même.

 

3,3/6


2012
de François Ozon
avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer

 

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commentaires

2flicsamiami 05/06/2013 17:05

Je trouve ce film vraiment très bon, surtout la façon dont le réalisateur évoque le combat contre l'uniformisation et l'originalité stupide qui sont bien nourrit par ces "petit combat" avec le
retour de l'uniforme à l'école et la galerie d'art. Je pense même qu'il tente de réfléchir sur lui même, sur cette notion de ce qui est choquant, malsain. Dans La Maison se situe finalement en
classicisme (les références au cinéma de Woody Allen) et originalité (ou, si tu préfère, une recherche de sa propre personnalité).

Mais comme Princécranoir, je pense que ton aversion pour Lucchini (que je trouve en général très bon) à influencé ta position face à ce film.

voracinephile 05/06/2013 20:51



Décidément, ces commentaires allant à l'encontre de mes avis sont salutaires, il semble y avoir une plus grande cohérence dans l'oeuvre que je ne l'imaginais... J'ai conservé le film, je tenterai
d'y revenir (mon planning de découverte risque définitivement d'être chargé ces temps ci). Je retiens vos avis à toi et Princécranoir, même si je sens que je ne suis pas prêt de changer d'avis
sur Luchini (c'est plus fort que moi, je n'y arrive pas avec lui... Un des rares acteurs qui me fait cet effet, même Edward Norton je parviens à le supporter, mais Luchini... Ah non, Dubosc est
pire ^^ mais les compétences ne sont pas les mêmes, la comparaison en deviendrait même insultante).



princécranoir 01/06/2013 15:09

Ozon a en effet du style, et c'est justement se qui le distingue d'un réalisateur quelconque. On peut même lui concéder une certaine variété d'approches suivant les thèmes qu'il veut mettre en
lumière. Je n'ai pas vu "ricky", sans doute dû à une méfiance injustifiée pour une histoire de bébé volant. En revanche, j'ai bien aimé "Potiche", un film qui pourtant divise(mais n'était-ce pas le
but de ce film finalement, de montrer les divisions des Français), ainsi que "Swimming pool" ou, pour remonter un peu plus loin encore, "sous le sable" et "gouttes d'eau sur pierre brûlante". Parmi
ses films qui me tentent beaucoup, il y a "5x2" et "Angel".

voracinephile 01/06/2013 15:50



Il n'a pas un style visuel foncièrement marquant, mais on distingue dans sa mise en scène un certain amour du théâtre, où il aime faire jouer les acteurs ou les inscrire dans un quotidien
parlantle contexte de prof de français avec Dans la maison est assez réaliste pour ça). Quant à Ricky, voilà, tu sais tout. Il y a un bébé volant, et... ben, il vole. Après, il y a une petite
étude de vie de couple dans la classe moyenne pas pauvre mais ils font très attention au budget, mais sinon, je lui trouve peu d'intérêt... C'est un petit OFNI dans la carrière d'Ozon, tout
simplement. J'avais saisi la division dans Potiche, mais je trouve les personnages tous plus insupportables les uns que les autres. Certes, ils jouent à fond la caricature, mais c'est parfois
trop pour moi (à partir du "casse toi, pov'con !", j'ai vraiment commencé à être agacé entre le père sarkosiste sans humanité, le fils communiste et la fille vendue mais en fait elle se rend
compte que c'est mal d'être du côté de papa... Pffff... Je ne sais pas si je ferai l'effort de le revoir, il le faudrait pourtant (je me souviens aussi de Depardieu...). Je n'ai vu aucun des
"vieux" françois Ozon en revanche, ça demande à être éclairci. Et je remonterai peut être un petit peu Dans la maison (mais pas de beaucoup, je reste quand même sceptique, même si la comparaison
avec Le Moine est trop dure (lui, dans le genre, c'est la chienlie du thriller choc embourgeoisé qui ne choquera que les mamies de 80 ans cramponnées à leur chapelet...))



princécranoir 01/06/2013 11:08

Cette aversion irrationnelle pour Luchini trouble tes sens sans doute : "Dans la maison" est un des meilleurs films que j'aie vus l'an dernier et Ozon est sûrement un des tous meilleurs
réalisateurs français actuels.

voracinephile 01/06/2013 11:50



Une aversion irrationnelle, c'est complètement le cas en effet. A l'exception du blogueur Leatherface, je n'ai rencontré personne qui déteste Luchini avec autant d'intensité que moi. Pourtant,
j'ai beau me dire que c'est irrationnel, rien ne passe. Dès que je le vois, j'ai une crise d'acnée et des vomissement sanglant... Avec un climax pour Molière, un film pour lequel je voue une
haine assez vivace.


Quant à Ozon en revanche, un débat serait intéressant. Je dois voir 8 femmes depuis assez longtemps, et je sais qu'il a un petit style à lui (même si visuellement il change un peu parfois
(potiche et toutes ses belles couleurs...). En revanche, j'ai trouvé Ricky franchement quelconque. Un traitement du fantastique très réaliste, mais franchement, l'intérêt diminue au fur et à
mesure que le film progresse.



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