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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:31

Her

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Her est le pilier SF de l’année, ayant réussi à trouver un concept futuriste aussi crédible que révélateur des chimères humaines. Les sentiments, les attentes, les espoirs de chacun restent les principales causes de dépressions et de mal-être dans une société toujours plus ergonomique, où le confort et l’individualisme sont érigés comme le bonheur accessible à tous. Et dans ce climat morose arrive la dernière invention à la pointe, OS-1, promettant de réaliser votre souhait le plus intime : être enfin compris totalement par quelqu’un.

L’histoire : Theodore est employé dans une entreprise de rédaction de lettres personnelles. Employé sans histoires, sortant d’une rupture, il décide de s’acheter le dernier gadget à la mode, un ordinateur OS-1 doté d’une intelligence artificielle susceptible d’évoluer en étant programmée pour comprendre son acquéreur.

 

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On saisit dès son introduction le climat étrange qui va se développer dans Her. Nous sommes dans un futur moderne, où peu de choses ont changé sinon la tendance new age de la décoration et les technologies de communications toujours plus pratiques. Théodore écrit des lettres sur commande, mettant ses sentiments au service de gens qui n’ont pas le temps, ne veulent pas s’en charger, ou simplement qui ne savent plus comment communiquer avec les êtres qu’on aime. Le constat est morose, mélancolique sans être désespéré, il plante une tendance, qu’il confirme avec le comportement de Théodore. Célibataire, bientôt la quarantaine, gentil, sans histoire, un peu lisse, il vit au rythme langoureux de sa ville, écoute ses chansons mélancoliques dans les transports en commun comme tout le monde, a ses amis réguliers, s’investit dans les jeux électroniques… Le futur de Her présente un individualisme plus affirmé, plus abouti, où chacun développe son petit cocon avec d’autant plus de facilité qu’on lui présente des outils plus adaptés à cet état sécuritaire. Mais dans ces conditions, les relations sociales deviennent plus difficiles, plus risquées… Plus personne ne supporte d’être au dépend de l’autre, de se contraindre sur le long terme. Théodore ressent cela avec les nouveaux contacts qu’il aborde. La scène d’orgasme par téléphone interposé plante immédiatement ce concept de se servir de l’autre pour arriver à ses propres fins, quitte à ignorer totalement ses réactions (c’est d’autant plus facile par téléphone et sous pseudo). Puis arrive le OS-1, enfin une personne toujours en contact, à disposition, un esclave intellectuel moderne, sensé être soumis à la volonté de son acquéreur, tout en conservant une part évolutive pouvant créer la surprise et l’innovation nécessaire à la durabilité d’une relation. On savait que Her allait parler d’une relation amoureuse entre un ordi et son propriétaire. Elle n’aurait pas pu être développée plus finement. Progressivement, démarrant sous l’angle de petits services (l’intelligence artificielle est une aide incroyable au quotidien question organisation), Théodore livre de plus en plus sa perception du monde et des sentiments, laissant l’ordinateur s’adapter à son caractère et le conforter dans ses positions. Le fait de ne pas être jugé, appuyé et épaulé au quotidien, c’est l’essence d’une amitié positive, surtout quand l’échange se fait des deux côtés façon complémentarité. Et avec le simple usage d’une web cam et d’une oreillette, l’OS-1 peut interagir en direct avec le monde extérieur. Jamais irréaliste (seul le concept d’intelligence artificielle désarçonne en montrant un objet prendre des initiatives et des décisions), la relation qui s'établit a une spontanéité et une force qui la font radicalement sortir des rapports policés habituellement entretenus avec le monde quotidien. L'épisode du rencart au restaurant permet de dépeindre une nouvelle facette des rapports humains : l'impatience du rendement sur investissement. Les gens n'ont plus de temps à gaspiller avec des rapports humains annexes, ils veulent un investissement immédiat et fort, pour avoir vraiment la sensation de vivre et d'avoir des rapports enrichissants. Ils sont pressants et ont des attentes, qui posent déjà des conditions dans la relation. L'OS-1, lui, s'en affranchit. Il cherche constamment des solutions en cohérence avec la pensée de son propriétaire, et s'enrichit parallèlement via une connexion internet ininterrompue. C'est d'ailleurs via cette évolution que le film amorce sa chute. Il place la fin des relations amoureuses comme une étape obligatoire, un inévitable évènement, dû à l'évolution de chacun des deux partis. Dans le cadre de l'ordinateur, sa personnalité accélérée et ses capacités électroniques lui permettent d'avoir des centaines de conversations parallèles, et de privilégier ceux qui lui semblent plus intéressants. Une intelligence poussée et non bridée qui tend à s'émanciper et à vivre ses relations librement et sans attache. C'est là que le concept d'amour entre en conflit, car il implique aussi d'être en partie dépendant/soumis.

En posant ces bases, Her façonne un monde et le découvre sous un angle aussi simple que bienvenu. Les évolutions sont possibles en fonction de chaque personnalité, ce qui offre un matériau riche propice à toutes les spéculations (comment évoluerait un ordinateur acheté par un asocial ? Les ordinateurs pourraient-ils développer une conscience commune ?...). En cela, et parce qu'il reste humble vis à vis de ce qu'il expose, Her est le film de SF le plus ambitieux de l'année, trouvant l'intelligence du concept et l'exposant avec une sensibilité vraiment touchante (les sentiments sont captés avec une acuité remarquable (le couple d'amis qui se désagrège peu à peu, le collègue de bureau faisant de discrètes avances, tous cherchent des repères sentimentaux pour s'épanouir...)), suffisamment pour immerger sans peine le spectateur et lui offrir la dose de SF qu'il attendait. En tout point remarquable.

 

 

5/6


2013
de Spike Jonze
avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson

 

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commentaires

borat8 15/07/2014 16:56

Un film grandiose sur notre addiction aux technologies et le pire dans tout cela c'est que c'est crédible. L'appareil de Leonard ressemble à n'importe quel ipod nano, le jeu-vidéo à une version améliorée du kinect et Samantha à une version améliorée de Siri. De pplus, cela faisait longtemps que je n'avais vu une aussi belle histoire d'amour au cinéma. Joaquin Phoenix est excellent comme d'habitude qui plus est dans un rôle plus tendre que celui de Two Lovers où il était aussi dans une fâcheuse position amoureuse. Quant à Scarlett Johnasson elle n'a jamais aussi bien joué et pourtant on ne la vois jamais. Ce qui permet aux spectateurs de se faire sa propre idée de Samantha.

borat8 16/07/2014 01:35

Je n'avais pu le voir dans mon multiplexe mais j'avais réussi à le voir au Palace, un des cinémas prêt de l'université. Au final on n'est pas tellement dans de la SF ou tout du moins elle nous est tellement proche qu'on ne fait plus du tout attention. Une vraie prouesse de la part de Spike Jonze.

Voracinéphile 16/07/2014 00:35

Content de te retrouver sur celui ci, une aubaine qu'il ait été quand même assez bien sorti. Ce retour à la SF pure qui parle d'humains au travers de la technologie, une merveille comme je n'en avais plus vu depuis longtemps...

Princécranoir 15/07/2014 14:43

En tout point d'accord avec cet avis. Après HAL, il y aura HER dans la lignée des ordinateurs émotifs (emo-computer ?). Tu oublies cependant un petit peu la mis en scène dans ton commentaire enflammé : il faut souligner qu'elle est magistrale, la caméra toujours placée à bonne distance du sujet, la lumière captant l'humeur morose ce futur proche désaffecté, tandis que les espaces sont dessinés selon des lignes architecturales aux formes presque virtuelles. Toujours inscrit dans ma selec de l'année.

Voracinéphile 16/07/2014 00:37

Oh oh ! Mais c'est toi qui fait la pub de mes chroniques maintenant ^^. Content de constater qu'il t'est resté en mémoire. Il faut dire que lui aussi avait pressenti et envisagé un monde, sans toutefois l'exposer d'une façon aussi brillante que Her. Mais la SF pure, même bancale, est toujours un plaisir à découvrir et à analyser.

Princécranoir 15/07/2014 15:24

Comme toi, je n'avais pas particulièrement emballé par S1mOne. Je le reverrais bien à la lumière de cet OS. Autre regard sur le futur, signalons aux lecteurs l'intéressant "Looker" de Michael Crichton dont tu avais si bien vendu les charmes relatifs. ;)

Voracinéphile 15/07/2014 15:02

J'avoue m'être détaché de la facture technique pour me concentrer sur le monde humain décrit par le film (c'est cela qui m'a littéralement absorbé). Il est clair que le naturel de la mise en scène et ses subtils partis pris renforcent l'immersion et soulignent d'autant plus les sentiments à l'oeuvre (quoique j'avais senti l'intelligence de cette dernière pendant certaines séquences, notamment pendant la première nuit orgasme avec Samantha, où l'image disparaît pour mieux laisser le spectateur s'imaginer la scène comme Théodore. Ta critique m'avait convaincu de l'essayer, c'est bel et bien un des meilleurs de l'année. Il faudra en revanche que je me penche sur le cas de S1mone, qui m'avait nettement moins emballé.

alice in oliver 15/07/2014 12:58

Toujours pas vu mais visiblement, c'est lun des films de l'année, ce que confirme ta chronique

Voracinéphile 15/07/2014 13:09

Tu t'en rendras compte par toi même, c'est un film qui fourmille de constats sociaux. Il faut accepter d'avoir une SF qui ne soit pas impressionnante, avec très peu d'effets spéciaux.

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