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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 06:39

Dogville-poster.jpg

 

Précelle de Manderlay, Dogville n’est pas mon Lars Von Trier’s préféré, mais il est parfaitement cohérent avec la logique artistique qu’il s’applique à suivre, à savoir fustiger les dérives comportementales humaines, particulièrement sur le sol américain. Avec Dogville, il s’essaye à une sorte de théâtre gigantesque (le film est tourné uniquement à l’intérieur d’un entrepôt) en se donnant pour mission d’exposer la suffisance humaine. Attention, film choc.

L’histoire : Dogville est une petite cité d’une quinzaine d’habitant située tout au bout d’une route déserte. Un jour, une étrangère, Grace, vient chercher refuge dans cette sympathique bourgade, en prétendant être poursuivie par des bandits. La population accepte donc de la cacher.

 

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Lars Von Trier frappe un très grand coup sur la nature humaine, même si celle-ci est loin d’être totalement pourrie. Tout d’abord, comme l’indique le résumé, la cohabitation entre l’étrangère et la communauté est tout d’abord pacifique et extrêmement plaisante. Tous les villageois sont gentils avec elle, elle se révèle d’une aide agréable et d’une fraîcheur qui met tout le monde de son côté. On assiste même à une histoire d’amour naissante entre elle et Thomas, le jeune intellectuel du village, passionné de sociologie. Mais ce climat idyllique est bientôt perturbé par une descente de la police d’état, qui avance une prime pour la capture de la fugitive. Et à partir d’ici, les relations avec les villageois commencent à se dégrader. En effet, une sorte de silence s’est abattu sur le village, chacun contemplant maintenant l’étrangère d’un autre œil. Nous l’avons caché, elle nous est bien redevable de quelque service. Ainsi, les villageois commencent à la toiser de haut, jusqu’à ce que l’engrenage infernal s’enclenche. Lors d’une descente de police, un ouvrier lui fait du chantage en nature pour ne pas la dénoncer. Et à partir de cet séquence, incroyablement dérangeante (les bâtiments n’ayant pas de murs (tout du moins pas de représentation physique, mais qui existent dans l’histoire), on assiste aux activités villageoises qui continuent comme si de rien n’était alors que nous ne perdons pas de vue le viol une seule seconde. Le quotidien de Grace change alors radicalement. Elle est enchaînée, exploitée par les femmes pour les corvées journalières et par les hommes pendant la nuit (y compris par ceux avec qui elle avait redoublé de gentillesse comme cet aveugle qui n’hésite pas à se joindre au reste des bourreaux pour récupérer lui aussi son « dû ». C’est incroyable, combien l’être humain peut arriver à s’auto persuader d’avoir du pouvoir sur un autre si son isolement le permet. Thomas lui s’affichera comme quelqu’un de totalement neutre et ne viendra jamais en aide à Grace, son occupation étant d’écrire un livre sur le comportement humain, et qu’il tient ici une expérience sociologique du meilleur cru. Le dénouement de l’histoire sera à la hauteur des atrocités qui y sont commises, la cruauté envahissant peu à peu le récit avec une sobriété qui n’est pas sans rappeler le style de Michael Haneke. Mais Lars se garde bien de donner une morale à son film. Là encore, il place son histoire sur un plan strictement individuel, ces atrocités étant commises à chaque fois sous la décision d’un individu (l’insistance constante sur les noms des différents protagonistes du village. Ce qui explique le sort misérable réservé à Tom, qui voulait à tout pris tirer une leçon de cette expérience sans avoir le recul nécessaire envers la victime de cette infamie. Dogville, véritable pamphlet sur l’égoïsme (à la manière de la nouvelle de Maupassant Boule-de-Suif), peut se vanter d’avoir l’impact d’un coup dans l’estomac, porté par des acteurs admirables (dont la belle Nicole Kidman transformée pour l’occasion en esclave domestique), et de faire vivre une pièce de théâtre qui n’aura jamais autant remué son spectateur. Scandaleux sur un registre sentimental, mais une première partie un peu longue à se mettre en place pourra en décourager certains. Mais quand même, quelle ampleur !

 

5/6

 

de Lars von Trier
avec Nicole Kidman, Paul Bettany

 

http://www.kinosvetozor.cz/film_photos/55.jpg

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commentaires

2flicsamiami 23/07/2011 10:32


Pour Blindness, le mieux c'est que tu le voit. Perso, je crois que beaucoup de chose à été dite sur pleine de chose, en particulier les comportements sociaux. Ce qui m'intérèsse, c'est de voir
comment c'est amené, dans quelle univers/situation et comment c'est traité. Moi j'ai trouvé Blindness vraiment excellent mais effectivement ce n'est pas le cas de tout le monde.


voracinephile 25/07/2011 09:41



Très bien ! Si tu l'as trouvé bon, je vais quand même y jeter un coup d'oeil. Si le ressenti émotionnel fit oublier le cliché des situations, ça peut se révéler très intéressant. D'autant plus
que j'aime bien Julianne Moore.



2flicsamiami 22/07/2011 10:08


J'avais commencé à voir ce film il y a une petite dizaine d'année mais j'ai pas réussit à aller jusqu'au bout : s'était chiant et en plus le coté théâtrale m'a tout de suite dérangé.
J’aurais surement un avis moins trancher aujourd'hui mais le parti pris ne me séduit pas.
En plus, ton article me donne envie de le voir quand même : cruel dillemme :)
Ça me fait penser à Blindness dans le genre.
Et intéressant ta comparaison avec Haneke. Mais lui aussi il ne livre pas de conclusion (en tout cas dans les deux films que j'ai vu : Caché et Funny Games U.S.)


voracinephile 22/07/2011 10:47



Ah la la... En effet, le cinéma de Lars est chiant et auteurisant ! La scène d'action, au grand maximum, c'est un héros qui courre. Mais il développe un certain mauvais goût et une justesse
incroyable pour stigmatiser les comportements humains dégradants. Le côté théâtral a de quoi déboussoler en effet (il prête même à rire dans des personnages font mine d'ouvrir des portes avec le
bruitage adequat alors qu'ils ne brassent que de l'air), mais le contenu est explosif. Un portrait de l'amérique assez haineux dans l'illustration de ses personnages. Je n'ai pas vu Blindness en
revanche, mais j'ai ntendu des critiques mitigées. Notamment parce que le film n'apporterait rien de nouveau à l'étude des comportements sociaux.


De Haneke, en plus de funny games US, j'ai vu La pianiste (ultra trash, j'y reviendrai) et Le ruban blanc (qui parle moins du nazisme que de la cruauté enfantine). Du cinéma d'auteur posé,
magnifiquement filmé mais aussi particulièrement dérangeant.



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