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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 17:41

http://thewolfmancometh.files.wordpress.com/2010/03/poster5.jpg

 

Virée sombre dans la crasse humaine aujourd'hui avec Henry, portrait d'un Serial Killer. Un film fait avec peu de moyens, qui s'écarte toutefois des voies ouvertes par le Maniac de William Lustig. Peu de psychologie, quelques sentiments et surtout un quotidien trivial anxiogène qui ne lâche pas le spectateur jusqu'au générique.

L'histoire : Henry vit en colocation avec Otis, un camarade de prison. Henry semble vivre de petits boulots, alors qu'il vit essentiellement de ce qu'il vole à ses victimes. Mais son quotidien change un peu quand Beth, la soeur d'Otis, vient habiter temporairement avec eux.

 

http://www.atrocitiescinema.com/DVD/images/screenshots/Henry_shot3a.jpg

 

Henry, portrait d'un serial killer est un film sans espoir. Pour le coup, pas à un seul instant on éprouvera de l'empathie pour ces personnages, sinon pour la soeur d'Otis, qui suit un parcours sentimental logique, presque trivial en s'attachant à Henry qui est le seul homme proche d'elle (elle sort d'une relation douloureuse) et dont le lourd passé l'intrigue. Leur premier échange, autour d'un jeu de carte, où Beth balance d'office qu'elle déteste son père qui a abusé d'elle pendant 8 ans, témoigne de la volonté de la jeune femme de faire un rapprochement en force, de révéler d'office la noirceur présumée d'Henry, qui a fait de la tôle pour avoir tué sa mère. Sauf que du récit de la vie malheureuse de Beth, Henry n'en a pas grand chose à foutre. Il reste avachi sur sa chaise, prêtant une oreille distraite à la crasse humaine qu'on lui expose, avant de relancer gentiment la conversation sur la vie de la jeune femme. Et quand on l'interroge sur son passé, il s'emmêle les pinceaux, donne des détails contradictoires (l'arme du meurtre de sa mère n'arrête pas de changer d'une version à l'autre)... Bref, il ne se sert pas de son passé pour se donner une justification. Henry tue, c'est simple. L'introduction est nette à ce sujet. On voit Henry accomplir des actions quotidiennes alors que les corps de ses victimes apparaîssent au cours de plans longs à la musique désagréable. Le film s'intéresse principalement à deux choses : le rapprochement d'Henry et de Beth (cette dernière poussée par sa solitude et par la gentillesse d'Henry radicalement "normal" dans sa vie quotidienne, c'est elle qui entreprendra toutes les manœuvres de vie de couple) et le vacillement d'Otis dans la folie meurtrière. La psychologie d'Otis est aussi efficace qu'expédiée : c'est un chieur. Un gars en conditionnelle qui boit, qui a un job minable, qui deale pour arrondir les fins de mois et qui s'amuse à faire chier sa soeur revenue dans son appart. Mais au cours d'une sortie en ville, il voit Henry tuer deux prostituées. Passé un petit temps d'adaptation, où Henry sortira toutes les phrases bateaux ("La vie, c'est la jungle.", "C'est toi ou eux...") sensée faire passer la pilule. Mais elle ne passera vraiment qu'un soir d'énervement où Otis tue un automobiliste sans autres raisons que de commettre un meurtre. Le film s'aventure alors dans une sorte d’excursion fréquente dans le meurtre gratuit, d’abord avec un vendeur de télé zigouillé avec sa marchandise, puis avec une caméra par laquelle on verra le meurtre sauvage d’une famille. Une qualité d’image dégueulasse, une violence sèche, et Otis qui se repasse les meilleures scènes au ralenti. Le film s’essaye en quelque à montrer qu’Henry, serial killer dans l’âme, sait aussi se contrôler (il réprouve la vengeance, qui conduit immanquablement en prison), alors qu’Otis, véritable raté, ne s’impose aucune limite. Le final conclura d’ailleurs là-dessus, Otis étant attiré depuis le début par sa sœur et s’essayant avec elle, l’occasion pour elle de commettre sa première complicité de meurtre avec Henry. A partir de cette instant, leur relation, qui laisser filtrer quelques émotions essentiellement par Beth, cesse clairement d’exister sentimentalement. Il n’y a plus qu’une survie commune, les deux personnes étant liées par un meurtre qu’il faut désormais cacher et qui nécessite de fuir ensemble. La scène de la voiture est en cela magnifique, faisant parler nos personnages avec un détachement lourdement gênant (« Henry, je t’aime… » 20 secondes plus tard « Je crois que je t’aime aussi. » 20 secondes plus tard, Henry allume la radio). Toutefois, au lieu de conclure là-dessus, le film fait durer encore 5 minutes le sanglant voyage, sans apporter beaucoup plus. L’aseptisation de leur relation continue, mais aucun élément nouveau ne vient se rajouter. Finalement, Henry portrait d’un serial Killer se clôt avec un goût d’inachevé, ayant cerné d’intéressants comportements sans avoir toutefois fait plus que les mettre en scène. Un essai pertinent, mais inabouti.

 

4.5/6

 

1986
de John McNaughton
avec Michael Rooker, Tracy Arnold

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commentaires

Vince12 03/09/2012 13:38

Oui c'est sur puis le choc est au rendez vous.

Vince12 02/09/2012 15:42

Comme tu dis le film n'a peut être que pour seule ambition de dresser un portrait (le titre) sans forcément chercher plus loin.

voracinephile 03/09/2012 10:07



Je pense que c'est en effet le cas. C'est déjà beau de voir un film de cette trempe qui n'avait que des prétentions commerciales au départ (il a été tourné avec le budget d'un documentaire
abandonné, pour ne pas gâcher l'argent).



Vince12 02/09/2012 10:11

Un film choc! Mais c'est frai qu'on a l'impression que tout n'"a pas été dit.

voracinephile 02/09/2012 13:28



Toi aussi, tu es resté sur ce sentiment d'inachevé ? Pour ma part, après recherche, il semble que le réal se soit inspiré de la vie de Henry Lee Lucas, mais il n'a pas chercher à dire un truc
dans son film. Il y a une ébauche avec un type normal qui devient accro au meurtre, il y a un portrait de psychopathe convaincant, mais tout ça n'est pas vraiment maîtrisé. C'est là, mais
l'histoire s'en fout, elle continue... Cette fin est frustrante dans la mesure où elle n'a pas compris où il fallait s'arrêter. Dommage, car l'essai est vraiment réaliste et dérangeant, et la
performance de Michael Rooker est aux antipodes de ses rôles suivants.



alice in oliver 02/09/2012 08:07

quel choc ! Par contre, je déconseille vivement la suite

voracinephile 02/09/2012 13:21



Un sacré choc, et un début de carrière fort pour McNaughton, qui hélas n'a pas vraiment confirmé par la suite... J'ai vu qu'il existait une suite, mais dans la mesure où ce n'est même plus le
même acteur...



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