Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 12:32

http://img4.maimage.com/Maimage____l_40815564291.jpg

 

Ca faisait longtemps que je voulais m’attaquer à Takashi Miike, mais je ne savais trop sous quel angle m’y confronter. Puis je retombe par hasard sur Ichi the killer, et me reprenant une baffe monstrueuse de cet OFNI énorme, effréné et complètement barje. Sans doute pas le plus facile à interpréter, mais l’un des films les plus marquants de sa carrière avec le légèrement surestimé Audition.

L’histoire : Plusieurs anciens membres d’un groupe de yakusas se vengent de leurs anciens employeurs en éliminant peu à peu leurs dirigeants avec un tueur psychologiquement dérangé : Ichi.

 

http://www.horrorphile.net/images/ichi-the-killer-nao-omari1.jpg

 

Véritable punch dans la gueule, le film s’ouvre tambour battant avec une séquence qui risque fort d’en déboussoller plus d’un, tant son envie d’aller à 100 à l’heure se fait sentir. A l’image de ce générique apparaissant sur les rouages d’une chaîne de vélo, le film avance à fond, et va sans arrêt aller toujours plus loin, mais rarement sous l’angle qu’on pouvait attendre. Notamment parce que le monde qu’il nous propose ici est infiniment plus complexe qu’il n’y paraît. Si l’appellation d’ultra-violence n’est pas volée (les amateurs d’hémoglobine vont en prendre plein les yeux), les personnages tiennent une énorme part de l’affiche. De simples sous-fifres sont développés, certains chefs yakuzas bénéficient d’un portrait assez fin, et bien sûr, nos « rebelles » vont aussi passer sous les projecteurs dans ce trip hallucinant. Commençons par le yakuza de l’affaire, Masa. Inoubliable avec les nombreuses cicatrices qui lui labourent la face et son sourire lui remontant jusqu’aux oreilles, qu’il ferme avec des percings pour parler normalement. Le personnage est complètement fou, torturant n’importe qui dès qu’il croit pouvoir obtenir une information concernant le boss qu’il recherche (Anjo, tué d’entrée de jeu par Ichi) et nous offrant des sévices impressionnants (l’huile de friture, ses fameuses aiguilles…). Mais le personnage affiche également des pulsions masochistes, et d’ailleurs, il apparaît vite qu’il recherche son ancien patron parce que celui-ci ne cessait de le faire souffrir. Le personnage, qui vit par la violence, s’y trouve toujours attaché, à la fois comme moyen, mais aussi comme but. Et quand il sera confronté à Ichi, nul doute que le masochisme reviendra à la charge dans un affrontement pour le moins surprenant. Tous les personnages sont liés de près ou de loin à la violence, c’est le point commun qui les rassemble tous. Les épreuves font l’homme, et les épreuves sont faites de souffrances (sans que la cible n’en soit précisée). Ainsi, on s’intéressera au cas d’un des tueurs yakuzas, qui fait ce travail de mort pour s’acquitter d’une dette et nourrir son fils de 9 ans. Un personnage banal, qui se retrouve impliqué dans l’histoire pas vraiment de son plein gré (quelle bonne idée d’ailleurs de le confronter à Ichi quand ce dernier ignore à qui il a affaire). Et venons en tout de suite à Ichi, personnage également intéressant pour sa perception de la violence. Ichi a un peu un caractère d’enfant dans un corps d’adulte. Il est musclé, accros aux jeux vidéos ultra violents, et dans la vie, c’est un gros frustré. Son quotidien est fait d’agressions verbales et morales, de frustrations et de peur qu’il prend toujours sur lui, n’arrivant pas à faire face (il chiale presque sans arrêt). Et peu à peu, il assimile la douleur et le plaisir. Ou plutôt, le plaisir et la violence. Ne connaissant que la violence et ne parvenant jamais à s’exprimer, il projette constamment ses fantasmes dans un contexte ultra violent. Ce qui donne Ichi the killer, un meurtrier frénétique, complètement incontrôlable, qui jouit à chaque fois qu’il taillade la chair de quelqu’un d’autre. Complètement trash, et Ichi n’ayant aucune volonté en dehors de ses crises, il est manipulé par d’anciens Yakuzas qui l’utilisent à des fins de vengeances et nettoient les lieux de ses crimes (qui sont pour ainsi dire repeints à chaque fois qu’il a terminé). Le monde d’Ichi the Killer tourne autour de la violence. Elle est à la fois dans les actes, mais aussi dans l’image (les couleurs criardes, les cadrages étranges, les gros plans agressifs…) et dans la bande son (les morceaux électroniques sont particulièrement énervés). La violence prend tous les tons : réaliste, gratuite, dérangeante, mais aussi exposée parfois de façon jouissive. D’ailleurs, le cheminement de l’histoire (assez biscornue) n’est-elle pas pyramidale, nous aiguillant vers le combat tant attendu des 3 grandes personnalités du film (n’est-ce pas là un signe évident de cheminement jouissif, allant de combats en combats vers un boss final) ? Encore une fois, je n’ai pu m’empêcher de trouver de l’humour dans ce déluge de violence (peut être pour atténuer la claque visuelle que je me suis pris), mais certaines situations parfois cartoonesques invitent clairement à sourire. Par exemple, le traitement des yakuzas est volontairement forcé, ils sont trop « Yakuzas » pour être réalistes. Et les fréquents accès de violence de Masa peuvent provoquer la surprise à ce niveau là (je pense surtout à la séquence où pour interroger rapidement une serveuse, il met sa main à plat contre la sienne et d’un mouvement de doigt, il pète les phalanges de la secrétaire à 180°. Totalement irréaliste et complètement cartoonesque… donc drôle ? Je le pense, la violence passant ici à toutes les sauces et sous toutes ses forces. Au final, le film n’est jamais vraiment clair sur son but. Mais la peinture de cet univers dominé par la violence apporte son lot de surprises, se révélant tout bonnement être une claque dans la gueule de celui qui s’aventure sans savoir à quoi il a affaire. Attention, objet à double tranchant, mais si fou et parfois si intéressant qu’on ne risque pas d’oublier l’expérience. Une petite révolution.

 

5.5/6

 

2001
de Takashi Miike
avec Tadanobu Asano, Nao Ohmori

 

ichi_the_killer_profilelarge.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Vince12 15/04/2012 18:56

Perso je vois plus en Ichi la représentation d'ado manipulé par une socièté qui leur donne une identité qui n'est pas la leur.

voracinephile 15/04/2012 20:20



Interprétation en effet pertinente, Ichi étant manipulé par un vieillard empli de vengeance (et au physique assez surprenant). J'aurais peut être dû être un peu moins hâtif dans mon
interprétation...



Vince12 13/04/2012 10:32

Je suis pas trop fan du ciné de Takashi Miike, mais ce film a ses qualités, un vrai truc de barges. On parle beaucoup de la violence graphique et du gore mais je trouve qu'on oublie de parler de la
dimension psychologique qu'on a à travers le perso de Ichi.

voracinephile 15/04/2012 17:25



Ah, mais tout à fait ! Ichi est loin d'être un héros ! Sa relation avec la violence est assez ambigue, et on pourrait carrément parler d'addiction, son plaisir sexuel étant désormais lié à son
talon-trancheur. D'ailleurs, tout le monde est lié à la violence dans l'univers d'Ichi. Le film, si il a l'air gratuit, lance quand même des idées intéressantes par-ci par-là ! Après, je ne sais
pas si tu as creusé plus ou moins certains personnages du film, mais si Ichi ressemble à une version trash des adolescents férus de jeux vidéos violents, Kakihara est quant à lui un sado-maso
vraiment intéressant, sans arrêt lié à la violence, au point d'en faire le moteur de sa vie sentimentale et professionnelle.



alice in oliver 04/03/2012 16:31

oui, un vrai bon film mais les dernières minutes me laissent vraiment sur ma faim

alice in oliver 04/03/2012 14:45

très bon film de Takashi Miike. Seul petit regret: le combat final est vraiment décevant

voracinephile 04/03/2012 15:48



Un combat un peu plus long et beaucoup plus fou n'aurait pas été de refus en effet, nos personnalités violentes ayant un gros potentiel. Mais un tel OFNI reste une bénédiction, un vrai truc de
dingue qui enterre le torture porn en termes d'orgie de violence.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche