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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 11:41

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2011/07/Drive-film-poster.jpg

 

Avec Drive, Winding Refn gagne le prix de la mise en scène à Canne (de Niro et son passif des films de gangsters ne doit pas y être étranger). La critique est emballée, le monde attend fiévreusement la sortie de l'objet, qui a lieu le mercredi  5 octobre 2011. Les critiques sont dithyrambiques, tant du côté de la presse que du public. Ma qué ! Un thriller/action primé à Canne qui déclenche autant de bons sentiments, ça ne doit pas se rater. C'est aussi l'occasion de prendre un peu de recul et de comparer ce nouvel essai à la saga Pusher, La véritable contribution au film de gangster de Refn. Dépassionnons le débat et attaquons nous à ce qui pourrait être un film surestimé en cette année 2011.

 

L'histoire : Un homme travaille le jour comme réparateur dans un garage (en faisant régulièrement quelques cascades pour le cinéma), et fait régulièrement quelques coups le soir comme conducteur pour des braqueurs.

 

http://static.actu-cine.com/wp-content/gallery/photos-de-thrillers/drive-110511-08.jpg

 

Avec un script pareil, n'importe quel fan de cinéma serait susceptible de casser sa tirelire pour aller s'offrir une place pour une authentique séance 2D, où l'on va voir de l'action, de la violence, du cinéma dans le cinéma... Bref un spectacle qui promet de nous en mettre pleins les mirettes. Seulement, tout n'est pas parfait dans Drive. A commencer par son étiquette : Drive n'est absolument pas un film d'action. Jamais il n'y aura de l'action dans ce film. Il n'y aura au final que 2 courses poursuites, qui dureront chacune moins de 5 minutes. Un peu light pour l'étiquette action. En fait, les publicitaires ont eu la main un peu lourde et ont tenté d'en faire l'évènement de l'année (un film Cannois divertissant : le pactole !) alors que c'est simplement un bon film. Bon film, car les interprètes hauts en couleur du casting (Ryan Gosling, Carey Mulligan...) entrent merveilleusement dans la peau des personnages. Et à ce titre, on aura un magnifique aperçu de l'excellent travail de direction d'acteur de Refn. Limitant ses dialogues au strict minimum (son héros ne répond jamais quand il n'y a pas besoin, un sourire ou un silence suffisent), il rend son héros charismatique au possible, donnant une illustration on ne peut plus classique du beau mâle sincère et sensible, avec un tact qui fait littéralement fondre le public (les réactions dans la salle étaient éloquentes). La maîtrise de Refn se voit aussi dans l'image : ce film est tout simplement le plus beau de sa filmographie, supplantant les étendues froides d'un Valhalla Rising plastiquement parfait par une chaleur présente dans chaque plan. Magnifiquement éclairé, magnifiquement contrasté, magnifiquement cadré, ce film est un bonheur pour les amateurs d'objets bien fait. Pour simple exemple, une rivière polluée sur un coucher de soleil banlieusard devient un havre de paix pendant quelques minutes.  A vrai dire, ce qui m'a déçu dans ce film, c'est qu'il a été un peu trop vanté par la presse. Le scénario est moins dense que n'importe quel épisode de Pusher. Le résumé qu'on nous donne à l'entrée de la salle, il résume une heure de film. Les choses ne commencent à déraper (comme promis) qu'une heure après le début du film. Et pendant cette heure, on nous caractérise des personnages et on les fait gentiment interagir entre eux. C'est plastiquement beau, et permet d'exposer les sentiments de chacuns, mais on est loin de l'action promise, et encore moins du thriller. Le film est donc hétérogène dans son écriture, ce qui est dommage pour ceux qui connaissent la saga Pusher (et connaissent donc les capacités de Refn sur ce type de projet). Mais une fois cette introduction d'une heure écoulée, le film ne s'arrête plus. C'est un déluge de violence, des règlements de compte à tours de bras, de la virtuosité passant d'un calme total à un énervement qui impressionne. Drive arrive enfin, même si c'est pas au volant d'une bagnole (ne vous attendez pas à des scènes de conduites impressionnantes, le film les illustre à peine). Le visage dur du héros, dont on eut un bref aperçu du potentiel au cours d'un dialogue de bar de deux répliques, ressurgit comme un volcan et brûle tout le monde. Une histoire de mafia arrive sur le tapis, et tout le monde veut faire son ménage partout. Enfin, de la tension, des enjeux humains dramatiques (qui en une scène annihileront tous les tendres sentiments que l'heure précédente du film avait patiemment monté), et des scènes de boucheries à la hauteur de nos attentes (décharge de fusil à pompe en pleine tempe, barreau de douche dans la gorge, poignradage à la fourchette...). La violence pleut, et le héros silencieux devient un être impitoyable qui tentera de régler la situation aussi simplement que possible. Il a besoin d'un renseignement, il débarque chez le gars avec un marteau et lui explose la main avant de poser la moindre question. Des principes simples. Mais malheureusement, cette partie, la plus rythmée du film (pendant quarantes minutes, ça n'arrête pas), est aussi la plus basique. Si la violence surprend, l'histoire ne le fera vraiment jamais. Ce final, assez ambitieux dans sa forme (face à face final du grand méchant et du conducteur pour régler le problème), filmé sur le sol où l'on voit les ombres de nos personnages qui évoluent, débouche sur une fin un peu trop abrupte pour conclure. Ce qui est bien dommage quand on sait que chaque Pusher avait un plan final qui concluait parfaitement sur le sujet du film. Drive est donc un thriller un peu en demi teinte, dont les qualités formelles excellentes (l'image enterre n'importe quel block buster) parviennent à éclipser ses quelques défauts. Refn a fait du bon travail, parvenant à capter avec une précision millimétrée les émotions de ses protagonistes. Dommage que son film ait été un peu trop mis en avant, mais le spectacle reste largement convaincant pour justifier un aller en salles.

 

4.5/6

 

2011
de Nicolas Winding Refn
avec Ryan Gosling, Carey Mulligan

 


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commentaires

2flicsamiami 10/10/2011 08:44


D'abord, je trouve que garagiste, conducteur et cascadeur forme un tout dans le film et dans l'identité du héros, il faut pas les prendre séparément. Ensuite, le héros s'identifie au rôle du
cascadeur/doublure (en quelques sortes) à la fin, lorsqu'il enfile son masque (il devient clairement quelqu'un d'autre... avant de devenir juste une ombre à la toute fin du film). Enfin, beaucoup
reproche au film son titre. Pour moi, les voitures et la conduite fait partie intégrante du film (le héros vie que par la conduite, comme le montre le plan final) et je trouve que le titre est
parfaitement choisit.


voracinephile 10/10/2011 10:46



Garagiste et conducteur sont très bien intégrés par le personnage, je suis entièrement d'accord. Mais pour le côté cascadeur, je trouve que ce côté n'est pas exploité. Il ne fait qu'une seule
cascade dans le film (avec la voiture de police, les autres voitures faisant des tonneaux seront celles des escrocs) et le sujet n'est pas vraiment exploité, que ce soit le côté tête brulée au
volant, ou alors le calcul nécessaire pour faire parfaitement une cascade. Après, tu as perçu cet effacement de l'icône qu'on a connu en début de film. Mais je n'y vois qu'un effacement, un héros
qui disparaît derrière un masque (avec une séquence digne d'un Halloween sur la plage). En revanche, j'accepte l'explication du titre, dans la mesure où le film commence et se termine au volant
d'une voiture. Je ne dirai plus que le titre est mal choisi.



Alice In Oliver 09/10/2011 11:53


c'était la momie aztèque contre le robot: bon, je dis ça pr pinailler. Mais c'est vrai, j'aime la diversité des genres, à savoir proposer un film totalement improbable avec un vieux gros classique
derrière.


voracinephile 09/10/2011 13:52



Et ces découvertes sont tellement en décalage avec les tendances du cinéma actuel que c'en est un bonheur de pouvoir apprécier leurs qualités (j'ai entendu récemment un de mes camarades dire que
la Mouche de Cronenberg était nul car mal fait... XD).



2flicsamiami 09/10/2011 08:52


L'intrigue globale est certes classique (en même temps, je ne vois pas comment on pouvait s'attendre à une révolution narrative au vu du pitch de départ), mais la façon de Refn de dépeindre les
relations entre ses personnages, ainsi que d'iconiser son héros, est magnifique. En plus, la mise en scène et la bande-son est renversante.
Par contre, je suis d'accord : le film à été vendu comme un film d'action alors que c'est plus un polar. Mais franchement, cela ne m'a pas gène (tout comme les poursuites, certes courtes, mais
diablement efficace).
Pour moi l'un des meilleurs films (si ce n'est le meilleur) de cette année.


voracinephile 09/10/2011 11:58



Sans s'attendre à une révolution narrative, le contexte qui entoure le héros est plutôt original. Un cascadeur qui loue ses talents à des bandits pour faire des casses ! Il y avait moyen de faire
dans l'impressionnant, d'explorer la voie "devenir un gangster comme les films dans lesquels je bosse..." Bref, de faire du bon film de gangster en ayant un oeil critique sur le genre. Mais ici,
ce contexte de cascadeur est totalement sous exploité. Il bosserait simplement dans son garage, ça n'aurait pas changé grand chose. Ce point du script m'a déçu, car il est au final très peu
exploité. Après, comme tu le dis, dans la première heure, Refn fait un gros travail sur ses personnages, et les rend sympathiques avec peu de dialogues. Il est vrai que je n'ai pas parlé de la
bande son, qui colle bien au film (mais Refn sait bien choisir ses musiques). Tout dépend ce que tu entends par efficace pour les poursuites. Elles sont très réalistes, mais guère
impressionnante. Définitivement, elles appartiennent plus au polar qu'à l'actionner bourrin. Dommage d'avoir appelé le film Drive, vu qu'il y a au final relativement peu de bagnole. Mais sinon,
c'est un bon film de gangster, je suis satisfait du spectacle malgré mes déceptions.



Alice In Oliver 09/10/2011 00:25


en même temps, je me fie assez peu aux critiques. J'aime bien me baser sur mes propres références. Note que je ne me base pas sur grand chose de valable: en même temps, c'est aussi cela qui fait le
manque de sel de Naveton Cinéma.


voracinephile 09/10/2011 11:39



Modeste, va ! Le sel de Naveton est dans son incroyable diversité de genres, analysant de l'Aronofski pour passer à un La revanche de la momie, nanard mexicain en puissance. En termes de
références pour Drive, il vaut mieux avoir vu Pusher avant, histoire de savoir de quoi est capable Refn. Mais sinon, Taxi driver me semble être La référence bateau.



alice in oliver 08/10/2011 17:16


je vais tenter d'aller le voir bientôt: c'est l'un des films les plus attendus de ce mois d'octobre


voracinephile 08/10/2011 17:37



J'ai hâte de lire ta chronique. Mais il faut juste dépassionner un peu les critiques et le prendre un peu moins au sérieux. C'est un bon film avec un héros charismatique et des gangsters
crédibles. C'est loin d'être surprenant, c'est pas du divertissement généreux, c'est du Winding Refn en mode cool (pour la plus grande partie, parce que les quarante dernières minutes balancent
vraiment la purée !). Honnête mais pas vraiment impressionnant.



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