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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 14:00

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Lawrence Anyways étant déjà passé sous le scalpel de Voracinéphile, vous connaissez donc Xavier Dolan et ses tendances cinématographiques. Très jeune réalisateur (à peine la vingtaine quand il tourne J’ai tué ma mère) à l’ambition assez démesurée, il décide de se lancer sous l’angle de l’art et essai, tournant en langue canadienne et décidant de parler du sujet qu’il connaît le mieux, lui-même. Le résultat laisse dans une situation mitigée, les arguments du film étant contrebalancés par son extraordinaire capacité à agacer le public.

L’histoire : Hubert, jeune étudiant en art, est obsédé par sa mère, qu'il aime détester plus que tout. Il se construit en dehors, mais ses fréquents heurts se retournent contre lui quand ses parents décident de le placer en internat.

 

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J’avais grand hâte de découvrir ce premier cru de Dolan qu’on m’annonçait comme étant un film polémique (Princécranoir est contre, Zogarok est pour). Et J’ai tué ma mère correspond à ma définition à double tranchant du chef d’œuvre cinématographique, puisqu’il est tellement concentré sur sa vision des choses qu’il en vient à diviser le public sans se forcer. Mais ce n’est pas pour sa complexité que le film divise, plutôt par l’agacement tacite qu’il provoque à longueur de temps. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Xavier Dolan est homosexuel (il a d’ailleurs reçu un prix en 2011 pour la lutte contre l’homophobie), et jouit d’une flatteuse réputation auprès des critiques. Elles s’extasient sur Xavier parce que son style est limpide, son approche est simple (les sentiments qu’il décrit sont d’une logique telle qu’un développement pareil n’était pas nécessaire), et qu’à défaut d’y voir un quelconque message, il manipule des sentiments qui peuvent toucher, et comme il est connoté gay et qu’on ne va surtout pas s’en affranchir (un côté réalisateur proche de son oeuvre, chose pas appréciée par tout le monde), on tient là un parfait porte étendard, émouvant et relativement neutre (il regarde plus qu'il n'analyse). Xavier, vu son style très classique, a bien potassé ses leçons de cinéma et sait comment faire un film. Etude de caractère à la Almodovar, photographie soignée, bande son magnétique, l’objet est séduisant. Mais il est terriblement agaçant (bien plus que Lawrence Anyways) pour l’obsession monomaniaque autocentrée d’Hubert sur lui-même. Gros plans sur sa figure et son corps épilé, plans centré régulièrement sur lui, le fait que Xavier soit à la fois réalisateur et acteur de son film agace. On parvient à faire avec, mais régulièrement, la conduite de son personnage énerve. Car le portrait de caractère qui est fait de son personnage pourrait être bouclé en 5 minutes, sous forme d'une caricature simpliste, mais cruellement pertinente. Le bilan du film est d’ailleurs plutôt léger à ce sujet. Certes, nous avons suivi le parcours de ces personnages, mais l’enrichissement est quasi nul, même pour eux. La relation mère-fils résumée par le titre (plus extrême que le film en lui-même) a bougée, mais les personnages sont toujours restés les mêmes. Et c’est là que Xavier commence à séparer le public. Disons le directement, Hubert est le cliché de l’étudiant homosexuel, sur tous les tableaux. Dans ses goûts vestimentaires, dans sa démarche, dans ses regards, dans ses attitudes, il transpire littéralement d’homosexualité (d’ailleurs, son physique de beau gosse s’accorde parfaitement à cette image). Pas un mal en soit, c’est un portrait de personnage, mais le développement en est excessivement long, ce qui fait naître un sentiment de prétention pas atténué par la proximité évidente entre l'uteur et son oeuvre. Sa première relation homo arrive au milieu du film que dès la première minute on était déjà au courant. Et à ce cliché se rajoute celui du fils braillard. Hubert a 16 ans, et la crise qu’il est entrain de vivre, il la hurle sur tous les toits, tout le temps, sur sa mère, sur son père quand il se montre… Il éructe, il frappe, il se rebelle, avec une violence qui se veut sincère, mais qui donne surtout envie de lui coller une grosse claque pour qu’il se calme. Le scénar a beau lui donner l’alibi d’un jeune âge (16 ans, très tôt pour un coming out) et un passé d’enfant roi, son obsession virant sur la mesquinerie (à critiquer tout le temps sur tout sa mère, incapable de garder ses rancoeurs pour lui-même) a le mérite d’agacer profondément, et de vouloir recadrer Hubert nous même. Hubert est différent, il veut s’affirmer, le mot spécial est trop blessant pour lui… Mais il est un étudiant homo parmi tant d’autre et il ne sort en rien du lot. Pas une once d’empathie ni de chaleur humaine ne filtre derrière sa coiffure branchée et ses œuvres d’art. C’est un cliché, décrit avec force détails et dont on partage  plusieurs années de vie. L’agacement est donc bien présent, mais le portrait en lui-même est crédible. Pas charismatique, mais crédible et compréhensible, Hubert  façonne son entourage et se venge copieusement sur sa mère, qu’il vomit en vivant à son crochet. (Trop) proche de son personnage sans pour autant l’appuyer complètement (le personnage de la mère bénéficie de la performance solide d’Anne Dorval), J’ai tué ma mère se révèle être une tranche de vie au bilan assez léger, mais qui plante des clichés de façon crédible. Un début assez partagé pour Xavier. Pour traiter d’homosexualité, on peut lui préférer le généreux Bruce Labruce (qui ne prend pas les mêmes gants, attention aux non-initiés…)

 

3,6/6


2009
de Xavier Dolan
avec Xavier Dolan, Anne Dorval

 

Xavier-Dolan.jpg

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commentaires

Zogarok 17/05/2013 21:30

Je n'ai aucun problème avec cet égocentrisme et j'ai justement beaucoup aimé que le film soit une confession si radicale et, oui, authentique. Au contraire, "Laurence Anyways" se fourvoyait en
abandonnant cette authenticité pour un drame tout aussi agité mais surtout, hystérique, emprunté. L'artifice l'emporte sur la fièvre. "J'ai tué ma mère" savait bien réunir le fantasme et la rage de
vivre, c'est pour ça que je l'ai aimé. Ensuite, Dolan n'a fait qu'amplifier ses lubbies de... oui, provocateur de bourgeois, enfin, quels bourgeois ? C'est plutôt un clown, avec ce caractère, ces
manies sentencieuses et communes des anarchistes moraux dans son genre.

Le clip de "College Boy" m'a beaucoup fait rire... et on y voit tous les travers de Dolan. Je n'ai eu qu'à vérifier..

voracinephile 21/05/2013 17:41



Je comprends mieux ton attachement à ce premier cru de Dolan, effectivement le plus personnel de sa filmographie.


Réaction identique quand j'ai découvert le clip. Je hurlais "Encore ! Encore !" pendant le final complètement hallucinant. Un symbolisme aussi fin qu'un pavé dans la gueule, mais en mousse, le
pavé... Complètement inoffensif malgré sa maîtrise formelle.



Zogarok 17/05/2013 11:03

Oui, pour ; mais déçu par ce qui a suivi. C'est l'élan vital qui l'accompagne dans le sabotage et la reconstruction de son rapport avec sa mère, mais aussi avec sa propre trajectoire, qui me font
pencher instinctivement en la faveur de ce film. En revanche, les minauderies comme celle de la 1re photo ou même de l'affiche m'auraient épuisé si elles prenaient tellement de place, or ce n'est
pas le cas ; c'est venu avec la suite de sa carrière, moins introspective, plutôt dans les fantasmes insipides.

voracinephile 17/05/2013 14:04



"Déçu par ce qui a suivi"


Tu veux dire dans le déroulement des évènements du film, ou dans la carrière de Dolan (je penche pour la deuxième option au vu de la fin de ton commentaire) ?


Peu de minauderies, mais beaucoup de séquences auto-centrées. Je pense par exemple à ces gros plans tournés en HD noir et blanc, où le personnage se filme en étalant toute la rancoeur qu'il a
pour sa mère. Ce genre de séquence montre combien Dolan insiste pour mettre son personnage au centre du récit, d'où cette impression d'assister à un spectacle "égocentré", où Dolan ne fait plus
un film, mais SON film. Je pense avoir compris pourquoi il le fait (il cherche une authenticité et il bâtit beaucoup son intrigue sur des choses qu'il a visiblement ressenti ou vécu), mais sur
des oeuvres aussi personnelles, à moins d'adhérer totalement ou d'être en face d'une belle virtuosité, la démarche peut agacer. J'ai tué ma mère est le film le plus personnel de Dolan (d'un avis
commun, je n'ai pas encore vu les amours imaginaires pour vérifier), mais il est peut être arrivé trop tôt. On ne commence pas sa carrière artistique par une autobiographie, même fantasmée, à
moins d'avoir vécu quelque chose digne de ce nom.


Sinon, tu as vu le clip d'Indochine qu'a réalisé Xavier ? Pas grand chose à dire, une excellente qualité formelle, et de quoi choquer la bourgeoise dans les dernières minutes. Décevant après
Laurence Anyway...



princécranoir 13/05/2013 20:58

En tous cas il a trouvé un nouveau moyen de faire parler de lui : il réalise des clips trash pour Indochine. Surfait je vous dis... ;)

voracinephile 14/05/2013 13:45



J'ai vu le clip en question... Assez m'as-tu-vu et à peine choquant. Franchement, aller nous chercher des symboles cathos aussi énormes, ça en devient drôle (rappelons nous le dernier en date :
"Merediiiith !"). Après, comme je m'y attendais, la direction artistique est impeccable, mais c'est un énorme cliché détaillé trop longtemps. Et le fait de rendre tout le monde aveugle autour,
c'est assez caricatural. Bref, bourreaux, victime, inactif... Choisissez votre camp ! Ici, il n'y a cependant pas la dimension "orientation sexuelle atypique", il essaye d'être un peu plus sobre.
Effort louable, mais bon, c'est du Lars Von Trier sans arrière pensée...



princécranoir 13/05/2013 17:45

Je note que tu as bon souvenir de mon allergie épidermique à ce film. Avec le temps, l'irritation s'est estompée (pas au point d'avoir envie d'y regoûter cependant) mais la vision de "Lawrence
anyways" (un peu moins allergisant) a depuis confirmé la réputation totalement surfaite de ce petit génie auto-proclamé.

voracinephile 13/05/2013 19:27



^^ Une telle irritation m'avait intrigué, je comprends maintenant pourquoi. Ce n'est pas que le film soit mauvais, c'est que le personnage principal est agaçant, et que tout soit autant centré
sur lui (quoiqu'on a quelques descriptions de la mère qui viennent étoffer le portrait) peut excéder. Il faut aussi accepter que nous avons des clichés qui sont décrits en détails (ce qui peut
paraître lent et prétentieux). Mais il y a une sincérité dans ce regard, une certaine fraîcheur dans cette peinture (et comme l'homosexualité s'assume enfin à partir du milieu, le portrait est un
peu mieux cerné, on touche même à un petit romantisme par endroits). De là à être un buzz, c'est un avis de critique de ciné (avec à peine quelques centaines de milliers de vues en Europe, notre
nouveau génie a du chemin à faire), mais il a des bonnes manies (excellent visuel, de la précision pour les personnages et une vrai capacité à capter les émotions. Il manque un but
maintenant...).



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