Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:52

hannibal_tv_series_poster_fan_made_by_knightryder1623-d5x89.jpg

 

La série Hannibal pouvait, très honnêtement, représenter une aubaine pour tous les cinéphiles ayant apprécié l’univers de Thomas Harris. Excellente variation sur le thème d’Hannibal pendant une période non traitée par les livres (ses débuts de psychiatre et ses premières contributions avec le FBI), en profitant pour renouveler complètement son casting (Anthony Hopkins laisse la place au grand Mikkelsen, choix excellent pour incarner notre cannibale favori), et pour mettre en avant Will Graham, envoyé spécial qui se sert de son excellent don d’empathie pour ressentir les motivations des psychopathes sur lesquels il travaille. Eblouissante, la série l’est certainement de par sa tenue artistique (tout est fait pour créer l’évènement). Mais l’excès de poudre aux yeux finit lourdement par irriter la cornée.

L’histoire : Au FBI, l’agent Will Graham est employé par Jack Crawford pour les affaires concernant les psychopathes, Will ayant la capacité particulière de se mettre facilement dans leur peau et de deviner leurs motivations, leurs rituels…). Soumis à une intense pression psychologique, il est contraint de suivre une thérapie auprès d’Hannibal Lecter, étoile montante du domaine de la psychiatrie.

 

hannibal-serie-teaser.jpg

"Ah, James, il a bon goût quand même..."

 

Ah, rarement une série m’aura refroidi aussi vite, et aussi méchamment (mon seul exemple en tête : Paranoia agent, qui commençait merveilleusement (les 5 premiers épisodes sont parfaits à tous les niveaux) avant de devenir une espèce de réunion de suicidaires happy guimauve pour enfant de 5 ans). Après le petit buzz orchestré par les médias autour de cette série, disons le, déviante, on pouvait avoir des attentes monumentales. La simple vue des photos sur le net, nous promettant des morts aussi gores que jamais vues (le totem de 12 corps vaut à lui seul le détour), augurait d’ambitions conséquentes, en plus du casting pas exclusivement composé d’inconnus (Fishburne vient remplacer Keitel dans le rôle de Crawford). Et visuellement, le pari est complètement réussi. La série est d’une beauté formelle à tomber par terre, et régulièrement, en prenant pour prétexte l’instabilité psychologique de Will Graham, le récit se laisse aller à des hallucinations troublantes, très lynch dans l’esprit, avec beaucoup de symboliques qui reviennent (pour ceux qui n’ont pas lu Hannibal les origines, l’animal associé à la famille d’Hannibal est un Cerf, qui vient hanter à chaque épisode les songes de Graham sans qu’il en comprenne le sens). Le montage, précis, nous fait revivre à chaque fois les scènes de meurtre avec Will à la place de l’assassin, se livrant parfois à de véritables boucheries. Chaque épisode se voit associé à une enquête sur un psychopathe différent, à l’exception du 3ème et des derniers épisodes, qui nous révèlent enfin quelques activités louches d’Hannibal, sans toutefois progresser beaucoup. Car c’est bien là que le bas blesse : les enjeux. Ceux qui s’intéressent vraiment à Hannibal auront toujours ce goût pour la psychologie, cette envie de voir les yeux du docteur pétiller en donnant de précis indices à nos enquêteurs, comme si il comprenait immédiatement tout ce qui l’entoure. Et bien ici, Hannibal nous bourre le mou. Aux motivations fluctuantes, tuant parfois sans « mobile » (son exigence culturelle est presque évacuée du récit, il ne semble rester que la cuisine au registre), et en passant son temps au fil des épisodes à balader son monde, entre Crawford qu’il maintient dans sa position réservée vis-à-vis de Graham et Graham lui-même, qu’il fait douter de sa santé mentale tout en prenant des airs empathiques. On est loin du roman Dragon rouge, mais soit. Tout cela serait passionnant si ce n’était pas aussi bavard, aussi répétitif d’un épisode à l’autre. On nous vend cela comme de la manipulation, mais les dialogues qui s’enchainent à la suite avec si peu de reliefs pour capter notre attention, ça endort purement et simplement. Quant aux psychopathes qui défilent au fur et à mesure des épisodes, je vois mal comment supporter la situation au-delà du 5ème. Un psychopathe par épisode de 45 minutes, c’est trop, beaucoup trop. La série a clairement eu les yeux plus gros que le ventre, puisqu’elle n’a le temps d’en développer aucuns. Il faut que l’affaire soit complètement close, donc immanquablement, la plupart se font descendre ou choppés sans rebondissements. Mais c’est surtout question psychologie qu’on souffre. En effet, pendant l’étude des meurtres, on est au niveau de « Faits divers criminels ». Nous avons en détail les mises en scènes sordides des meurtres avec si possible des détails salaces, et la psychologie sensée expliquer cela est à tomber par terre. L’épisode 2, par exemple, met en scène un psychopathe qui cultive des champignons sur des corps humains maintenus dans le coma. Explication : il admire les champignons et leur capacité à se connecter. Gné ? La série se fout pas un peu de ma gueule, là ? Et on tombe régulièrement dans des idées aussi expédiées, tant il semble évident que les créateurs de la série n’en ont rien à foutre de la psychologie, ils avaient juste besoin d’un écrin fastueux pour donner libre cours à une glauquerie démentielle, mais raffinée. En surenchère jusqu’à l’épisode du totem, on finit par ne plus prendre la série pour autre chose que ce qu’elle est, une version deluxe de Psychopathes en folie, qui s’intéresse davantage aux meurtres gratinés qu’à leurs auteurs et leurs motivations. Les amateurs de faits divers apprécieront, les cinéphiles pourront aller faire cuire leurs nouilles sans craindre de rater une révélation particulière. Il a quand même quelques restes dans Hannibal. Outre la variété des mises en scènes macabres et de la direction artistique à tomber, la série exploite par endroits des idées intéressantes, comme la maladie mentale d’une personne qui efface les visages des personnes qui l’entourent. De tous les épisodes, on pourra également relever le 8, qui a le mérite de délivrer ce qu’on était en droit d’attendre d’Hannibal, à savoir une confrontation directe entre lui et un collègue psychopathe aux goûts esthétiques au moins aussi avancés que lui. L’épisode est sobre, intense, et le plaisir de trouver un psychopathe ayant une carrure similaire à notre bon vieux docteur fait vraiment plaisir, on aurait presque aimé qu’il s’impose à sa place et devienne notre principale attraction. Reste qu’en l’état, cette série peine clairement à convaincre (à l’image de son générique numérique assez hideux), malgré toutes les bonnes volontés palpables à l’écran. Il faut dire que si on enlève à Hannibal la psychologie, il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent…

 

2/6


2013
avec Hugh Dancy, Mads Mikkelsen

 

critiques-series-hannibal-saison-1-episode-2--L-5Bdazv.png

Partager cet article

Repost 0

commentaires

borat8 20/10/2013 15:45

Oh non mais pourquoi tu me parle d'AB Production?! Bien sûr que je connais et que j'ai bouffé des vacances de l'amour, troisième volet des aventures d'Hélène, elle s'appelle Hélène, c'est une fille
comme les autres. Et maintenant il y a Les mystères de l'amour! Pour Profilage, de ce que j'en ai vu c'est encore plus drôle puisque l'héroïne se shoote une fois qu'elle n'a pas eu la validation de
l'adoption et manque de se crasher en voiture! Le ridicule ne tue pas mais bon... Il y aussi la connerie Crossing lines avec Marc Lavoine en flic (humour!) qui se la joue interpol. Soit un concept
qu'avait déjà fait TF1 avec Corrine Touzet... Tiens j'avais oublié Une femme d'honneur, soit une femme qui élève seul son fils et est gendarme!

borat8 20/10/2013 01:40

Pour Hercule et Xena j'hésite car c'est plus mon père qui regardait. Aujourd'hui il te dirait que c'étaient des conneries de merde et pourtant le samedi il était toujours rivé dessus. En revanche
je me souviens bien d'Alerte à Malibu, pas forcément à l'époque pour les filles mais surtout pour la nullité du programme. Il ne se passait jamais rien. Après j'ai sorti les boulets rouges sur plus
d'une série pourrie diffusée sur TF1 et à force j'ai du mal à trouver de la moelle. Par contre, si je commence à dézinguer les fictions françaises de TF1, cela serait assez méchant, je pense
notamment à l'aspect caricatural de la famille dans les séries TF1. Julie Lescaut: une mère de famille divorcée et flic. Navarro: un père de famille divorcée ou veuf je ne sais plus et flic. Diane
femme flic: une mère de famille dont le supérieur est son mari. Profilage: une autiste qui rêve d'adopter une gamine en Asie ou je ne sais où et participe aux enquêtes. Les Montana: une famille de
flics. J'ai plein d'exemple de ce genre avec TF1 et autant dire qu'il y a de quoi se fendre la poire.

voracinephile 20/10/2013 15:37



Ca te dit quelque chose, les vacances de l'amour ? Je te recommande de chercher ça sur Youtube, tu vas tomber de ta chaise dès le générique tellement c'est naze...


Tous les exemples que tu cites me parlent, même si je les suivais malgré moi à l'époque (et ce n'était même pas chez mes parents.


Tiens, Porfilage, ça me rappelle le truc nul qui était sorti avec Clavier et Robin : on ne choisit pas sa famille... Un truc sur l'homoparentalité dont la légèreté semble avoir été privilégiée...



borat8 19/10/2013 20:42

D'ailleurs il faudrait que je parle d'Alerte à Malibu dans la Cave de Borat! Un vrai coin Playboy cette série!

voracinephile 19/10/2013 23:24



Oh là... Dans le genre qui tâche, tu y vas franco... Bon sang, mes jeunes années passées à subir les conneries de la télé vont ressurgir et me hanter...



borat8 18/10/2013 20:21

Un matin tu dis? C'était une série AB Production?

voracinephile 19/10/2013 11:12



Je ne crois pas...



borat8 16/10/2013 12:50

Intéressant. Donc cela veut dire que je n'en ai pas parlé dans la cave.

voracinephile 18/10/2013 15:26



Pas encore, mais je crois que ça te donnera des idées ^^



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche