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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 16:27

Gaspar Noé, ce génie du septième art, a laissé une belle empreinte dans le cinéma français. En attendant son prochain projet, on peut évidemment se régaler de ses longs métrages, mais Gaspar a aussi tourné plusieurs courts (sans y inclure Carne, prélude à Seul contre Tous, qui fait office de moyen métrage). Mais si ses longs métrages flirtaient avec le sublime (bon, il faut aussi accepter de se mettre dans le bain), il semble que le format court ne lui réussisse pas vraiment. Voire pas du tout. Trois exemples trouvables sur le net pour le démontrer.

 

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On commence avec We fuck alone, qui a été présenté au festival Destricted, tourné en 2006. Pour rappel, ce festival pornographique réunissait quelques personnalités comme Larry Clark, et laissait le champ libre à nos artistes du moment qu’ils exploitaient l’anatomie de leurs acteurs et actrices (mais nous reviendrons sur ces œuvres). We fuck alone fait appel aux talents de Katsumi, actrice assez reconnue dans le milieu (et que vous avez peut être aperçu dans des pubs sur allociné), et se propose donc de faire une petite réflexion sur l’onanisme. Alors qu’un film porno passe à la télévision, une femme seule dans son appartement se fait jouir, pendant qu’un homme se défoule sur une poupée gonflable maquillée comme la fille seule. Le film met donc en scène le fantasme créé par la pornographie (avec la fille qui regarde le porno) et un type qui transpose ses fantasmes sur une personne bien existante, qu’il se voit en train de soumettre sexuellement (à l’aide d’un revolver tout aussi phallique). Le tout évidemment avec la touche Noé, à savoir une caméra virevoltante et un effet de clignotement appuyé, ironiquement dénoncé comme potentiellement dangereux pour les épileptiques. We fuck alone se distingue surtout par le fait que ce n’est pas un porno destiné à exciter le spectateur, et qui met donc en scènes différentes attitudes vis-à-vis des fantasmes. De là, y a-t-il matière à en tirer un message ? Et bien, même en cherchant beaucoup, on reste finalement assez perplexe. Comme les deux personnages ne se croisent jamais et préfèrent se masturber dans leur coin, on comprend sans mal l’origine du titre. Mais ce constat aurait pu être fait sur 5 minutes, or il s’étale sur plus de 20, Noé trahissant ici sa tendance à se regarder filmer (qui rejaillit par endroits dans Enter the Void). Finalement trop long, We fuck alone contient une idée qui passe à côté de la virtuosité espérée, pour un résultat aguicheur mais finalement dilué.

 

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Eva : Il y a des soirs où, quand Noé rentre à son hôtel, il tombe en face d’une scène si choupinoupinette qu’il se décide d’en faire un court métrage sans scénario ni histoire, une simple vidéo d’ambiance avec une femme et un chaton, qui joue avec dans une ambiance étrange. Il convient de remettre la vidéo dans son contexte, qui apparaît comme une initiative purement fortuite, et sans ambition aucune lors de sa production. Le résultat qui en ressort n’a toutefois rien à dire, joue sur une petite esthétique de couloir d’hôtel, et en dehors de faire du « mignon », elle n’apporterait rien à un film. Autant dire « Miaow ». A noter deux autres courts titrés Eva 2 et Eva 3, laissés à votre appréciation.

 

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Avec Sodomites, Noé a littéralement pété un câble. Ce film est une commande du ministère de la santé qui cherche à promouvoir l’usage des préservatifs dans le cadre de différents rapports sexuels. Noé écope des rapports anaux et vaginaux. Dans une ambiance proche de Mad Max 2 avec des figurants qui jouent comme dans Waterworld, nous voyons un camp de motards tribaux qui poussent des hurlements pendant que des femmes lascives se dandinent à leurs pieds. Puis deux hommes de mains saisissent une femme, l’immobilisant au dessus du sol. Arrive alors le chef de bande, coiffé d’un masque de loup et exultant son appétit en poussant des hurlements tonitruants salués par les acclamations de ses compagnons d’armes bien remontés. Le regard du loup se pose alors sur l’agneau qui se débat dans son étreinte, et dans ses yeux brille un désir qui ne cesse de croître. Il n’y a plus que l’envie de prendre, de consommer, d’user jusqu’au fond. L’Homme est un loup pour la femme. Mais alors que Mister Wolf bande ses muscles pour passer à l’action, ses compagnons le maintiennent, car il a oublié une chose cruciale… La capote ! Un homme de main sorte donc de sa poche un capuchon de plastique, qu’il enfile délicatement sur le membre raidi de son chef de meute. Aguerri par l’expérience, il dégaine un pot de vaseline et lubrifie l’épée et le fourreau afin d’optimiser tout contact. Et alors, la bête est lâchée, et c’est parti pour un tour ! Noé se met alors à pomper le style de Pitof avec un montage à la Uwe Boll, le tout en rajoutant des ronflements de moteurs pendant un coït sauvage, à en faire pâlir de jalousie un certain Torque. Toute l’animosité humaine se retrouve stigmatisée par une cohorte de figurants en cuir (dont Philippe Nahon) qui hurlent devant ce spectacle vivifiant, et d’un bon goût certain. On pourrait même parler de chef d’œuvre frisant l’auto-caricature, tant Noé persiste dans son idée de remake porno de Mad Max. Une grosse baffe pour les admirateurs de Noé, et un nouveau plaisir masochiste pour les nanardeurs endurcis. Mais heureusement, il y a une morale : protégez vous ! Surtout quand vous chevauchez sur fond de moto...

 

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commentaires

Vince12 21/01/2014 17:47

Comme c'est Gaspar je pense que je jetterai quand même un coup d'oeil par curiosité.

voracinephile 22/01/2014 22:56



Je t'y encourage ! Surtout pour Sodomites, que j'avais découvert dans une hilarité assez gênée avec un ami cinéphile



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