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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 17:34

Kidnapped-poster.jpg

 

On le sait, l’ultraviolence est un petit sel qui intervient ponctuellement au cinéma, et spécialement dans le style underground, qui aime la transgression. Chaque pays a ses artistes engagés et ses petits accès de nervosité (dans notre patrie, nous pourrions citer Seul contre tous). C’est au tour de l’Espagne de tenter de se démarquer sur le terrain avec Kidnapped, en faisant des choix unilatéralement axés sur l’efficacité et le réalisme sec. Un angle d’approche percutant qui ne débouche que sur un vide condamnant définitivement son cas.

L’histoire : Une famille emménage dans sa nouvelle maison. La nuit venue, ils sont brutalement agressés par 3 hommes masqués qui veulent leur dérober leurs richesses. Commence alors une rapide descente aux enfers.

 

kidnapped_3-copie-1.png

 

C’est typiquement le genre de film extrême dont je n’ai rien à faire. Le plus frustrant est probablement d’y avoir cru, tant les promesses de réalisme extrême annonçaient la bérésina à venir, mais bon, il est malhonnête de juger sans avoir vu  (qui serait assez ingrat pour prédire qu’un I frankenstein soit une merde, dans un autre registre ?). Le film mise donc intégralement sur l’efficacité, et sur rien d’autre. C’est un angle d’attaque plutôt bon, car il permet une vigueur de mise en scène et vise l’implication frontale du spectateur par les baffes à répétition. Pour un genre aussi rebattu que le Home Invasion, seuls comptent l’efficacité et les performances d’acteurs. Pourtant, avec ces deux qualités, Kidnapped se casse la gueule en beauté, et malgré sa courte durée de 85 minutes, parvient à ennuyer le spectateur au bout de 40. A cela, une seule raison : l’implication du spectateur est impossible. Car l’insipidité totale des protagonistes, l’absence de la moindre trace de charisme en eux ou en les bourreaux, condamne le spectateur à assister, dans l’impuissance, au déchaînement de violence sans pouvoir y changer quoi que ce soit, et sans pouvoir s’imaginer à la place de ces victimes hurlantes et salement malmenées par des psychopathes notoires qui commencent par menacer et ligoter pour ensuite tuer, violer et torturer nos punching ball humains sans qu’ils puissent y changer la moindre chose. Les films inéluctables, oui, ça peut avoir un intérêt (tout le monde semble citer Irréversible pour faire la comparaison), mais quand la violence ne débouche sur rien, qu’on nous balance un viol gratuit, un pétage de rotule en full frontal, un poignardage sommaire, et là le générique de fin, excusez moi de me sentir quelque peu floué ! Apologie du vide, fait divers glauque sans le moindre intérêt (aucun dialogue, aucune psychologie, aucune forme de divertissement (Mother’s day était efficace, fin et bien écrit, mais assumait son côté divertissant, hors de propos ici) ni de réflexion, c’est une sorte de variante de Poughkeepsie tapes ou d’un August Underground, avec autant d’utilité et d’efficacité. Un Funny Games, malgré son parti pris polémique vis-à-vis de la violence, avait un but derrière l’étalage de tuerie gratuite. Un American nightmare avait un contexte social à développer et de vrais idées polémiques. Evidemment que dans la vraie vie, ce genre de violence n'a pas plus de sens et se révèle tout aussi gratuit. Mais à quoi bon l'étaler alors, si les rubriques faits divers s'en chargent déjà si bien ? Ici, les statuts de victimes sont définis dès l’introduction, et malgré un petit rebondissement aux deux tiers (un espoir vite conclu), ne bougera pas beaucoup (la palme quand les victimes laissent à plusieurs reprises les bourreaux leur arracher les armes des mains pour en reprendre une couche). A ce rythme là, on est presque dans La maison au fond du parc. Certes, le film noie le poisson avec une caméra à l’épaule musclée et lisible, et plusieurs séquences Depalmiennes où l’écran, divisé en 2, suit simultanément deux scènes différentes (avec la tragique erreur de filmer deux moments de tension en même temps, ce qui fait que le spectateur ne sait plus où focaliser son attention). En fait, la fin représente bien l’état d’esprit du film (je ne la spoilerai pas malgré l’envie), montrant combien on se foutait de toute façon de l’issue, le nihilisme tentant de se substituer à l’absence totale du moindre propos, qu’il soit sociologique ou psychologique. Une famille insipide et une brochette de sadiques en mode réaliste et en roue libre, si on enlève le fun pour ne le remplacer par rien (on est dans un voyeurisme ultra complaisant qui adore filmer les actrices en train de beugler et les bourreaux les tripoter avec leurs gants en cuir), on voit vite dans quelle case ranger un objet aussi racoleur. Irréversible cherchait la métaphysique aussi, et voulait transcender son pitch minimaliste, alors que Kidnapped l’exploite bassement sans le moindre intérêt intellectuel autre que pousser à bout les acteurs. Potentiel gâché, sans surprises…

 

0,3/6


2010
de Miguel Angel Vivas
avec Fernando Cayo, Manuela Vellés

 

kidnapped_7.jpg

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commentaires

alice in oliver 12/02/2014 17:41

je viens de rebondir à l'instant sur la chronique d'Inthemood. Non vraiment, je lui préfère 1000 fois the girl next door, profondément plus complexe et intelligent

voracinephile 13/02/2014 17:47



Oui, j'ai lu ta réponse. Je vais moi aussi dans ce sens, on se sent bien plus impliqué dans The girl next door (qui d'ailleurs en montre moins question violence, malgré son contexte beaucoup plus
dur).



alice in oliver 12/02/2014 11:40

vu récemment et effectivement une déception également. Le pb réside essentiellement dans le traitement de ses victimes pour lesquelles on a peu voire aucune empathie

voracinephile 12/02/2014 17:34



aha... je jetterai un coup d'oeil aux comms sur naveton, vu que c'est Inthemood qui a lancé le débat. Pas surpris par ce constat, dommage, l'efficacité était pourtant là...



Vince12 11/02/2014 20:10

Encore un Snuff Porn sans aucune imagination visiblement.

voracinephile 12/02/2014 01:48



Inthemoodforgore avait rédigé une chronique très enthousiaste sur naveton, ça m'avait donné envie de tester. Malheureusement, c'était ce que je craignais : je n'ai rien retrouvé qui m'intéressait
dedans... Il a bien avancé l'efficacité technique et le jeu des acteurs, je n'ai rien perçu derrière, et donc je me suis rapidement ennuyé. J'espère que d'autres réactions viendront alimenter le
débat.



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