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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 11:48

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Innovation de taille aujourd’hui, puisque je m’attaque à un nouveau type de chroniques : celui des séries. Je ne compte pas en faire une habitude, pour diverses raisons d’ailleurs (principalement en fait que je n’ai pas les ressources techniques nécessaires pour m’en abreuver en streaming). Mais si ce blog peut mettre en valeur quelques produits du passé oubliés, pourquoi s’en priver ? Bénéficiaire de l’exception : Elfen Lied, un animé gore japonais.

L’histoire : Echappée d’un laboratoire après avoir fait un véritable carnage dans les membres du personnel, une jeune femme dotée de pouvoirs télékinésiques (enfin, pas vraiment, mais l’effet est le même) perd la mémoire et est prise en charge par deux étudiants dans une ville voisine.

 

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Après une révision complète de cette courte saga (13 épisodes, 25 minutes chacun), je ne peux que réaffirmer tout l’attachement que j’éprouve pour cette objet curieux et définitivement sincère. Ce n’est pas tant pour la facture technique (très conventionnelle, les dessins sont très japonais sans bénéficier d’un plus grand soin qu’un autre animé classique) ni pour le gore (plutôt anecdotique, mais toujours dramatisé, qu’il soit cathartique ou monstrueux), mais pour la richesse des sentiments qu’il véhicule. On le constate toujours dans des productions comme Starship Troopers Invasion ou dans les Ghost in the shell, les japonais n’arrivent pas à faire dans la nuance de portrait. Chaque personnage se doit habituellement d’avoir un trait de caractère particulier et d’y aller à fond dedans. Or ici, pour une série répertoriée comme gore, les personnages sont un peu plus ambigus, et surtout, ils sont gérés de manière à faire exploser leur potentiel sentimental. C’est un des rares animés où la sensibilité du spectateur est aussi proche de celle des protagonistes. Souvent, cet animé a recours au mélo, parce que quelques larmes faciles, ça ne fait pas de mal. C’est d’ailleurs dans les phases mélo que les scénaristes rajoutent souvent beaucoup de cruauté, histoire de rendre encore plus pénible le sort des personnages. Car comme souvent, les personnages ont un lourd passé qui va nous être copieusement étalé. Il y a Kouta, jeune étudiant, dont la petite sœur est morte il y a longtemps, Yuka, sa cousine ayant des souvenirs du drame, Lucy/Nyu notre mutante à double personnalité meurtrière, et bientôt se rajoutent Nana, une seconde mutante qui malgré son lourd passé semble être la gentillesse incarnée, et enfin Mayu, jeune clocharde ayant fui son beau père pédophile. C’est notamment avec ce dernier personnage que le mélo ira le plus loin, culminant dans l’épisode 5 avec la surenchère de malheurs qui lui arrivent dans la figure. Pourtant, si le film se révèle presque complaisant dans l’exposition de la souffrance de ses personnages (ça sera encore plus évident avec l’enfance de Lucy, mais nous y reviendrons), il reste toujours cramponné à leur point de vue et à leurs espoirs. Aussi, les secondes chances qui leur sont offertes irradient d’une chaleur humaine sincère, vivifiante, grisante à en faire monter les larmes aux yeux (la seconde moitié de l’épisode 5 justement). Elfen Lied exploite les glandes lacrymales  du spectateur à la fois de la bonne et de la « mauvaise » façon, et peu lui importe du moment qu’on chiale. C’est d’ailleurs là qu’on peut juger de la « complaisance » de l’animé en question, qui n’hésite pas à virer sur du manichéisme primaire. C’est notamment le cas avec les personnages des mutants. Dotés de cornes directement fixées sur l’os crânien, ils semblent tous utiliser leurs pouvoirs pour occire les humains avec qui ils sont en contact (le carnage de l’épisode 1 est d’ailleurs une merveille dans le genre, une parfaite entrée en matière). Et c’est donc là que le discours du film sur les freaks prend toute son ampleur, puisqu’en gros, les humains commencent toujours par discriminer les monstres (méchants humains qui n’arrivent pas à supporter des cornes trop kikoo lol !), et à être cruels avec eux. Si le passé de Nana est surréaliste à ce sujet (torturée depuis sa naissance, élevée en laboratoire et conditionnée pour être complètement soumise aux volontés des scientifiques, vraiment, c’est le personnage le plus pathétique et l’un des plus attachants du film dans sa manière ingénue de supporter une telle situation), celui de Lucy est volontairement pessimiste, réutilisant dans l’épisode 8 un mélo agaçant, intelligemment combiné à une dose monstrueuse de cruauté (la mise à mort d’un chiot, et la présence d’un traître encore plus dérangeante par les débuts de relation d’amitié entre Lucy et lui, débouchant sur un massacre d’enfant couillu). Il est aussi bon de noter que l’animé joue intelligemment sur quelques noirs sentiments humains (comme la courte réflexion sur la nécessité de toujours connaître quelqu’un de plus malheureux que soit pour se soulager la conscience, quitte à le maintenir dans le malheur pour stabiliser la situation). L’épisode 9 semble incontestablement le meilleur de la saga, le plus intense sentimentalement en tout cas. Mettant en scène la liaison d’une Lucy tueuse en masse (décimant des familles entières pour se réfugier dans leur maison et s’y nourrir) et d’un Kouta encore enfant, c’est le point de la narration où l’empathie pour les personnages culmine, où leurs sentiments semblent les plus forts. C’est aussi l’un des plus émouvants dans le bon sens du terme, puisqu’à la moitié de sa durée, il annonce la fin imminente, programmée de cette relation fusionnelle entre enfants (dernière journée avant un départ de fin de vacances). En mettant en scène leur dernière journée de la meilleure des manières, il joue toujours cruellement sur la mélancolie du temps qui passe et sur la séparation de plus en plus proche, imminente. Incontestablement le plus intense, jusque dans son dénouement dramatique, où le gore prend là encore une étoffe déchirante (quoi qu’il faudra attendre l’épisode 11 pour avoir le dénouement complet). Que ce soit dans le mélodrame, la cruauté ou dans une authentique joie de vivre, Elfen Lied donne toujours la part belle aux sentiments de ses protagonistes, et la sincérité de sa démarche finit par l’emporter sur les artifices qu’il a tendance à utiliser à grande mesure. Quelques petits temps morts ça et là, mais vu la courte durée de chaque épisode, on va régulièrement à l’essentiel. Dernier petit clin d’œil aux hommes de bon goût, Elfen Lied n’étant définitivement pas un animé pour enfant (vu la violence, un – 12 ans, limite 16), il fait ça et là de petites allusions au style Hentaï, sans conséquences toutefois puisque l'humour vient toujours désamorcer les situations (comme la séquence où Nyu, incapable de parler et à la mentalité infantile, se laisse changer de tenue par Kouta sans la moindre pudeur… avant une arrivée de Yuka plutôt au mauvais moment). Bref, évitant les enjeux abrutissants pour se focaliser sur les reconstructions des personnages et leurs émotions profondes, Elfen Lied est une curiosité indispensable, ne serait-ce que pour la radicalité de sa démarche. Eblouissante et plutôt courte, c’est une révélation de mon parcours cinéphile.

 

5/6


2004
de Lynn Okamoto

 

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commentaires

Kapalsky 01/09/2013 20:23

Et tu as totalement raison! Après tout en tant que critiques on a légitimement le droit de gueuler quand un film nous prend pour des idiots :D

voracinephile 02/09/2013 19:05



^^ Si tu savais combien j'ai été hué et menacé de mort en donnant une opinion pareille de The Hobbit...



Kapalsky 30/08/2013 16:55

Haha! On voit que tu as été plus qu'indifférent au "Hobbit" ! :D
Pour les notes en général, j'essaie de ne pas être vache, mais je tiens à rester objectif. Le dessous-de la moyenne pour moi, c'est vraiment en dessous de 12, dispensable et au-delà, c'est pas
regardable.

voracinephile 31/08/2013 13:24



Déçu est bien le mot. Après, je suis resté gentil dans la chronique de mon blog, mais mes premières réactions étaient scandalisées...


J'ai lu ta description sur ton blog, j'ai compris pourquoi les notes étaient élevées. On évite d'être injuste en faisant ainsi, mais le risque est de se retrouver avec des navets bien côtés (type
massacre à la tronçonneuse 3D). Je commet régulièrement des fautes de goût de mon côté, mais j'affirmes plus méchamment mes sympathies.



Kapalsky 28/08/2013 18:30

Je ne réponds pas beaucoup aux messages sur mon blog, à part si c'est une question qu'on me soumet... ou aussi par oubli. Pas que ca m'ennuie, mais le réflexe de répondre me vient surtout quand je
vais sur les blogs des autres. Je ne conteste pratiquement jamais l'opinion des autres :D

Sinon question animés j'en ai une bonne pile à recommander, mais faudrait faire le tri...

voracinephile 30/08/2013 05:18



D'accord, je suis rassuré du coup, je ne voyais aucune réponse sur les chroniques que j'ai lu sur ton blog. Il faudra aussi que je regarde un peu la section Bédé...


Tu ne contestes pas l'opinion de autres ? Ce n'est pas toujours mon cas. Va jeter un oeil sur ta chronique du Hobbit...


En fait, pour tes notes, je me suis fait une opinion de décodage qui marche jusqu'à maintenant : de 12 à 20 : au dessus de la moyenne, de 10 à 11 : en dessous, moins de 10 : note négative...



Kapalsky 26/08/2013 16:52

Assurément, les auteurs japonais ont leur facon de dramatiser certaines choses, mais on ne peut pas leur enlever le fait de traiter de sujets graves avec un minimum tact.
En tout cas, "Elfen Lied" reste un des animés dont la substance m'a globalement marqué, sans être un grand favori dans ma liste, mais dans la pile d'animés que j'ai vus ces dernières années, un des
plus mémorables et "coups de poing". :D

voracinephile 28/08/2013 13:07



J'avoue que question animé, je ne suis pas un grand consommateur. J'avais essayé plusieurs séries à l'époque de Megaupload (D gray man, Kenshin, Queen's blade...), mais seul Elfen Lied m'a marqué
durablement. Quoique Kenshin comptait d'excellents épisodes, malgré la petite redondance du méchant une fois vaincu qui raconte son histoire. Si tu as des conseils à ce sujet, je suis preneur.


Sinon, petite question : sur ton blog, tu ne réponds pas aux commentaires ?



Kapalsky 25/08/2013 08:49

Oh oui, la petite Nana est définitivement le punching-ball de cette saga (en témoigne la fameuse scène de torture aux boulets de canon et le démembrement). En fait je remarque maintenant que les
femmes de cette série sont tour à tour meurtries alors qu'elles veulent faire du bien, chaque tentative d'arriver à la sérénité en reprenant une place stable dans la société (être une enfant, un
substitut de mère, une femme stabilisée psychologiquement) est souvent récompensée par un événement désastreux. Bon exemple que tu viens de me rappeler, la pauvre secrétaire qui se prend une rouste
par l’infâme Bando :)

voracinephile 25/08/2013 14:20



En fait, c'est souvent tragique pour les protagonistes que nous suivons (ou qui se rajoutent au fur et à mesure des épisodes), et c'est ce qui nous place d'une façon aussi proche d'eux. Reste que
Kouta, le seul garçon vraiment présent dans l'histoire (sans parler du docteur), souffre plus psychologiquement que physiquement contrairement aux filles. Et le genre masculin est souvent vu ici
comme des grosses brutes... Quand même, c'est très japonais dans la façon de percevoir certaines situations (je pense à Mayu et à son épisode tragique qui l'amène à fuguer, le passage où elle
essaye de parler de la situation à sa mère et où elle se prend une grosse claque car cette dernière est jalouse...), mais ça passe finalement assez bien.



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