Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:37

god-bless-america-affiche-505065eb1b35b.jpg

 

God Bless America est un petit film indépendant sorti sans faire trop de vagues (quelques chroniques ça et là sur internet), malgré sa vocation pour le coup polémique et provoc. Il faut dire que les projets visant à traiter de problèmes de société par la force des armes sont souvent décriés, alors, quand le film vise à pointer du doigt la médiocrité du quotidien en prônant son éradication…

L’histoire : Frank, cinquantenaire, constate impuissant la déliquescence morale de la société qui l’entoure. Suite à un licenciement abusif et apprenant qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau, il décide de consacrer les derniers jours de sa vie à épurer l’amérique des individus merdiques qui la peuplent…

 

godbless_1.jpg

 

Voici pour le coup un film incroyablement stimulant pour le cinéphile que je suis, usant d’un incroyable mauvais goût à des fins moralisateurs au dernier degré. Le genre de posture impossible à tenir sérieusement, mais à laquelle le film insuffle un sérieux jubilatoire, en osant asséner directement qu’il y a toute une part de la société composée d’individus médiocres qui ne cessent de tirer tout le monde vers le bas. Des cons qui créent des cons et qui tirent les autres avec eux en les rabaissant à leur niveau. Oser planter cela comme base de réflexion, c’est quand même insulter une bonne part de l’humanité entière (quoique le film se focalise plutôt sur la culture américaine, les similarités avec la vie européenne sont nombreuses), et ce n’est que le début. Quand le héros qu’on présente nous fait part des l’introduction de ses envies de meurtre, et qu’il explose un bébé au fusil de chasse direct, on peut dire qu’on rentre tout de suite dans le bain, qui plus est avec une pêche jubilatoire. Car la film l’a bien compris, il faut jouer avec les nerfs du spectateur pour pouvoir l’entraîner dans ses vues. Le premier quart du film pose surtout une société indubitablement médiocre, que ce soit dans les médias, l’éducation, les hobbies et les gens. Que ce soient les programmes de divertissements débiles ou les présentateurs d’info qui vomissent leurs conneries réacs en ignorant de quoi ils parlent tout en insultant leurs détracteurs, la société décrite telle quelle n’offre aucune alternative. Frank y est piégé, et s’y maintient par son travail et sa femme divorcée, qui a obtenue la garde de sa fille pourrie gâtée. Le climat ambiant est donc insupportable (en étant un poil exagéré, mais tout ce à quoi il touche se vérifie au quotidien, comme la culture du buzz, la moquerie comme sport national…), et les différents affronts qui sont fait à Franck, en plus de lui donner raison, servent surtout à rompre les derniers liens qui l’entravaient dans le bourbier main stream (viré pour harcèlement après avoir offert des fleurs à la réceptionniste, et mis au courant de son état médical par un docteur plus préoccupé par sa voiture que par la décence envers ses patients). Passé cette étape commence une sorte de road trip psychopathique au cours duquel il assassine tous les individus lui semblant médiocres, en commençant par les icônes de la télé qui lui ont gâché toutes ses soirées. C’est probablement en cela que le film est jubilatoire : sous couvert de rétablir une certaine décence et moralité, il agresse tous les symboles de la médiocrité que nous voyons au quotidien, en soutenant droit dans les yeux que ça améliore le monde. On voit direct où ça coince moralement, et pourtant, l’adhérence est totale. D’ailleurs, le personnage de Roxanne, qui rejoint Frank dans sa virée puritaine, symbolise parfaitement cette adhésion à la cause, qui touche à la fois des sujets forts (les présentateurs qui imposent leur point de vue surréaliste sans estimer l’impact de leur discours) que sur des détails communs (le type garé sur 2 places de parking). Le film souffre par moment de baisse de rythme, surtout quand il s’attarde sur la personnalité de nos deux protagonistes (je pense au passage dans le magasin de vêtement et à la halte culture dans le motel). Si il est indéniable que certaines références culturelles font plaisir, une réflexion plus globale sur ce qui définit la culture aurait été bienvenue, plutôt que de léser tout ce qui reste dans l’ombre. Néanmoins, avec un final aussi percutant que la prise en otage d’un plateau télé et de l’exécution sommaire de bon nombre d’individus y étant présents, God Bless America a tout le potentiel nécessaire pour marquer méchamment son public, et surtout attirer son attention sur quelques réflexions sociétales et les aberrations qui en découlent (Steven, le véritable déchet humain du film). Osé car sans recul sur son message et ses insultes, mais sincère et plutôt bien écrit, God Bless America est un essai engagé et salutaire pour le cinéma d’auteur. Mais bon, entre ça ou un Les profs, on voit vite quelles tendances apparaîssent.

 

5/6


2011
de Bobcat Goldthwait
avec Joel Murray, Tara Lynne Barr

 

6a00e54ee7b642883301630418992b970d-500wi.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

dasola 30/09/2013 15:46

Bonjour, film décapant: le début est assez jubilatoire. Je conseille. http://dasola.canalblog.com/archives/2012/10/30/25428561.html Bonne après-midi.

voracinephile 01/10/2013 08:07



Effectivement, un sérieux pamphlet, à prendre plus ou moins sérieusement...



Zogarok 16/09/2013 19:43

J'ai aimée ta chronique. Mais "l'éradication" de qui ?

J'ai apprécié la mise en scène de ce "climat ambiant" dégénéré et l'ironie de la participation de Frank. Il est finalement enchaîné à cette médiocrité et sa lecture morale lui fait oublier que les
autres s’accommodent bien, tout simplement, de ce monde-là.

voracinephile 16/09/2013 20:16



L'éradication de la médiocrité, et donc des gens médiocres...


Enchaîné à cette médiocrité, je ne sais pas si je l'aurais dit comme ça. En la subissant incessamment, normal qu'elle semble au coeur de ses préoccupation, et comme elle est intrusive partout, il
finit par être découragé par tout ce qui l'entoure. Un seul regret, la gamine qui joue à la DS. Un violent gnon dans sa face m'aurait fait un plaisir fou (tout comme, à l'époque de Looper, une
claque dans la gueule de cet avorton). Certes, les autres s'en accomodent bien, c'est ce qui modère l'impact sur la réalité. Une bonne part de la population est capable à la fois de s'entretenir
de médiocrité et de parler sérieusement à côté (après, ils faut juger de leurs arguments). Mais concernant la part d'individus foncièrement médiocres qui ont une vie alimentaire et qui pèsent sur
les autres avec leur attitude, la démarche du film est sans appel, et foncièrement jouissive pour l'occasion.



2flicsamiami 13/09/2013 12:55

Un film pas parfait (le rythme et le manque de recul, deux points négatifs que tu n'écarte pas) mais le ça fait plaisir de voir imprimer sur pélicule nos fantasmes.

J'aime peut-être un peu plus le film aujourd'hui que quand je l'avais découvert il y a quelques mois.

voracinephile 14/09/2013 19:19



Il y a clairement des moments où le rythme faiblit. On ne peut pas lui en vouloir, vu son sujet bancal, il est dur de surenchérir continuellement sur un tel terrain. Mais pour ce qui est des
nombreux exemples quotidiens de la médiocrité des gens, c'est un festival ! Jubilatoire est un mot qui convient parfaitement ici, du début à la fin, le film incarne des haines que nous avons tous
déjà ressenti...


Indéniablement, il doit gagner en charisme avec le temps, je t'engage à la revoir.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche