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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:17

Killer-Joe-affiche.jpg

 

Avec Killer Joe, Friedkin s'attaque à une peinture glauque de la classe moyen-pauvre américaine, profitant de ce contexte pour dépeindre la crasse humaine avec un goût prononcé pour le malsain trivial. Nul doute qu'en l'état, il restera choquant pour quiconque le découvrira, mais en l'état, il cerne l'égoïsme d'une part de la population avec une justesse estomaquante. De vraies montagnes russes plongeant régulièrement dans le glauque.

L'histoire : Avoir de toucher une police d'assurance de 50 000 $ et régler ses problèmes de fric, Chris, petit dealer, embauche un tueur à gage pour liquider sa mère, vivant séparée de leur famille. Tout se présente pour le mieux, à l'exception que Killer Joe se fait payer d'avance pour un boulot.

 

Killer-Joe-2.jpeg

 

Vraiment, Killer Joe est un film trivial qui s'éclate pendant 1h40 à nous envoyer dans les bas fonds de l'humanité. L'association pauvreté/égoïsme mou régissant les décisions de notre famille est clairement révoltante (on taxerait facilement le film de nazi, tant il semble déshumaniser ses protagonistes), mais elle n'en cerne que mieux la suffisance humaine quand il s'agit de survivre. Avec un pitch pareil, on se doutait qu'on allait plonger, et le film nous emmène profond. Si le film commence déjà mal avec des personnages profondément glauques (qui discutent de l'assassinat de leur mère bière en main dans un bar à gogo-danseuses), c'est avec Killer Joe qu'apparaissent les premières grosses crasses du film. A titre d'avance sur son payement (la famille ne peut pas le payer avant le meurtre), Joe le tueur propose d'accepter le payement après le meurtre à condition de pouvoir utiliser à sa guise l'adolescente de la famille (une gamine de 12 ans), qui l'intrigue depuis une conversation étrange autour d'un café. Le marché est tout simplement intolérable, mais nos personnages masculins l'acceptent, vu que Dottie l'ado y survivra (et comme on la traite de haut avec son jeune âge)... La notion de famille est complètement détruite ici, c'est une cohabitation mouvementée placée sous le signe du besoin, où chacun essaye de profiter de l'autre pour améliorer un peu plus sa condition. Le père est un beauf mou passant son temps devant la télé à boire des bières et à acquiescer à tout ce qu'on lui dit, sa compagne le trompe avec le compagnon de son ancienne femme (l'enjeu du meurtre), Chris arnaque gentiment ses distributeurs de came et se fait mettre au pied du mur (séquence de tabassage moyennement bien filmée, les coup passent clairement à côté du visage de notre "héros"). Il n'y a que Dottie qui semble un peu moins pire que les autres, mais elle possède elle aussi un jugement par moment erroné (elle valide immédiatement la mort de sa mère, décidant définitivement le père qui hésitait jusque là). Joe est quant à lui un texan droit dans son costume de cuir, qui a compris que sa stature l'autorisait à faire pression comme il l'entendait (son statut de tueur la nuit et flic le jour est désarmant, imposant) et qui ne manque jamais une occasion de terrifier les gens qu'il a en face de lui quand il veut en obtenir quelque chose. C'est le pourri du film, une sorte de diable convoqué par nos personnages et dont le pacte vénal ne pourra jamais être honoré (la révélation à propos de l'argent est d'autant plus vicieuse qu'on comprend que la famille a été manipulée et qu'elle va en supporter les conséquences). A lieu la séquence attendue avec la cuisse de poulet, passage empli d'un trash malsain où l'on entend clairement les mouches voler dans la salle de cinéma. A ce moment là, c'est fini. Nos personnages, se savant redevables auprès d'un tueur, renoncent à tout. Le père laisse sa compagne se faire humilier en détournant les yeux et en lui demandant timidement si ça va quand c'est fini (le dialogue pourrait être nanar, il n'est ici que glaçant de suffisance), la rébellion de Chris en face de Joe est défaite par ses propres parents (sa belle-mère le plante alors qu'il tient en joue leur bourreau, son père le maintient contre le frigo pendant que Joe lui ravage le visage...). Tout ça pour tenter d'amadouer le tueur. L'absence de principes conduit au renoncement à l'estime personnelle, et Killer Joe l'illustre en descendant peu à peu les échelons de la moralité, le final sanglant étant tout simplement insupportable. Dans ce trip malsain, on notera la musique de Tyler Bates, qui choisit de mettre en musique ce film avec des morceaux très country, qui confinent à la médiocrité (les paroles des chansons tournent plus ou moins autour du sexe) et augmente l'immersion dans la pauvreté crasse de la zone où l'on évolue. Probablement pas un grand film sur l'Amérique, mais une plongée dans des abymes de suffisance particulièrement dérangeante.

 

4.7/6

 

2011
de William Friedkin
avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch

 

Killer-Joe-image-Emile-Hirsch-Gina-Gershon-Thomas-Haden-Chu.jpg

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commentaires

borat8 01/11/2012 11:38

A toi de voir camarade!

princécranoir 31/10/2012 11:39

Je le mets aussi dans mes favoris. Pas sûr que d'ici la fin de l'année on aille aussi loin dans la noirceur. J'ajoute à ce très inspiré et très pertinent commentaire une dimension fantastique
particulièrement renforcée par ce huis-clos inspiré de la pièce de Letts. Petit budget mais gros effet.

voracinephile 01/11/2012 11:30



Pas sur en effet qu'on aille aussi loin d'ici décembre. Le grand retour de Friedkin avec une excellente ambiance en effet. Pas besoin d'un gros budget pour envoyer une claque au spectateur.



borat8 30/10/2012 20:52

Le portrait des personnages m'a en effet beaucoup plu. C'est vraiment l'Amérique profonde très proche des armes et vraiment au ras de paquerettes. Moi aussi je l'ai vu en VOST et en effet c'est
vraiment du grand art niveau réplique. Je l'ai mis en septième place de mon top pour l'instant. Cela risque de changer encore d'ci la fin de l'année.

voracinephile 01/11/2012 11:14



Moi, je me laisse encore un peu de temps pour juger de son apparition dans mon top.



borat8 29/10/2012 21:05

Friedkin ressort les armes pour notre plus grand plaisir. Un véritable festival de paumés. Joe est certes un tueur et flic accompli mais après? Le fils est un mec ruiné, le père un abruti
influençable, la soeur une tarée et la belle-mère s'est tapé toute la ville!lol Un portrait au vitriol aux dialogues absolument succulent (l'interrogatoire de McConaughey sur Chershon est
absolument fantastique), la mise en scène soignée et les quelques scènes violentes redoutables.

voracinephile 30/10/2012 20:04



Ah, c'est le côté peaumé des personnages qui t'as frappé. J'irai relire ta chronique, mais en effet, aucun de nos personnages n'a un but dans la vie, si ce n'est de survivre (si possible en se
payant un peu de bon temps : horrible négation de l'amour avec des relations qui ne tournent qu'autour de la sexualité). J'acquiesce sur les dialogues efficaces (j'ai vu le film en VO sous titré,
ça claque) et pour la mise en scène très maîtrisée. Horrible comme cette belle photo est utilisée pour montrer des choses aussi laides. Je ne pense pas qu'il fera partie de mon top, mais
j'achèterai le dvd.



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