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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 11:30

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Très peu de monde doit connaître Evilenko. C’est pourtant une adaptation de la biographie d'Andrei Chikatilo, l'un des psychopathes les plus meurtriers du monde, avec pas moins de 52 victimes à son actif. Cet homme est un russe, qui a sévit en URSS pendant les années 80, au cours desquelles il a terrorisé la population. Hannibal Lecter lui doit beaucoup, puisqu’Evilenko avait la particularité de manger ses victimes après les avoir violées et tuées. Un fait divers abominable, ici traité dans un film remarquablement intelligent dans son approche du personnage, un brin adapté.

L’histoire : Evilenko, de sa carrière de professeur interrompu du jour au lendemain jusqu’à son arrestation par la police russe.

 

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Si, comme la plupart des biopics de psychopathes, les approches sont souvent racoleuses (car les psychopathes fascinent et font vendre), le film Evilenko joue plutôt la carte de la sobriété, puisqu’il ne filmera quasiment jamais les corps mutilés. C’est au personnage d’Evilenko que le film s’intéresse, filmant avec distance le parcours de ce professeur de littérature russe, qui tentant un jour d’abuser sexuellement d’une de ses élèves, se retrouve exclu de l’école où il enseigne, malgré ses vives protestations à l’encontre des enfants qui auraient monté une conspiration contre lui. Le psychopathe Evilenko semble venir de là : un professeur aigris voulant d’abord châtier les enfants qu’il juge indigne de vivre en société communiste (ses premières victimes sont des élèves). Car Evilenko est un fervent communiste, qui ne cache jamais son admiration pour le Parti (d'ailleurs, ce fréquent retour à ses convictions politiques établissent un lien marqué entre le régime stalinien sur le déclin et cette folie qui envahit le personnage). Et c’est cela qui va constamment retarder les enquêtes qui se reprocheront peu à peu de lui. En affichant à plusieurs moments clés son allégeance au parti communiste, il finit par être contacté par le KGB, qui lui demande d’effectuer des missions pour elle. En l’échange d’une protection contre les personnes dont il s’estime victime d’un complot. Plusieurs années se passent ainsi sans qu’il soit jamais inquiété (la police ne recueillant que peu d’indices), et que la liste des victimes s’allonge. Arrêtons là les spoilers, le reste de l’enquête est tout aussi intéressant, suivant les fausses pistes de la Police ainsi que le parcours d’Evilenko, qui parvient plusieurs fois à repousser les accusations à l’aide du contexte politique de la société où il évolue. Il sera tout aussi intéressant de le voir confronté à un psychanalyste homosexuel et pédophile, qui aidera la police pendant la traque. Les personnages dans Evilenko sont loin d’être manichéens, ce qui vient enrichir l’histoire de multiples pistes de réflexion. A ce titre, l’interprétation de Malcolm McDowell dans le rôle du psychopathe est tout simplement magnifique, parvenant parfois à concurrencer la fascination que pouvait susciter Hannibal Lecter. Marchant en contorsionnant les mains dans son dos, le personnage semblant vieux et inoffensif semble hypnotiser ses victimes, qui finissent toutes par le suivre jusqu’à des lieux isolés. Cette insistance sur le regard d’Evilenko, sur son magnétisme quasi surnaturelle, contre-balancé par une apparence physique des plus banales, est pour beaucoup dans la finesse du portrait du personnage, pour le coup vraiment effrayant et dénué de la moindre morale (la plupart de ses victimes étaient mineures). Le biopic est sobre, concis et très efficace, la fin évitant de se clore sur la mise à mort bête et méchante, mais sur une dernière image de la femme d’Evilenko (qui l’a toujours soutenu jusqu’à sa prétendue exécution), et sur la demande d’étude du psychopathe par des laboratoires allemands et américains, qui réclament Evilenko vivant en 1993 afin d'étudier sa maladie. Si on répète que ce film est une adaptation de Chikatilo, il reste troublant, mais indéniablement intéressant pour son approche sérieuse et réfléchie.

 

5/6

 

2004
de David Grieco
avec Malcolm McDowell, Marton Csokas

 

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commentaires

Vince12 13/11/2012 19:04

Y'a des moments ou je trouve un peu surjoué (en même temps ça colle avec le côté théâtral du film). Mais d'autres moment son interprétation est vraiment folle.

voracinephile 14/11/2012 15:40



L'interprétation est inégale, c'est souvent le cas je trouve avec Brass (dans Salon Kitty, il y a aussi des passages où l'on baille). Mais je suis plutôt dans une appréciation très "littéraire"
de son film, dont j'apprécie d'abord les détails et symboles avant le jeu d'acteur...



Vince12 12/11/2012 22:47

Mouaif j'ai toujours un peu de mal avec Caligula. Après c'est vrai que l'interprétation de Malcolm est folle

voracinephile 13/11/2012 18:13



^^ Oui, nous en avions débattu. Je pensais plutôt à l'interprétation de McDowell, plutôt sympathique en empereur déjanté (même si il reprend le regard d'Alex pour beaucoup de scènes...).



Vince12 11/11/2012 16:14

J'avoue que je ne comprend pas son quasi anonymat un sujet jugé trop subversif peut être. En tout cas je crois que l'acteur tient là son meilleur rôle depuis Orange Mécanique.

voracinephile 12/11/2012 20:36



Son meilleur rôle depuis Orange Mécanique ? Pour moi, ce serait oublier Caligula, certes trop long mais d'une puissance parfois monstrueuse. En tout cas, nous sommes d'accord sur le fait
qu'Evilenko est l'un de ses meilleurs rôles (c'est vrai qu'on ne l'avait pas vu aussi en forme depuis longtemps, sa performance dans les Halloween de Rob Zombie restant trop sobre (quoique dans
le 2, il est assez marrant)).



Vince12 10/11/2012 19:53

Enfin vu un putain de film troublant avec un McDowell hallucinant (franchement les tics du tueur et tout c'est vraiment une performance impressionnante). Je pense le chroniquai rapidement sur
naveton. Merci James pour cette découverte.

voracinephile 11/11/2012 12:15



Ah, ravi de voir qu'il t'a bluffé toi aussi. Quelle prestance, ce Malcolm, quand il tient un bon rôle ! Et ce regard, aussi pénétrant que celui d'Hopkins dans la référence Silence des Agneaux...
Un vrai plaisir pour ma part...



Vince12 30/10/2012 21:22

t'inquiète je l'ai déjà commandé. Je reviendrai donner mon avis. Pour Mcdowell, un rôle de psychopathe c'est taillé sur mesure (même si je me doute que ça doit être différent de Alex qui était
plutôt dans le déjanté)

voracinephile 01/11/2012 11:22



J'espère que tu apprécieras ce film, plutôt réaliste et assez riche de détails, dont la personnalité du psychopathe est bien cernée (on est toujours à cheval en sa foi en le parti communiste, son
quotidien banal et son magnétisme qui hypnotise littéralement ses victimes.



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