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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 19:10

 

Date incontestable dans le space opéra aujourd’hui ringardisé par ses effets spéciaux approximatifs, le Dune de David Lynch continue d’exercer un pouvoir de fascination non négligeable, souvent relégué au rang de « cru sympathique » de David Lynch. C’est connu, comme je n’ai aucune mesure, je m’en vais consacrer le bestiau et oser l’appeler chef d’œuvre envers et contre tout, de sa réputation calamiteuse d’échec critique jusqu’à ses quolibets kitchs complètement fondés.
L’histoire : les familles Atréïdes et Harkonen se disputent le commandement d’Arakis, planète désertique exploitée pour un précieux minéral servant de carburant pour les voyages spatiaux. L’enpereur, désireux de garder le contrôle de cette denrée appelée l’Epice, apporte son soutien aux Harkonens.

 

 dune.jpg

 

Vraiment, Dune est un plaisir de tous les instants, qui plonge immédiatement son spectateur dans un univers d’une richesse éblouissante, pour peu qu’on aime le kitch des vieilles productions. Ayant conscience qu’il s’agit là d’une commande lucrative (personne ne présage encore le bide à venir), Lynch renonce à ses excentricités narratives, tout en soignant un maximum la facture technique de son bébé. C’est bien simple, il s’agit peut être là d’un des plus beaux space opéra jamais tourné (j’insiste, le charme est énorme avec ces incrustations de maquettes plus ou moins réussies dans les paysages désertiques). Tout n’est que délice visuelle, esthétique lissée (ou grumeleuse pour les « mauvais » protagonistes : le baron Vladimir Harkonen et sa maladie de peau, les design punks des membres de la guilde des voyages spatio-temporels…), plan large flatteur… Un véritable régal, qu’on vous dit. Et quelle ampleur, quelle ambition ! Si on se rend évidemment compte que les vers des sables sont des maquettes actionnées par des marionnettistes, le soufle épique est là ! Jusqu’à maintenant, peu de films ont su mettre en valeur pareil gigantisme (sauf peut être Vexille 2077 et ses « dévoreurs »), sans en être avare auprès de son spectateur. A la fois doux dans le montage et puissant dans les ambiances, Dune se dévore d’un bout à l’autre malgré une longueur non négligeable. Le dépaysement est total, des planètes de Caladan en passant par la lune industrielle Geidi Prime des Harkonen en finissant bien sûr sur Arakis, Dune joue dans la cour d’un Starship troopers et des indétrônables Star Wars, en cultivant une ambiance unique empreinte de lutte de pouvoir et de destinée biblique, avec un côté oriental pour les noms riches en consonnes claquantes et le sable omniprésent. Une ambiance qui gagne en mysticisme sur la fin, ne tenant tout simplement plus compte de la cohérence et aboutissant clairement sur des miracles d’ordre divin. Carrément. Toutefois, cette richesse thématique ne l’empêche pas d’être régulièrement redondant. On ne peut s’empêcher par moments de soupirer quand une phrase comme « le dormeur doit se réveiller » est répétée une dizaine de fois dans tout le film. Tout comme la seconde lune… Vu la densité du matériau d’origine (plusieurs roman pour le cycle Dune), l’histoire a subie une compression monumentale, prenant parfois des raccourcis exagérés (le nom de Mo’hadib arrive comme un cheveux sur la soupe). Et enfin, bien sûr, près du tiers des plans truqués sont faiblards, même en version restaurée. Que ce soit à cause de l’approximation des effets (des incrustations dont l’éclairage s’accorde mal aux décors lumineux du désert) ou aux fautes de goûts (les hideux projecteurs de nuit sur les vers des sables, les rayons laser de dessin animés qui changent de couleur d’un plan à l’autre…), Dune est imparfait, c’est évident. Mais cette façade vieillie n’occupe finalement qu’un faible espace du film (le problème, c’est que tous ces plans sont disséminés dans le films et qu’ils salissent des séquences parfois époustouflantes (la séquence de première chevauchée du vers, on enlève le plan de Paul tenant la bride incrusté sur fond de désert, et le reste de la séquence est propre)). Si l’impression de vieillissement est permanente (et amplifié par un rythme un peu mou qui nous renverrait presque à la SF des années 60), Dune continue quand même d’impressionner, et cela depuis ma découverte du bestiau quand j’étais gosse (imaginez le pouvoir d’imagination qu’on peut développer après avoir vu un film pareil). Doté de personnages fantasmés (si Paul est assez monolithique en fils sur le chemin de la revanche, les enjeux de pouvoir entre familles sont passionnants, le baron fait éclater sa cruauté dans des cabotinages jubilatoires (avec en prime une relation étonnamment érotique avec son fils Faith (Sting aux cheveux hérissés, qu’on pourra voir en slip moulant), aussi ambigüe qu’intrigante), l’empereur a une démarche parfaitement logique et la guilde, qui pêche par manque d’intervention, défend elle aussi ses intérêts). Tout est fait pour enflammer l’imagination, et le résultat vogue au-delà de toute espérance. Inutile de décrire le sentiment d’injustice des fans du film à l’égard de ce cru mal-aimé, finissant aujourd’hui dans les bacs promo à 5 euros. Mais il reste dans cette version de Dune un faste, une grandeur jouissivement kitch qui continue d’alimenter les flammes de nostalgie des cinéphiles amateurs de bobines empoussiérées…

5.5/6

 

1984
de David Lynch
avec Kyle MacLachlan, Francesca Annis

 

dune-alia-atreides-102913fdb.jpg

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

Vince12 21/05/2013 19:05

Oui c'est vrai qu'après y'a certain trucs moins réussi.

Vince12 21/05/2013 17:59

De quels effets spéciaux veut tu parler. parce que pour les vers honnêtement je trouve que c'est plutôt bien foutu .

voracinephile 21/05/2013 18:53



Pour les effets spéciaux ratés, je pense surtout aux incrustations et à quelques vaisseaux spatiaux... Calamiteux. Mais les vers sont réussis, de vraies merveilles !



Vince12 21/05/2013 08:37

Par contre les scènes avec les vers sont superbes je trouve

voracinephile 21/05/2013 17:48



Je les trouve moi aussi animées d'un souffle épique assez intense. Très ambitieux pour l'époque en tout cas, malgré le tiers des effets spéciaux qui sont ratés, un film splendide ! Il a marqué
mon enfance d'ailleurs.



Vince12 17/05/2013 18:43

Enfin vu pas mal mais pas plus emballé que ça. Que j'aurai aimé voir Jodo s'en charger

voracinephile 20/05/2013 22:38



Un cru qui fait définitivement polémique donc. Ca ne me surprends pas. A moins d'être friand de kitcheries, un film à la trame un peu trop limpide et complètement surréaliste à la fin. Mais
quelles ambiances...



zeuhl 12/12/2012 20:44

Je te tiendrais au courant ;) Nul besoin de t'inscrire pour accéder à toutes nos ressources. Une bonne partie (mais pas tout, question de copyright) sera visible pour les guests.

voracinephile 12/12/2012 22:07



Merci. J'y passerai à l'occasion, en essayant de laisser un comm si possible !



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