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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 13:07

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Débarquement ce jour même d'un réalisateur pour le moins passionnant sur ce blog : Arrabal. Un artiste espgnol qui appartient au même courant cinématographique que Jodorowsky, et qui tournera quelques films en français. Un artiste en puissance donc, qui truffe ses films de dizaines de symboles pour l'imprégner non pas de revendications, mais de la sensibilité particulière de son auteur. Le tout pour un résultat vraiment attachant, sans être exempt de défauts.

L'histoire : Aden est un jeune homme tourmenté qui a fui la ville après le meurtre de sa mère. Cherchant refuge dans un désert, il rencontre Marvel, un ermite qui cultive la simplicité et la joie de vivre.

 

 

Ce qui est fascinant dans l'orgie symbolique utilisée par Arrabal, c'est qu'avec de très simples idées, il parvient à créer des décalages puissants qui viennent donner une ambiance particulière au film. Sans chercher à rentrer dans les détails, le film s'attelle donc à fustiger la société et ses principales structures, inutiles ou mensongères devant la simplicité de la nature. Le propos est manichéen, mais d'une sensibilité particulière, constamment exposée par nos deux personnages. Avec un début filmant d'un côté les progrès de la science dans l'aérospatial, et de l'autre les grandes crises de l'humanité toujours insolvables, Arrabal donne le ton, et n'en sortira pas pendant une heure et demi. Il s'intéresse d'abord à la psychologie d'Aden, en le montrant comme un enfant perturbé, ayant vécu une jeunesse trouble avec une mère bizarre (l'ambigüité des personnages féminins semble être une constante dans les films d'Arrabal (Viva la muerte filmera la mère du protagoniste de cette façon), on atteindra le climax au milieu du film avec l'apparition d'un transsexuel pour le moins surprenante), il est sujet à de violentes crises d'épilepsies quand les complexes de son passé ressurgissent dans sa mémoire. Et avec Marvel dans le désert, il va chercher l'apaisement. Cette partie, très candide dans le ton (l'homme de la ville en costar cravte a l'air d'un gosse émerveillé devant la vie rurale), plante Marvel comme un sage qui a acquis un savoir simple et utile (loin de tout superflu). Il ignore ainsi l'usage de l'argent (il donne les billets d'Aden à manger à ses chèvres) et la vie en ville. Bravant le risque d'être arrêté par la police française (la colossale somme d'argent qu'il transporte lui vient de sa mère fraîchement assassinée), il retourne donc en ville avec son nouvel ami, et c'est ainsi que les symboles de décalage reviennent à la charge. Avec des trouvailles souvent excellentes. Nous aurons par exemple le cas d'un meeting politique où vont nos deux amis, qui suivent d'abord le discours en souriant, mais qui assourdit Marvel au bout de 10 minutes (la puissance critique de ces quelques minutes est énorme). Le film s'attaquera à plusieurs points de la société moderne (la consommation à outrance avec les clients d'un restaurant gaspillant des montagnes de nourriture, la mesquinerie de certains logeurs (quoique je peux comprendre de les voir râler que des locataires décident de planter un potager dans une pièce))... Mais après cette partie, la police commence à talonner le jeune homme, et le film se mue en une espèce de road movie initiatique sur les routes françaises, avec des symboles à chaque étape. On y notera un passage dans une église assez touchant pour la perception des sentiments de Marvel face à un crucifix (ressentant la souffrance du Fils, il s'empresse de vouloir le détacher de la croix, provoquant la fureur des fidèles en train de prier (sans parler de celle du prêtre, dont l'homélie plutôt gratinée ne présageait pas d'un bon caractère)), et l'association d'une jeune femme au voyage qui révèlera un peu plus tard dans le film son secret. Mais si Marvel semble être le sage du film, c'est bien Aden qui en est le protagoniste principal, ses rêves nous étant régulièrement partagé avec des visions surréalistes aux tendances trash (il y a une sorte de tension sexuelle entre la mère et le fils, et une montagne de frustrations qui l'amèneront à commettre le matricide pour une poignée de bijoux), nous enveloppant dans les sentiments contradictoires du héros (qui découvre que tout ce en quoi il croyait s'effondre). Simple, mais pas innocent, le film s'achèvera avec une scène gore plutôt hallucinante, pour le coup glauque au possible et au symbolisme quasi-religieux. L'innommable accompli avec amour, et qui permettra à l'un de nos deux personnages de renaître grâce au don de l'autre. Un dénouement de cette trempe (aussi mal décrit par mon article, mais c'est voulu, histoire de susciter la curiosité), ça s'est trop rarement vu dans le cinéma français pour passer à côté. Du chef d'oeuvre assurément, qui avec un budget ridicule se lance dans des métaphores lourdes de sens (les citadins qui vivent avec des masques à gaz, merveilleuse dénonciation de la pollution). Si l'aspect volontairement "naïf" du film me rebute par moments (le côté candide que je décris trouve son apothéose avec quelques symboles que je trouve maladroits, comme cette séquence où un bucheron taille un arbre, qui dans un délire surréaliste se retrouve remplacer par une femme à laquelle on coupe les bras : le message est là, mais c'est too much), l'ambiance tient assurément du jamais vu.

 

5.5/6

 

1973
de Fernando Arrabal
avec Emmanuelle Riva, Georges Shannon

 

http://3.bp.blogspot.com/_-xqEnKTQSIc/SJyRv6-xqCI/AAAAAAAAAQ0/ARlEgiKlkiI/s400/KurlandEx%5B1%5D.JPG

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commentaires

V
J'ai lu presque toutes les oeuvre de Sade et cette influence est nette, surtout dans les écrits de Arrabal mais également dans ce film et surtout dans Viva la Muerte. Après oui, je te rejoins Sade<br /> n'est qu'une des influences mais il y'en a d'autres. Pour le surréalisme que tu cite, ça me semble venir tout droit de Bunuel. Après Arrabal rajoute évidemment à ses influences son style personnel.<br /> J'ai hâte de voir quel sera ton avis sur Viva La Muerte qui est pour moi le chef d'oeuvre d'Arrabal, un film fort et personnel ou Arrabal s'identifier directement à l'enfant (puisqu'il ne faut pas<br /> l'oublier, Arrabal a vécu le franquisme et son père s'est enfui dans le maquis et a été laissé pour mort). J'espère que cette seconde vision t'aidera, d'ailleurs je ne pense pas qu'il faut<br /> forcément mettre au premier plan le côté critique de ces films. ce sont des expériences des films psychanalytiques qui se vivent plus qu'ils se regardent.
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V
Un gros gros film de malade et un véritable OFNI à voir absolument. Je vois que tu l'as quand même bien apprécié même si tu garde quelques réserves. Tu cites la naïveté qui est volontaire pour<br /> créer le décalage ce que tu as visiblement très bien compris mais pas forcément apprécié.<br /> Pour certaines symboliques celle que tu cites de la femme, je trouve à mon sens que ce n'est pas la comparaison entre le femme et l'arbre qui est souligné mais plutôt l'instinct destructeur de<br /> l'homme surtout quand on sait que Arrabal est très influencé par Sade. D'ailleurs ce côté Sadien se ressent selon moi dans la symbolique de la scène de la naissance du bébé qui se transforme en<br /> paquet de billet ou encore l'accouchement d'une tête de mort. Pour la symbolique des masques à gaz, c'est pareil, je n'y vois pas tant une dénonciation de la pollution qu'un portrait d'une humanité<br /> dénaturalisé (le fait qu'ils fassent l'amour avec les masques souligne selon moi cette idée).<br /> Après une fois encore c'est des symboliques et elles sont justement là pour laisser le spectateur y voir ce qu'il veut aussi.<br /> En tout cas on est d'accord sur l'ambiance hallucinante et le côté trash et hardcore du film. Content de voir cette critique donc !
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V
<br /> <br /> Intéressante piste sur l'instinct destructeur de l'homme que tu avances, je n'avais pas fait le rapprochement en me focalisant sur l'assimilation femme/nature. Tu fais bien de relever qu'Arrabal<br /> est influencé par Sade, je n'avais pas senti l'influence, mais tout ce trash et cette sexualité peuvent maintenant s'expliquer par une influence. Toutefois tu décris là un côté sadien vraiment<br /> psychédélique, car les délires de Sade étaient quant à eux beaucoup plus terre à terre (rien de surréaliste dans Justine, juste de la débauche à foison et de brillants dialogues<br /> philosophiques...). La patte d'arrabal est bien là, quelque soient ses influences. Intéressante symbolique du masque, puisqu'il uniformise en effet les visages de ceux qui les portent, étouffés<br /> par ce conformisme.<br /> <br /> <br /> Grande richesse des images donc, je suis curieux de voir comment sera ma perception de Viva la muerte après le second essai... Merci d'être passé, j'attendais ta réaction avec une certaine<br /> curiosité ^^<br /> <br /> <br /> <br />

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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