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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 11:38

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Marina de Van est une réalisatrice française qui est arrivée quasiment au niveau de Cronenberg dans les expérimentations charnelles sur pellicule, et pourtant la reconnaissance publique reste restreinte, même au sein des cinéphiles. Il faut dire que notre oiseau rare n’a pas eu beaucoup l’occasion de nous faire pleinement profiter de son style avec trois réalisations (Dans ma peau, Ne te retourne pas et le prochain Dark Touch), qu’elle compense par de nombreuses collaborations dans le monde du cinéma français (avec François Ozon notamment) et de la télévision. Aujourd’hui, on s’attaque à ses débuts, à savoir le douloureux Dans ma peau qui annonce tout le potentiel dont est capable Marina…

L’histoire : à l’occasion d’un dîner, une femme se blesse à la jambe. Ne se rendant compte que plus tard de la gravité de sa blessure, elle décide de poursuivre telle quelle sa vie. Mais rapidement, cette blessure provoque gêne et complexes qui l’amènent à rouvrir ses plaies.

 

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Quel thème aussi torturé et aussi intense que l’auto-mutilation. Masochisme extrême dont la signification change pour chacun de ses pratiquants, l’acte est régulièrement perçu comme une volonté d’auto-punition (voir Antichrist et sa séance des ciseaux), comme un aphrodisiaque exotique (c’est le cas dans beaucoup de nanars et de films « empoisonnés »)… Mais elle est dans ces cas là assumés. Or ici, la protagoniste prend conscience de son addiction à la pratique, sans pour autant parvenir à complètement expliquer les raisons qui la poussent à meurtrir davantage sa peau, à élargir ses plaies, à en créer de nouvelles… C’est la pression du climat psychologique qui semble provoquer des crises d’angoisse (extrêmement troublante scène du repas d’affaire où notre personnage perd le contrôle de ses membres, qu’elle finit par voir complètement déconnectés de son corps) à l’origine de ces crises. C’est sur la précision du portrait psy que le film se révèle donc précieux, puisque el un portrait, il se refuse à lancer toute analyse de son personnage, laissant le spectateur témoin et l’abreuvant de détails du quotidien, dont l’accumulation fini par donner des pistes sur la psychologie de notre héroïne. Le portrait sera donc d’autant mieux esquissé que l’héroïne n’assume pas publiquement sa tendance à la mutilation, et qu’elle passe une bonne part de son temps à tenter de la dissimuler (jusqu’à l’absurde, justifiant des traces évidentes d’auto-morsures par un accident de voiture). Enfin, si le film demeure profondément ancré dans un contexte réaliste et très matériel (on est également immergé dans le monde du travail de la protagoniste (conseillère en communication et marketting, et on ne ratera rien de sa romance avec Laurent Lucas), il amorce régulièrement des déconnections, souvent précédant les crises. Des décalages sonores, des plans flous, tout un panel de procédés cinématographiques appuyant le malaise, jusqu’à la séquence quasi Depalmienne où, alors que nous continuons à entendre notre personnage évoluer dans une rue, nous voyons sur l’écran coupé en deux différents détails annonçant déjà la grosse crise de scarification à venir. Si le film évite de faire dans le gore qui gicle, il se révèle particulièrement piquant dans l’usage de l’hémoglobine (parfois très ketchup), en en mettant juste assez pour provoquer quelques frissons nauséeux parfaitement adaptés au sujet. S’ajoute à cela la performance de Marina de Van, complètement impliquée dans son rôle ambigu et jusqu’auboutiste. Au vu de l’excellent travail mené sur le suivi psychologique, on peut regretter l’absence d’une fin digne de ce nom, malgré les plans magnifiques qui nous ont tout de même été offerts lors du dernier quart d’heure (les errances de notre personnage mutilé nous propulsent quand même loin des films d’auteur classiques). Mais pas de quoi se plaindre vraiment, le résultat se révèle à la hauteur des attentes. Un excellent premier film, malgré la sensation d’inabouti.

 

4,8/6


2001
de Marina De Van
avec Marina De Van, Laurent Lucas

 

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commentaires

Kapalsky 06/11/2013 20:07

Wow, j'ai du voir e film sur une des chaines Ciné Cinéma il y'a longteeemps... De Van y mange sa peau dans une des séquences, n'est-ce pas?

Je me souviens qu'il était en effet porté sur la psychologie de son héroine, et meme si "gore" entre guillements, on n'est pas dans l'effusion de sang pour faire frissonner.

voracinephile 07/11/2013 21:52



Oui, effectivement, elle se mord jusqu'au sang, et se coupe de petits morceaux de peau, qu'elle s'amuse à tanner par la suite...


Pour le coup, c'est un film entièrement centré sur le portrait de sa protagoniste, sans chercher à choquer, mais qui cherche l'immersion en décrivant le quotidien avec précision, et en faisant
partager les crises avec nombre de détails troublants...



princécranoir 04/11/2013 21:13

Un film que je n'ai pas vu mais qui a longtemps trotté dans sur ma liste d'envies... jusqu'à ce que je voie "ne te retourne pas". Douche froide, film trop balourd, pas très réussi (au contraire de
son excellent presque homonoyme "don't look now" de Nic Roeg). Il faudrait que je me laisse quand même tenter par "dans ma peau", histoire de me refaire une opinion sur cette réal atypique
(co-scénariste de "sous le sable" de Ozon, quand même).

voracinephile 04/11/2013 23:55



Ah, Ne te retourne pas t'es resté en travers de la gorge ? J'avais aimé pour ma part, malgré un postulat particulièrement alambiqué. Dans ma peau est beaucoup moins embrouillé, mis à part pendant
les crises de l'héroïne, qui vire parfois au cauchemar (avec des décalages parfois vraiment perturbants). Un film assurément étrange, et à chercher. Je me doutais que rappeler ses collaborations
avec Ozon pourrait attirer l'attention...



mymp 04/11/2013 13:17

On parle tellement peu de ce film magnifique qu'en lire quelques belles lignes fait toujours du bien. Un très beau film pour ma part, très juste et jamais manichéen. Lancinant aussi, très crispant
dans les scènes où les mutilations rentrent en jeu (même la scène, au début, où elle enlève son pansement sur sa plaie à la jambe hérisse le poil).
Et Marina de Van, avec son physique et sa voix très particuliers, propose effectivement une performance qui va jusqu'au bout.
Une grande réussite, mais qu'elle n'a pas su réitérer (Ne te retourne pas).

voracinephile 04/11/2013 17:36



Quoi ? Quelqu'un d'autre l'a vu ? Mais c'est génial ! Encore une fois, nous sommes les 3 personnes en france (avec Zoga, chez qui j'ai découvert le titre) à l'avoir vu. Merveilleux ! J'ai
beaucoup apprécié aussi cette absence de manichéisme, cette étude précise, très sensorielle (on partage les malaises et les crises de l'héroïne), et en même temps très ancrée dans le quotidien.
Un des rares projets à avoir aussi bien saisi le petit plaisir (à son échelle) qu'il y a à s'arracher les croûtes...


Vrai aussi que Ne te retourne pas n'a pas la même intensité (moins incarné, en revanche, de magnifiques effets spéciaux, qui méritent vraiment qu'on s'attarde sur le film vu l'innovation).


Pour petite info, Dark Touch est une série B d'horreur sympathique. Les personnages sont bien construits, mais on délaisse complètement la torture psychologique pour donner dans le fantastique
(enfin, un peu de psychologie quand même, car les personnages sont plutôt bien construits).



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