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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 19:39

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Tim Burton est un réalisateur qui a connu des débuts difficiles (censuré par Walt Disney, il finit par atterrir chez la Warner où il réalisera son premier Batman). Mais si ce film est un succès, les dirigeants ne laissent pas encore le champ libre à Burton, dont le style bouscule les recettes établies. Las d’attendre une réponse positive, il s’engage auprès de la Twin century fox pour tourner un projet qui lui tient particulièrement à cœur : Edward scissorhands. Succès critique et public, Edward aux mains d’argent est encore considéré à ce jour comme une référence culte et continue de fasciner les amateurs de contes modernes empreints d’une sensibilité différente des productions habituelles. Un succès qui permettra à Burton d’obtenir une liberté artistique totale sur le second Batman et qui achève de présenter Burton comme un réalisateur d’exception.

L’histoire : Dans un château non loin d’une banlieue type, un inventeur met au point un homme, mais il meurt avant d’avoir achevé ses mains. La créature finit par être découverte, possédant des ciseaux à la place des mains.

 

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Découvert lors d’une ressortie ciné quand j’avais 10 ans, Edward aux mains d’argent est tout simplement une parfaite transposition du conte dans le monde réel, et c’est bien là tout l’intérêt de la démarche. Par un usage récurrent du cliché (maisons identiques, vie rythmée par le départ des maris au travail et leur retour, papotages et ragots téléphoniques…), Burton installe une vie quotidienne parfaitement réaliste, et dresse un contexte propice à généraliser sa démarche d’insertion du fantastique au milieu de ce monde connu et banalisé. S’affirmant comme une variation plus « naïve » de Frankenstein (notre héros est ingénu, possédant les bases d’une éducation qu’il n’a jamais pu mettre en pratique), Edward est une sorte d’archétype du freak gothique, possédant un talent fou (copieusement étalé dans la découverte du jardin, du château) mais dont l’existence solidaire ne l’a en rien préparé à la découverte du monde extérieur. Aussi, l’intégration du public dans la famille d’accueil, découverte par les yeux d’Edward, part sur des bases qui ravissent le public, chacun y mettant du sien pour aider le freak à s’adapter au monde extérieur et à exploiter son « talent », clef qui assure sa discrimination, aussi bien positive que négative. Ce n’est pas pour rien qu’il se révèle particulièrement adroit pour les coupes qu’il effectue, mais qu’en contrepartie il dégrade régulièrement les objets alentours et qu’il se blesse souvent. Mais c’est finalement sur le plan moral que le film préfère s’aventurer, en piégeant Edward dans une situation inextricable (et assez réaliste en somme, la naïveté d’Edward l’amenant à être manipulé par l’être qu’il affectionne le plus). Sans s’attarder sur les détails qui font régulièrement progresser l’intrigue (et qui remettent en question des valeurs assimilées par la conscience commune, mais que peu d’individus respectent : le test de la valise de billets), la conclusion du film est claire et sans ambigüité : l’autarcie du freak est la seule protection efficace qu’il peut appliquer pour se protéger du monde extérieur quand celui-ci se retourne contre lui. Avec un climax final de belle ampleur (enfin Edward utilise les ciseaux de la manière qu’on attendait) et l’épilogue doux-amer empli de regrets (mais laissant le fantastique à portée de main : Edward continue ses œuvres, mais à l’écart du monde extérieur qu’il a totalement décidé d’éviter), Burton fait basculer son conte en drame fantastique particulièrement touchant, s’attardant régulièrement sur les sentiments de ses deux protagonistes principaux : Edward et Kim, particulièrement servis par les interprétations de Johnny Depp et de Winoma Ryder, mémorables en couple finalement ensemble pendant un laps de temps très court. Avec des personnages de banlieues qui évitent le manichéisme (à part l’intégriste catho et Jim, aucun ne paraît excessif), le film gagne en crédibilité, osant s’aventurer sur des terrains glissants (la sexualité de Josh, qui a de quoi surprendre dans un film pour enfants) et traitant chaque sujet avec une limpidité qui force le respect, le scénario tournant parfaitement bien. Chef d’œuvre définitif de Tim Burton, le film a bénéficié des talents de Stan Winston pour les trucages des mains ciseaux, et encore aujourd’hui, la bande originale du rouquin Danny Elfman transcende l’aspect conte initiatique, la combinaison avec les images étant tout simplement parfaite. Un moment tout simplement inoubliable.

 

6/6

 

1990
de Tim Burton
avec Johnny Depp, Winona Ryder

 

http://image.toutlecine.com/photos/e/d/w/edward-aux-mains-d-argent-1990-tou-02-g.jpg

Burton, Price et Depp...

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commentaires

Zogarok 26/01/2012 22:48

Oui, voilà ; si j'étais un peu cruel, je dirais que c'est typiquement le film destiné à rehausser l'estime de soi du martyr de la cour de récré, en tout cas à lui montrer un modèle, une incarnation
de ce qu'il se sent être. Dommage, la différence ne suffit pas et la souffrance ne donne aucune identité. C'est dommage de se complaire dans la posture du souffre-douleur, quand on pourrait assumer
son décalage, sa "marginalité", ses humeurs ou son asociabilité. Voilà ce qui me dérange dans ce film ; Edward est une petite créature frêle et fragile, il n'a même pas conscience de ce qu'il est,
il ne comprend rien de ce qui lui arrive : les âmes cabochées, les petits névrosés narcissiques, les paumés revendiqués et jusqu'au-boutiste, je veux bien, les schizo-doudou, je m'ennuie (en fait,
c'est un Ken grimmé en artiste maudit... !). Aussi j'espère qu'avec le temps, cet Edward sera "déclassé" ; au moins, que nous soyons un peu plus que 2 ou 3% à ne pas lui accorder 3 étoiles minimum
(je crois que je n'ai jamais vu un tel consensus autour d'un film de ce genre).

voracinephile 26/01/2012 23:24



^^ J'aurais plutôt tendance à dire que ça met un peu de beaume au coeur des marginaux... Mais en l'état, pour apprendre à s'assumer, ce n'est clairement pas vers le cinéma qu'il faut se tourner
(j'ai en tête d'autre exemples qui cultivent la marginalité, mais peu qui tendent à défendre leur intégration au sein de la société). Après, c'est l'expérience personnelle et les connaissances
avec qui tu échanges qui permettent d'arriver à un bon équilibre (original fréquentable) ou pas (la triste appelation "cas social"). Mais Edward, dans sa naïveté manichéenne, ne s'intéresse pas à
cette logique. Un non-dit du film qui pourrait déjà apporter un peu de réflexion au vrai "problème" que pouvait traiter Edward.


Pour le déclassage, en revanche, je pense que son cas (en suivant tes avis) se rapprocherait de la réputation d'Aliens, et que donc, après beaucoup de temps et un travail récurrant de chroniques
démolissant ces titres, il serait possible de commencer à voir l'opinion bouger, mais d'ici là, il faudra tenir la position en face du pillonnage des fans. En tout cas, je continue d'apprécier
Edward qui reste un conte moderne, même si sa morale a moins de portée que le monde ne semble le croire.



Zogarok 26/01/2012 11:17

Eh bien moi je discuterai car je suis loin d'admirer ce film.
S'il m'a fait un effet certain à la 1re vision & que par conformisme culturel, je l'ai alors rangé très haut, cet opus burtonien me pose quelques problèmes. Outre l'orgueil de l'autiste (trop
génial pour s'autoriser à vivre à découvert), j'ai l'impression que c'est une vision de névrosé : de névrosé "soumis" et tourné vers le passé.
Une vie d'ermite dans un cadre merveilleux, c'est sans doute un idéal pour beaucoup de monde ; je pense que je ne renierai pas ça. Mais enfin, c'est tout de même l'éloge du petit cocon individuel
et quand Edward et ses groupies s'épanouiront dans leur monde imaginaire, jamais le monde extérieur ne profitera d'eux& jamais eux-même ne se développeront ou s'affirmeront. En somme, cet
Edward, sans son talent (et surtout son allure), serait un loser pathétique et surtout une courge catatonique. Enfin, depuis son cocon, Edward bien au chaud est à sa place ; il est dans la posture
de l'étranger, de l'original de service et chacun trouve cela parfait ; en quelque sorte, il se complaît dans ce rejet. Eh bien moi ça ne m'enchante pas vraiment. Et puis, sincèrement, cette vision
du monde social n'est-elle pas un peu surfaite ? Tout ce qu'on pourrait attribuer à Edward, je le retrouve dans Blue Velvet et son intro. Je ne défend pas l'ordre établi (j'ai développé une
allergie aux petits anars de service en revanche - souvent des bourgeois ou des jeunes garçons un peu perdus, en mal de "contenu" et même de "contenant") ; je signale juste que Edward approuve cet
ordre établi et se structure par rapport à lui & que sans doute, il serait inerte sans sa différence. Quelque part, il est assez triste et stérile (et il n'est rien si en enlève ses ciseaux ;
il serait une mégère, peut-être une mégère gothic destroy).

voracinephile 26/01/2012 22:22



Ah ! Un débat sur un film que j'aime ! Waouh !


Pour Orgueil de l'autiste, je ne sais pas trop si je dois te suivre, car si je me rappelle bien, ce sont les proches d'Edward qui le poussent à retourner dans le manoir alors que la foule veut
carrément le voir mort, et il y reste plus tard pour éviter une répétition de l'affaire...


Tout à fait d'accord pour l'éloge du cocon individuel, c'est un peu ce qui m'a fait insister sur la gravité de la fin que met en scène Burton. Il met en scène une scission définitive entre le
freak et la société, ce que je trouve naïf et tourné vers la tranquilité individuelle. Mais finalement, vu que le personnage d'Edward change peu pendant tout le film (il fait simplement face à
des situations qui finissent par le dépasser et qui provoquent des contradictions sentimentales), le fil des évènements l'enferme dans cette logique de l'isolement, l'amour comme porte de sortie
étant finalement à peine développé (et pourtant si émotionnellement palpable). Sans talent et sans look, Edward serait un simple looser naïf, c'est sûr, mais il aurait peut être la capacité à
évoluer d'un individu "lambda" et pourrait avoir le réflexe de faire des concessions à la société pour mieux se faire accepter par elle.


Pour la complaisance dans le rejet, en suivant ton raisonnement, la conclusion peut finalement faire figure de "ségrégation" entre originalité et masse, ce n'est en effet guère satisfaisant en
termes d'interaction entre le freak et la société. Pour le jardin, Edward se livrait déjà à ces activités avant sa découverte, et son retour au manoir (et la reprise de sa vie d'antan) sert pour
Burton à marquer nettement le rejet que la société à pour le freak (qui cumule le look, le talent créatif, la naïveté et même le fantastique, vu qu'il est un humain fabriqué). Burton ne fait pas
un film sur l'intégration du freak, mais sur son exclusion. Si je m'interroge dès lors sur le pourquoi Kim décide de ne plus jamais retourner là haut en cachette (vu qu'elle était le seul lien
encore valide avec le monde extérieur), le manichéisme final s'attache à rendre le rejet définitif, le film ayant été pensé pour être dramatique sur ce terrain (les bonnes bases servent surtout à
faire accepter le fantastique au public). Et paradoxalement, même si le film ne s'intéresse finalement pas à l'intégration du freak dans la société, il parlera d'autant plus aux petits freaks
anonymes qui se sentent aussi rejetés. Le film illustre des situations que l'on comprends, mais dans la mesure où "l'intégration" passe par des concessions (c'est en tout cas la leçon que j'ai pu
tirer de certaines années de ma vie), Burton répond par le manichéisme et le refus de changer la personnalité individuelle.


Toutefois, tu as cerné en effet quelque chose qu'il est bon de noter : Edward est un freak finalement jusqu'auboutiste dans son isolement du monde extérieur, ce qui ne fait finalement avancer
aucun des deux partis. Ceux qui défendent Edward devraient donc se pencher sur ce débat très intéressant. Le film traitant simplement de ce rejet, je continue à l'apprécier (l'intensité de
certaines scènes continuant toujours de m'émouvoir), mais il est clair qu'il flatte plus la personnalité du gothic destroy qu'il ne la sert ^^.



bond123 26/01/2012 08:31

l'un des meilleur film de Burton et l'interprétation de Depp vaut son pesant d'or. Une filml magnifique par bien des aspects et une oeuvre on ne peut plus aboutit.
Je suis contet de retrouver ton blog vu que je viens de reprendre le mien.

voracinephile 26/01/2012 20:29



^^ Merveilleux film (que j'ai eu la chance de découvrir étant jeune, bien avant L'étrange noël de Mr Jack). Ravi de te savoir de retour sur la blogosphère, je passerai voir ce que tu as
chroniqué.



Leatherface 25/01/2012 15:00

Dans la filmo de Burton, y a de quoi faire. Mais c'est vrai que là comme çà, je dirai Ed Wood, Sleepy Hollow et Edward mais sans ordre précis ^^

voracinephile 26/01/2012 20:28



^^ Un peu pareil que moi, mais je dois revoir Ed Wood pour vraiment me décider sur leur ordre. En tout cas, 3 merveilles du septième art.



Duncan 25/01/2012 10:29

J'adore encore plus Sleepy Hollw qui reste mon préféré de Burton.
Ensuite,c'est la Planète des Singses,non,je rigole :)

voracinephile 26/01/2012 20:25



^^ Un bon policier/thriller/fantastique en effet, un vrai film hommage à la hammer et parfaitement à l'aise dans son mélange des genres. Faudra quand même que je revois La planète des singes pour
me décider sur son sort...



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